‹ La semaine de pâquesChapitre 7 sur 41 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

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le bon ange après le mauvais.

Dans un appartement de l'évêché, un homme priait, agenouillé devant une image de la Vierge : il se nommait Gauthier. Jehan de Frétigny, on ne sait comment, lui avait autrefois sauvé la vie lorsqu'il n'était encore

qu'archidiacre de Blois, et l'avait pris à son service. Depuis ce temps , Gauthier devint le plus zélé de ses familiers et le plus dévoué de ses amis. Sa figure était douce , tranquille , et pourtant sévère , comme celle de ces apôtres à l'auréole lumineuse qui passaient toute leur vie à guérir les plaies de l'humanité, et à adresser au ciel de ferventes prières pour leurs semblables.

Oh ! Dieu dut écouter avec bienveillance celle de Gauthier, car elle venait du fond de l'âme ! et puis , il y avait tant de désintéressement , tant d'abnégation de soi-même dans cette prière : ce n'est pas pour lui qu'il demandait le bonheur, la paix et la tranquillité de la conscience, c'était pour un autre ; c'était pour Jehan de Frétigny ! Son affection pour l'évêque était immense ; Jehan de Frétigny était malheureux et Gauthier l'aimait, car Gauthier avait l'âme d'un bon chrétien. Jehan de Frétigny était un grand pécheur, Jehan de Frétigny avait mérité la cplère du ciel , et Gau-

I,C BON ANGK Al'IlÈS IF. .MA.UV\IS. ^5

Ihier voulait obtenir sa grâce devant le Seigneur, il voulait le sauver pour 1 eternitô, car Gauthier avait grande confiance en la bonté du Très- Ha ut 1

Il avait vu les haines s'accumuler sur le prélat : il n'entendait partout qu'imprécations et cris de vengeance contre lui; tous le maudissaient, et pas un n'en avait pitié ; tous lui reprochaient ses vices, et pas un ne tentait de le ramener à la vertu. Jehan de Frétigny, parmi le clergé , ne comptait que des esclaves rampans ou des ennemis mortels , mais pas un seul ami. un seul ami dévoué pour lui dire:

— Prends garde ! — en le voyant courir à sa perte. Alors Gauthier pensa: — Est-il étrange que cet homme soit méchant, lorsque personne ne cherche à le rendre bon : la maladie de ce lépreux n'est pas incurable , cependant 1

— Et il se mit à l'œuvre.

Lorsqu'il était seul avec l'évéque, il parvenait assez facilement à son but, car Jehan d»; Frétigny était las de ses désordres ; il avait un

vrai repentir dans le cœur , et demandait au ciel le pardon de ses fautes en toute sincérité. Mais bientôt le tourbillon du monde l'emportait loin de son pieux retrait, et il se trouvait rejeté au milieu des sanglantes querelles de cette époque. INé avec une tête bouillante, une âme active et impétueuse , il aimait le tumulte , les agitations bruyantes , et se plaisait ainsi dans une ville de guerre exposée à de continuelles attaques. Le prêtre s'armait de la lance et endossait la cuirasse pour le roi d'Angleterre , car le roi d'Angleterre lui jetait à pleines mains richesses , dignités , et l'âme de Jehan de Frétigny était dévorée d'ambition l Alors, il oubliait tout, prières de pardon , sermens d'une vie meilleure ; alors Gauthier soupirait tristement , et se disait : — Je serai peut-être plus heureux demain 1 — 11 y avait déjà long-temps . bien long-tem|>8 que cela durait, et Gauthier ne se rebutait point.

(^iOmme ini malade qui creuse son oreiller (•n tous sens et ne peut dormir. Jehan de Fré"-

LE BON ANfi-F. APK¥8 Ui MAVVAIS, 27

tigtiy avait creusé la vie dans toutes sea pro^ (bndeurs, sans pouvoir trouver de rqpqs. Tou| ^ coup , une passion que Gauthiep était déjà parvenu à ('toulFer plusieurs fois, se wvpilkk che? Tévêque avec une nouvelle ft^■ce.,.. ^| avait une fille ! l'image de cette fiWe; l'cuvahissait , l'occupait, l'absorbait tout enlieo. .llle lui apparaissait comme un ange bienf<ù)(ant et consolateur qui devait le rendrie au bj^nHejiite et à la vertu ! Mais Gauthier, l'homme ri{|i4e du catholicisme , essayait de la lui faire çjécofire oublier , car il voulait dégager son âme dits attachemens terrestres, et diriger toutes *p^ idées vers le ciel ; il ne voyait et ne pouvait voir que l(j prêtrp^ dans. J.ehau jdç JfrÛT tigny, .:■: 'r-^ï .;. î I : , 1.: [ .-J! ■;:;•,;• -T-r Voici la nuit, dit- il en terminant sa prière, monseigneur ne revient pas : il est avec le sire de Montagu. . . Ils ne se quittent pas tous deux, depuis quelques jours! Faites, moti Dieu , que la société de cet homme ne lui soil pas nuisible. Lnc fois rctonibé dans la

voie du mal, le pécheur peut aller de la plus légère fauté au crime le plus affreux.

Il entendit en ce moment les grilles s'ouvrir, et aperçut une foule de varlets et de pages en livrée violette qui s'empressaient à l'entour.

— C'est lui l

Et Gauthier se hâta de descendre.

— Voici un loyal serviteur , noble comte , dit l'évéque en s'appuyant sur son épaule ; il se passera des siècles avant que Dieu envoie sur la terre un tel chef-d'œuvre de fidélité. Ces messieurs du clergé ne trouvent pas à leur guise qu'un illustre prélat comme moi ait plus souvent recours aux conseils d'un manant, comme ils l'appellent, qu'à ceux d'Etienne Brochart et Jehan Barré, vicaires en ma spiritualité : ces derniers en enragent. J'en sais d'aucuns qui m'en veulent à mort pour cette affaire ; mais il m'a plu , à moi Jehan de Frétigny, qu'il en fût ainsi, et il en sera ainsi !

11 présenta sa mahi à Gauthier, qui la baisa;

LH BOS A^Vr.E APRÏ-S LE MAUVAIS. 2f)

Thomas de Montat^u mit respectueusement un genou en terre devant l'évéque :

; . ^ l'fT f.'iO A

— Monseigneur, veuillez m'octroyer la licence de me retirer , car voici la nuitée qui s'avance, et il est à prppos de regagner mon logis", rue aux Francs-Bourgeois...

—r Yous octroyer telle licence l je ne le ferai pas, messire. Par ma mitre, je ne souflrirai plus long-temps que vous soyez à loyer dans notre ville de Chartres., et dans la rue aux Francs -Bourgeois , surtout! Mais vpus n'y pensez pas : vous , seigneur de haute maison , allez vous mêler à tous ces manans de la porte Droiiaise , insolens ribauds qui se croient permis de regarder un noble de travers, parce qu'ils ont des privilèges d'alFranchissemens , et se croient maîtres parce qu'ils ne sont plus esclaves. Oh ! c'est chose impossible : ce serait déshonorer votre écusson que de l'aventurer dans ce cloaque ! Je veux que vous n'ayez d'autre logis que mon [)alais épiscopal : l'ami

3o LA SEMAINE DK PAQUES.

doit héberger l'ami , et je suis le vôtre , Thomas. . . , comme vous êtes le mien.

A ces mots , le front de Gauthier $e rembrunit : l'évêque se tourna vers un de ses pages.

— Everard, conduis le sire de Montagu à son appartement. Le noble comte habitera toute la partie de l'évêché qui est à droite de la salle des décrétales. Tu le serviras : va. — Dieu vous garde, mon beau cousin.

En suivant sop guide, le baron anglais se dit à lui-même :

— Pour me traiter avec tant de courtoisie , il faut que le prélat ait besoin de nioi , comme j'ai eu ce soir besoin de lui... Allons, par saint George, me voici en faveur auprès de sa sainte personne , et je gage bien eu retirer du profit !

— Et que fait Geoffroy à cette heure , Gauthier , que fait mon Geoffroy ? demanda l'é" vèque.

LE BON AlfGE APUÈS LE MAUVAIS. 3(

— Monseigneur, il vous attend dans volro oratoire.

— Oh ! viens , Gauthier, viens vite

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