‹ La semaine de pâquesChapitre 39 sur 41 · PLUS DE MORTS QUF. DF. VI VANS · texte numérisé non relu

PLUS DE MORTS QUF. DF. VI VANS

lit ! Mais par saint Yves , vous me le paierez cher , mes beaux amis , pour m'avoir fait lever à cette heure.

i.-Avec ces divers renforts, l'armée anglaise se trouva grosse de cinq ou six cents hommes. Ses chefs résolurent de hasarder l'attaque des Halles, et se séparèrent en plusieurs corps pour la commencer sur tous les points. Le marquis Pierre de Gallardon fut chargé , avec une trentaine de piquiers, d'arrêter l'incendie qui faisait des progrès horribles dans la rue Saint-Michel. La bataille devait être terrible et meurtrière, au marché au blé, pour les assaillans surtout , car il y avait à cette époque trois halles couvertes, l'une au comte, l'autre à l'évêque , et la troisième au corps de ville; et derrière ces halles, soutenues sur de gros piliers , l'ennemi s'était habilement retranché. Cependant les capitaines anglais n'hésitèrent pas un instant, et la mêlée commença, la mêlée telle que Jehan de Frétigny l'avait dépeinte une demi-heure auparavant, près du

pont Taillehart. Les différens cris de guerre des chefs retentissaient de tous côtés , tandis qu'eux-mêmes , l'épée haute , la raillerie ou l'injure à la bouche, se cherchaient pour combattre.

— D'Orléans, c'est le damoiseau de Vieux- Pont... Bonjour, petiot.

— Bonjour, bâtard.

— Or ça , mon petiot , es-tu désireux que je te jette à bas de ton cheval?

— Oui-dà , bâtard , si tu peux.

Sur ce, Dunois leva sa hache et la laissa tomber avec une telle force que Louis vida l'arçon et que son cheval prit la fuite , effrayé.

— Corps-Dieu, Dunois, dit-il en tombant, chez quel armurier fais -tu donc forger tes poignets; j'en suis tout étourdi, par saint Yves.

— Va le demander au diable 1

Et il s'apprêtait à passer sur le corps du gentilhomme et à le percer de sa dague qu'il avait déjà tirée , lorsque celui-ci se releva , la

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lui fit adroitement sauter de la maiu avec la sienne , le renversa en le tirant par la jambe , s elanra sur son destrier , et disparut en disant :

— Sans rancune, bâtai'd ; merci de ton cheval !

— La jjaix ! la paix ! criait le maréchal de Boussach de tous ses poumons.

— Oh ! oh ! monsieur messire de Boussach, reprit le baron de Courbeville , vous ne savez pas ce que vous dites , pour le coup : crier la paix lorsque nous guerroyons.!... Est-ce que vous perdez la tête?

Ils croisèrent le fer : Louis de Vieux-Pont fut atteint profondément à la gorgerette de sa cuirasse ; il chancela sur sa selle , et tomba.

— Je suis occis ; — Dunois , je te rends ton cheval... et moi, je vais continuer mon sommeil que vous aviez interrompu : bonsoir, les autres...

—Mort 1 répondit de Boussach ; c'est Jehan

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de Frétigny que je voudrais trouver, maintenant.

Il se dressa sur ses étriers, crut l'apercevoir, et se dirigea vers lui de toute la vitesse de son destrier.

Au coin de la rue des Côtes, l'évêque était assailli par cinq ou six gentilshommes à la fois, au nombre desquels se trouvaient les sires de Gaucourt, de Lahire, etBlanchet d'Estouteville , seigneur de Yillebon. Faisant tourner son cheval au milieu de ses ennemis, il parait et ripostait les coups avec une agilité incroyable. Mais le seigneur de Bullou saisit l'instant où le cheval lui présentait le front , et lui asséna un coup de hache sur le crâne : le chanfrein d'acier se brisa ; l'animal bondit et tomba mort. L'évêque se dégagea promptement, s'adossa aux poteaux du pilori, et de là, pendant que les seigneurs criaient: l'évêque au pilori 1 l'évêque au pilori! le pied droit placé sur le cadav.e du destrier, il se montrait plus redoutable que

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Jean II aux champs de Poitiers : ses yeux étincelaient par les trous de sa visière ! pourtant ses forces s'épuisaient, et il ne pouvait résister long-temps encore. Tout. à, coup, un chevalier se jeta au travers des assaillans :

-^ Arrière, messcigneurs, arrière! c'est à moi seul qu'appartient la yie de cet homme; j'ai un frère d'armes à venger.

, „ .^-T|- S'il en est ainsi, messire Hector, répondit Blanchet d'Estouteville , nous vous laisserons réclçr ; vos affaires. ».,;.I)(içil yous aide 1 Quant à, nous, voici Languedoue, Montagu et Laubespine qui s'ébaudissent là-bas : nou^.aï- .Jons leur dire deux mots ! . ,

, , j, Ijl^ jf^j^rtijçerit, efl p^9^S5,^a$;9hj^çun leur cri de

f/'i "~" >?eban.4e Frétigny, ta dernière heure est

ijuffTT, Enfant, ne sais-tu pas à qui tu te joues? ne sais-tu pas que je puis t'écraser de mes deux

doigts; -j^ j'iij;:;j::o.' l.i'.'HVi ii/iVi

— Oh ! ta bouche raille mal, prélat; je te

iGl LA. SÏMAINH DV. PAQUES.

titrai, vois -tu, parce que je *eûx Vehgfer Jacques de Coighan que tu as assassiné , et Raynaud de Montehevrier que tu as jeté daiis ua cachot. .. .in^m^ v^

— Tu te trompés è'n ceci , car j'ai tué aussi le Montehevrier, il y a une heure environ , répondit tranquillement l'évêque.

— Oh ! tu vas mourir 1

""'Jehan de Frétigny sourit de pitié, et s'élança sur Hector qui était descendu de cheval. Les deux épées se brisèrent au premier choc : ils se jetèrent les poignées a là t«te et' tirèrent leurs dagues, mais le comlbat allait trop lentement , à leur gré ! Ils se saisirent à bras le corps , essayant de se renverser, et cherchant avec leur poignard le défaut des cuirasses. Bientôt ils se roulèrent à terre, entrelacés comme deux serpens... Le prélat avait plus de vigueur, Hector plus d'agilité ! Mais Jehan de Frétigny était déjà épuisé par toutes les luttes qu'il avait eues à soutenir; d'ailleurs, il sentait comme une terreur involontaire s'em-

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parer de lui : il eut le dessous! Hector lui plongea sa lame au côté, et il poussa un rugissement de bête féroce dans les convulsions de l'agonie !

— Eh bien, dit le jeune homme, Jacques et Raynaud sont vengés , et Jolie de Montchevrier sera ma femme ! .»'!/

Il s'éloigna : Jehan de Frétigny enfonça ses dents avec rage dans le fer de son gantelet.

— Tonnerre et sang! Jolie serait sa

femme. J'aurais été mallieureux et il serait heureux , lui qui m'a tué... Oh ! cela ne sera pas , cela ne peut pas être. . . Malédiction !. .. et que faire poiir l'empêcher?... j'étouffe... si j'avais encore quelique force... si je pouvais encore me relever... me traîner seulement... je ne demande que de pouvoir me traîner !... mais non! je vais mourir... il faut que je meure. . . ô rage ! . . .

Il se soulevait à moitié , s'accrochait aux piliers du pilori ; mais il s'était à peine dressé sur les genoux qu'il retombait lourdement :

il déchira son pourpoint , et parvint à arrêter le sans? de sa blessure.

— Ah ! . . . je vivrai encore quelques ins-' tans... mais personne dans cette rue... personne pour se' charger de ma vengeance... partout 'dë^' 'Cadavres. . . rien que des cadavres! ô ragel est-ce que je mourrai sans me srenger?

Les troupes royales étaient victorieuses, et la fuite du bailli Gilles de Laubespine avait terminé tout combat : la placé des Halles et toutes les l'ues voisines étaient désertes.

Cependant l'évéque aperçut un homme qui se glissait mystérieusement dans l'ombre, en côtoyant les maisons ; il reconnut le sire de Montagù , et l'appela :

""__ Vous êtes blessé, monseigneur?

— Blessé à mort !

— Il faut, quant à moi, que j'aie tous les anges du ciel dans ma peau, car je n'ai pas une égratignure.

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— Tant mieux... Ecoutez... allez poignarder Hector de Ciiartrcs , de suite...

— Mais vous n'y pensez pas , monseigneur ; entouré comme il l'est à cette heure d'hommes d'armes et de chevaliers, il me serait impossible d'arriver jusqu'à lui, sans laisser quelque chose de ma toison à toutes ces lances...

— Cela est vrai... un autre moyen alors ï... Montez à la chambre de Jolie, et tuez-la.

— Saint George! la tuer, c'est facile, mais l'approcher ne Test guère...

— Il le faut pourtant : vous trouverez beaucoup d'or, et la donation à vous faite de mes terres de Bourgogne.

— Alors , ainsi soit-il !

Il dépouilla un chevalier étendu près de lui de sa cotte d'armes où était brodée une croix blanche, et l'endossa par dessus son armure, pour n'être pas reconnu par les Armagnacs qu'il pourrait rencontrer... L'évêque suivit ses mouvemens avec anxiété jusqu'à ce qu'il fût parti.

— Je puis mourir à présent : je suis content de ma nuit.

Il compta sur ses doigts.

— Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept d'occis. . . C'est bien : je ferai la route en compagnie !

Et sa tête frappa pesamment le pavé.

— Oh î vous êtes un monstre ! cria une voix près de lui , et Geoffroy se leva de terre , tout sanglant I

Gauthier apparut soudain à son côté , et , lui posant la maiH sur l'épaule :

— Ne le maudissez pas. . . Il y a là-dessous un secret î... mais je vous le tairai : cela vaut mieux. Maintenant, sauvez Jolie !...

— J'ai trois blessures dans la poitrine , et \ç suis mourant ; mais que Dieu me soit en aide, et j'arriverai à l'évêché avant le Moritagu...

Un cheval errait sans maître dans la rue.

— Oh ! c'est le ciel qui t'envoie : merci 1

Il disparut au galop , et Gauthier, les yeux

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pleins de larmes , vint s'agenouiller auprt;s du cadavre.

— Mon Dieu, lui pardonnerez -vous? disait-il.

Il ne quitta cette place que pour entrer au couvent des Jacobins, où il vécut pieusement, mêlant toujours à ses prières le nom du prélat.

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