‹ La semaine de pâquesChapitre 2 sur 41 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

leurs principaux se ponpcnl daulres acteurs secondaires , tristes ou gais , laids ou beaux, lâches ou nobles , iavorablcs à rintérêt comme ropposition des ombres à la lumière; — la seconde, étant plus artiste et plus savante , est naturellement aussi plus difficile; — elle veut que l'auteur repousse les caractères exceptionnels où nul ne peut puiser de leçons , qu'il persoimille les trois ou quatre grandes vérités historiques de l'époque qu'il met en scène , et corrige le siècle présent par l'exemple des siècles passés ! — Ici , j'ai lâché de contenter les exigences de toutes deux... mais je ne dois pas dire ce que j'ai voulu faire, on verra ce que j'ai fait !

Maintenant, j'aborderai une question générale qui ne sera pas, je 1 espère, sans attrait et sans utilité pour le lecteur.

Mirabeau disait en 179J . dans son discours sur l'égalité des partages : — « Tout se corrompt sous «l'influence des mauvaises lois ; peut-être est-il «temps qu'après avoir été subjugués par l'autorité » des lois romaines , nous les soumettions elles-mêmes » à l'autorité de notre raison ; et qu'après en' avoii' »été esclaves , nous en soyons juges. Peut-être cst-ii » temps (jiie les Français rie soient pas plus les écoliers » de Rome ancienne que de Rome moderne ? » C'est

w] rr.ÉFACE.

ainsi qu'en retournant la tête vers les temps passés, nous rencontrons parfois des yeux quelques unes de ces puissantes vérités qui , émises par un grand homme , semblent s'adapter à notre époque d'une manière aussi parfaitement rigoureuse qu'un ruhis à un enchâssement fait exprès pour lui. Quelle source de méditation sévère et profonde dans ces paroles qui furent presque les dernières paroles tombées de la bouche de Mirabeau ! — Que de pensées au fond de cette pensée, lorsqu'on se met à la creuser! — Seulement d'une spécialité faisons une généralité; appliquons à toutes les choses humaines ce qu'on appliquait particulièrement h une question de code ; agrandissons le cercle , et nous pourrons y enfermer toutes les branches du progrès social, la religion, la politique et l'art.

Quand l'oltaire se glissa au cœur des sanctuaires les plus inviolables pour les profaner , tandis que leurs gardiens , en frappant sa cuirasse de leurs glaives, n'en faisaient jaillir qu'ironies et sarcasmes,* quand\ oltaire, le blasphème fuit homme , Voltaire, dont la plume venimeuse se métamorphosa par la suite en couteau sanglant aux mains de Robespierre, entreprit de renverser, de pulvériser tout ce quil y

rREFACE. "Vil

avait d'élabli et tic sacré dans le inonde , où pouvait-on , où devait-on chercher des iostrumens de destruction, pour aller plus vile à l'ouvrage, si ce n'est dans lîome l'ancienne ? Ce fut là que courut se précipiter toute la multitude que les idées révolutionnaires faisaient bouillonner comme le feu fait bouillonner l'eau I Chose bizarre I elle se servait de la Rome des siècles anciens contre la Rome du siècle présent; elle opposait lo faisceau dos licteurs à la crosse papale, les lois des tribuns aux bulles apostoliques , Caïus Gracchus h Alexandre VII ! Les sectateurs des doctrines philosophiques ne se croyaient en sûreté qu'h l'abri du vieux Capitole; ils confiaient à sa tutelle la politique comme la religion , la reli' gion comme l'art : il n'était question que de sacrificateurs romains , de guerriers romains , d'artistes romains : tout portait la chlamyde et chaussait le cothurne; on frappait les vivans avec les ossemens des morts , et le nouveau monde avait son berceau dans la tombe ! — Cela devait être , je ne le nie point ; je comprends cette passion aveugle du dixhuitième siècle pour Rome ancienne, passion frénétique et désordonnée comme celle d'un homme pour la seule femme qui lui rende amour et sympathie. C'est aux mamelles de Rome que devait

Vllj PREFACE.

puiser le sang et la vie , cette fille de Voltaire qui se nomma plus tard la révolution française : Romulus ne pouvait avoir qu'une louve pour nourrice !...

Une fois que, sur le champ de bataille, le désordre et le tumulte eurent commencé à se calmer, les clameurs de rage à s'éteindre , la fumée à se dissiper, un besoin impérieux de réaction se fit sentir ; car, dans toute œuvre révolutionnaire , pour qu'elle soit complète, il doit y avoir pioche et truelle, démolition et reconstruction ! Mirabeau le savait mieux que personne ; et , avec cette intelligence anticipée de l'avenir que Dieu accorde aux hommes de génie, il comprenait déjà le danger de se laisser entraîner trop facilement et trop loin par les événemens , l'importance de trouver du ciment pour rendre inséparables les pierres mal jointes de l'édifice et raffermir sur sa base. Mais où le chercher? ce ne pouvait être dans Rome ancienne la plus fidèle auxiliaire de nos bouleversemens et de nos crises, ni dans Rome moderne animée de haines injustes contre la France, Rome l'évangélique devenue Rome la furieuse , et montant à la brèche du nouvel ordre de choses avec le fanatisme d'une main et le despotisme de l'autre comme deux torches allumées ! Dieu ne permit pas à Mirabeau d'en dire davantage,

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car, entre l'énoncé de ce principe et son application sociale, il y avait encore place pour la vie entière de deux hommes, Robespierre et Napoléon! Les entrailles du volcan bruissent long-temps après l'éruption; aussi l'heure de tranquillité n'était pas encore venue pour la France. Aussitôt qu'elle voulait soigner ses plaies et prendre un peu de sommeil, le cri de guerre des factions turbulentes et des peuples coalisés la réveillait en sursaut ; alors de nouveaux combats , de nouvelles agitations , de nouvelles blessures qui se rouvraient à côté des blessures à peine cicatrisées. Il fallait donc anéantir les ennemis du dedans et les ennemis du dehors; la hache de Robespierre décapita les premiers , et les seconds furent taillés en pièces par l'épée de Napoléon qui parla plus haut que l'Europe, la fit taire devant la France régénérée, imposa de force à toutes les nations la conscience de sa grandeur et de sa dignité , et les contraignit à plier les genoux devant elle ! Depuis Mirabeau jusqu'à la captivité de l'empereur, nous avons combattu pour conquérir le repos , fait la guerre pour avoir la paix; maintenant que nous avons l'une et l'autre, sachons les mettre à profit.

Quant h celte question : « Peut-être est il temps

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