THÉORIE DES NIDS D OISEAUX
fluence jamais le mâle dans le choix de sa compagne.
La femelle, pendant qu’elle couve dans un nid découvert, est très-exposée aux attaques de ses ennemis, et une variation de couleur qui la rendrait plus apparente, lui serait funeste, ainsi qu’à sa progéniture. Toutes les variations dans cette direction, chez la femelle, seraient donc, tAI ou tard, éliminées, tandis que celles qui tendraient à la confondre avec les objets environnants, tels que le sol ou le feuillage, se continueraient, et conduiraient peu à peu à la possession des teintes brunes, verdâtres et ternes qu’on observe chez presque toutes les femelles dont les nids sont découverts, au moins sur la partie supérieure de leur corps.
Ceci ne signifie pas, comme quelques personnes l’ont pensé, que tous lesoiseaux femelles fussent à l’origine aussi beaux que les mâles. Le changement a été graduel, ayant commencé en général à l’origine des genres et des groupes importants; mais il est certain que les aïeux éloignés d’oiseaux aujourd’hui séparés par de grandes différences sexuelles, furent à peu près ou tout à fait semblables entre eux, ressemblant en général à la femelle actuelle, quelquefois peut-être au mâle tel qu’il est aujourd’hui. Les jeunes oiseaux, qui d’ordinaire ressemblent à la femelle, nous donnent probablement une idée de ce type primitif, et tout le monde sait qu’il est souvent impossible de distinguer les uns des autres, des petits d’espèces alliées et de sexes différents.
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I.a couleur est plus variable que la structure et les moeurs, et a <ité par conséquent plus généralement modîBée.
J’ai essayé de prouver, en commençaDt cet essai, que les différences caractéristiques et les traits essentiels des nids d'oiseaux dépendent de la structure de l’espèce et de leurs conditions d’existence passées et présentes. Ces facteurs sont tous deux plus importants et plus fixes que la couleur, et nous en concluons que, dans la plupart des cas, le mode de nidification, dépendant de la structure et du milieu, a été la cause et non l’effet, des différences sexuelles pour ce qui est de la couleur.
Quand un groupe d’oiseaux avait l'habitude constante de nicher dans le creux d’un arbre, comme les toucans, ou dans un trou dans la terre comme les martins-pêcheurs, la protection obtenue par la femelle pendant l’époque importante et périlleuse de l’incubation égalisait les chances d’attaque pour les deux sexes, et permettait à la sélection sexuelle ou à toute autre cause d'agir librement et de développer de brillantes couleurs chez la femelle comme chez le mâle. Quand, au contraire, comme chez les tangaras et les gobemouches, un groupe avait l'habitude de faire des nids ouverts, en forme de tasse, dans des situations plus ou moins exposées, le développement de la couleur chez la femelle était continuellement entravé par le danger qu’il lui faisait courir, tandis que chez le mâle les teintes les plus riches se produisaient sans obstacle.
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A eela cependant, il peut y avoir eu des exceptions, car, chez les oiseaux les plus intelligents et les plus capables de modifier leurs habitudes, le danger que couraient les femelles trop éclatantes a pu conduire à la construction de nids cachés ou fermés, comme ceux des mésanges et des Ictérides. Dans ce cas-là, une protection spéciale cessait d’étre nécessaire pour la femelle ; ainsi l'acquisition de la couleur et la modification du nid peuvent avoir quelquefois agi et réagi l'une sur l’autre, de manière à atteindre ensemble leur plein développement.
Cas exceptionnels qui confirment celte explication.
Il existe, dans l’histoire naturelle des oiseaux , quelques curieuses anomalies qui peuvent heureusement servir de pierre de touche pour vérifier cette e.xplication des inégalités de la coloration sexuelle. On sait depuis longtemps que, chez certaines espèces, les mâles partagent ou exercent exclusivement la fonction de l'incubation. On a aussi souvent remarqué que, chez certains oiseaux, les différences sexuelles dans la couleur étaient renversées, le mâle étant de couleurs ternes, la femelle de couleurs vives et souvent plus grande que lui. Je ne sache pas cependant qu’on ait jamais considéré ces deux anomalies comme étant reliées par le lien de causalité jusqu’au moment où je les ai produites à l’appui de ma théorie de l’adaptation protectrice. C’est cependant un fait incontestable, que dans les cas les mieux connus où la femelle est plus
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apparente que le mftle, il est certain que c’est à celui-ci qu’incombe la charge de l’incubation , on a tout au moins de fortes raisons de le supposer. L'exemple le plus concluant est celui du Phalarope gris {Phalaropus fulicarius), dont les deux sexes sont identiques en hiver, tandis qu’en été. c’est la femelle et non pas le mâle, qui revêt le brillant plumage des noces, mais le mâle couve les œufs , déposés sur la terre nue. La femelle du pluvier [Eudromias morinellus) est plus grande et plus vivement colorée que le mâle, et, dans ce cas-ci encore, il est presque certain que c’est le mâle qui couve. 11 en est de même chez les Turnices de l’Inde, et .M. Jerdon dans ses « Oiseaux des Indes » affirme, d’après les récits des indigènes, qu’après la ponte, les femelles abandonnent leurs œufs et se réunissent en troupes, pendant que les mâles sont occupés à couver. Nous ne connaissons pas exactement les mœurs des autres espèces dont la femelle est plus belle que le mâle. L’exemple des autruches et des émus pourra donner lieu à une objection, c’est le mâle qui couve, et il n’est cependant pas moins apparent que la femelle; mais cette exception s’explique par deux motifs : d’abord ces oiseaux sont trop grands pour éviter le danger en se cachant, de plus ils ont la force de se défendre contre les ennemis qui attaqueraient les œufs, et peuvent échapper par la fuite à ceux qui les attaqueraient eux-mêmes.
Nous trouvons donc une dépendance réciproque entre une grande quantité de faits relatifs à la coloration sexuelle et au mode de nidification ues oiseaux,
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y compris quelques-unes des anomalies les plus extraordinaire^ que présente leur histoire; dépendance qui s’explique par le simple principe que celui des parents auquel est confiée l’incubation a besoin de. plus de protection que l’autre. Étant donnée l’imperfection de nos connaissances sur les mœurs de la plupart des oiseaux exotiques, les exceptions à ce principe sont rares, et se présentent en général dans des groupes ou des espèces isolées, tandis que certaines exceptions apparentes sont en définitive des confirmations de la loi.
Exceptions apparentes ou réelles é la loi énoncée page 23C.
Les seules exceptions positives que j’ai pu découvrir sont les suivantes :