LA VOICI
pouvoir trouver une seule parole. Mon Dieu 1 elle allait peut-être trouver sa démarche inconvenante , le maudire peut-être.... Que sais- je? lui-même commençait à croire qu'il s'était conduit d'une façon infâme : il se regardait presque comme un monstre. A le voir, on eût dit qu'il attendait le réveil d'un de ces géans terribles des contes de fées qui devait le tuer ou le dévorer : et il n'avait devant les yeux qu'une jeune fille de son âge. . . une jeune fille à demi évanouie. Ce que c'est ! il était là debout , ne sachant quelle pose tenir , entortillant sa ceinture autour de ses doigts ; cependant, pour prévenir une première question, ce qui l'eût mis dans un plus grand embarras , il retrouva- un peu de hardiesse et osa lui dire :
— iS'oble dame, pardonnez-moi; vous vous étiez évanouie dans l'église, et je vous ai transportée ici... OIi ! j'ai fort mal agi, je le sens; mais ne m'en veuillez pas , car j'ai cru bien faire,. . n'ayez pas horreur de moi 1 ne craignez
rien ! C'est ici le retrait de monseigneur de Fréti^y. . . Vous êtes en lieu de sûreté : je vous le jure sur ma foi et en tout honneur. Elle écoutait avec attention.
— Je me souviens, reprit-elle... un homme passait sur une civière sanglante , et je suis tombée sans mouvement. C'est que j'ai si peur du sang !
— Oh ! dites-moi, noble dame, que vous n'avez point horreur de moi. . . dites-le 1
— Moi, messire, au contraire, répondit-elle naïvement ; puis elle se repentit de ce qu'elle venait de dire , rougit ainsi que Geoffroy, et demeura tout embarrassée.
— Mon Dieu , que cela me fait de bien de savoir que vous me pardonnez 1
Elle resta quelque temps sans répondre , puis se leva.
— Mais je voudrais bien retourner auprès de mon père —
— Quand il vous plaira , damoisclle.
11 ajouta timidement :
tA voici! ^S-
— Saurai -je à qui j'ai on l'hour (|'êti*«j' utile... Si vous daigniez... votre nom...
— Jolie de Montchevrierj dit-elle presqu'à voix basse. ;!l> iif;n.»ml iuv iHJiitrrr.i)
Jolie de Montchevrier ! il le savait bien , mais trouvait si doux de se rentendï*o dire de la bouche de la jeune fille, •^'i'imoj an sii^I
— Oh 1 merci ! Geoffroy de Ia'Poiïlé=1s%fa votre servant jusqu'au tombeau.
Gauthier qu'il avait fait appeler sembla Ôtquiet et effrayé à la vue de la jeune fille, etlorsque Geofl'roy le chargea dé la recandttît^'à son hôtel , il s'élança aussitôt vers la poi^e comme pressé de sortir. Auparavant , la cottr-loisie le voulait, elle présenta sa main à Geoffroy dont elle trouva les lèvres un peb bi'îW lantes. >i^ ^lO'ii
— Mais c'est un enfant 1 pensa~t-ellei'rt% Jir/^ Ensuite elle l'invita à se présenter au logis
Montchevrier, lui promit qu'il y serait le bienvenu , et le remercia encore une fois de son bon office. Elle lui parlait avec aisance, forte
de la présence d'un tiers, et d'ailleurs Geoffroy était un enfant : n'avait-elle pas fait cette grande découverte ? Après cela , elle suivit Gauthier qui frappait du pied, et l'entraîna en lui répétant : .„•> — Oh I venez j venez donc, madame !
Elle ne comprenait rien à cette impatience , mais ne s'en occupait guère, du reste. Appuyé au montant de la fenêtre, le jeune homme la regarda s'éloigner : il resta long-temps encore à la même place après qu'elle eut disparu ; il avait de la peine à se figurer que tout ce qui venait de se passer était réel ; il avait de la peine à croire qu'il venait d'être seul , tout seul avec elle , qu'il l'avait tenue dans ses bras , qu'elle lui avait donné sa main à baiser. . . Oh ! c'était trop de bonheur : Geoffroy se dit qu'il ne pouvait être durable, et soupira.