EU
D Tr 0 BE SEMAINE DE. QUARANTE HEURES PET RUE
plus . car le dernier des manœuvres dt pouvoir vivre de son travail et l'institution d'un salaire minimum le pro- Ha
tègerait particulièrement. Mais l'employeur objecterait | l'ouvrier qualifié qu’il reçoit une rémunération supérieure ; et qu’il peut encore se procurer du superfiu. Il est possible à s
que le travail spécialisé ne trouve pas dans sa rareté accrue 2 un facteur suffisant dé hausse. Les bas salaires ont les pre- : } miers l'avantage. ns EE à
Le pouvoir d'achat total de la classe cirhisré Hire. donc augmenter par l'effet de la concurrence des pätrons à. la recherche de main- d'œuvre, mais chaque salarié y gagne
rait dans une mesure inégale, sans aucun rapport avec la
justice. Les représentants patronaux ont d’ailleurs aftiré
l'attention sur ces phénomènes. Parmi leurs arguments, on lit dans le rapport de la Conférence préparatoire tripartite (1) : « L'augmentation du pouvoir d’achaf de l’ensemble des ouvriers qui pourrait résulter de l'emploi d'un plus grand nombre de salariés et du maintien des gains serait contrebalancée par une diminution du pouvoir d'achat des autres Classes de la population, si bien qu’en définitive la demande totale pour les produits industriels ne serait pas accrue ». ne |
Pour être entièrement vraie, ete opinion supposerait un dividende national invariable dont la classe ouvrière très puissante accaparerait une fraction aux dépens des autres catégories sociales. Elle impliquerait d'äutre part un fonds de travail fixé. La réalité est toute autre. C’est le reventt annuel qui règle la demande de travail. La réaction de certains revenus sur d’autres n’en est pas moins mise en évideñce. |
En résume, il apparaît que certains pouvoirs d'achat peuvent diminuer, tendant à restreindre la “production, que d'autres peuvent augmenter, tendant à l’exciter. Dans cer- | taines circonstances favorables à la classe ouvrière, la somme
EE des seconds pourrait se trouver supérieure à celle des pre- amiers. L' économie poursuivrait une légère progression. Ce
résultat découlerait simplement du mécanisme de F'échange sur les marchés du travail et des produits.
Un autre phénomène pourrait aussi contribuer à accroître
ie De réel. Le patron a souscrit à contre- cœur aux condi-
be il lui faut des pre . D se
résoud alors à céder ‘quelques stocks à des prix modiques, sd supprimer tout profit pour ne pas modifier ses tarifs et
écouler ses produits. Le consommateur n’a sûrement pas à
: se plaindre de semblable politique.
Mais cet état de choses ne peut s'éterniser. On ne doit pas
oublier que, normalement l'entrepreneur doit faire absorber.
son prix de revient par l’acheteur ; que, d’autre part, nombre de producteurs gènés dans leurs affaires, soumis à la concurrenice étrangère, préfèrent s'abstenir de vendre et modèrent la marche de leurs établissements. Le rendement
s'étant relevé rarement, la fabrication trop coûteuse ne
trouve plus de Ce he et se ralentit. Bref, une rupture @ équilibre se produit très vite et la crise éclate.
Le travailleur a beau alors avoir pris des habitudes de bien-être et ne pas vouloir les abandonner, c’est en vain qu'il fera ses efforts pour conserver les jouissances de la période prospère. S'il s'accroche désespérément à son salaire, un chômage d'autant plus profond l'attend.
Son triomphe, en un règne d’abondance, serait donc éphémère. N'ayant pour vivre en général que ses bras, sans ré-
fo LA SEMAINE DE QUARANTE HEURES
serves pour lui permettre d'attendre et de soutenir de longs conflits, il sera assez rapidement battu et contraint d’accepter une diminution (1). Ou alors, s’il s’entête en ses exigences, il se rejettera sur les caisses de chômage, sera nourri par le contribuable. En même temps, le maintien artificiel des hauts salaires, engendrant des prix de revient excessifs, paralysera de plus en plus la vente et multipliera les licen- ciements.
Aucune situation n’est cependant sans issue. Tôt ou | tard, les propriétaires des instruments de production reprendront la prépondérance. Ce jour-là, malheureusement, il est à craindre qu'ils songent surtout à créer des richesses en vue de leur satisfaction personnelle, quitte à réduire le travailleur à ses besoins essentiels, d'autant plus que la semaine de 40 heures aura limité la production, aura posé des bornes au grossissement du produit social.
J’ose espérer que la réduction hebdomadaire du travail de 48 à 40 heures n’aboutit pas un état stationnaire. Malgré les obstacles posés à la formation des capitaux, les entre- £reneurs pourraient retrouver la voie d’une nouvelle prospérité. Les entraves apportées à la production contribueraient à freiner un peu l'essor futur. Si la condition de la
(1) Marshall, dans ses Principes d'économie politique, (L. VI, ch. XIII, par. 2), a bien discerné cette chute du salaire, terme final du succès d’une coalition des ouvriers pour faire monter les gains. Marshall appuie son raisonnement, non seulement sur la hausse des prix qui restreint la demande et acccroit les importations, mais aussi sur la concurrence d’ouvriers dissidents: « Un groupe compact d'ouvriers peut, pendant un certain temps, faire hausser les salaires aux dépens du reste de la communauté en rendant leur travail plus rare. Mais il est rare qu’une semblable tactique réussisse pour un temps un peu long... |
. De sorte qu'après un certain temps, ceux qui ont cherché à tirer un parti habile de leur monopole sont exposés à trouver leur nombre accru au lieu d’être réduit, tandis que la demande totale relative à leur travail a baissé; et alors leurs salaires tombent lourdement ».
masse du peuple, comme le prétend Stuart Mill-(1), rapportant une opinion d'Adam Smith, n’est bonne que dans l’état progressif, l'ouvrier ressentirait alors moins vivement les bienheureux effets d’une progression, la semaine de 40 heures la rendant plus lente.
Même lorsque le salarié possède tous les atouts en main
pour arracher les concessions les plus dures au patronat, sa
situation cependant se révèle assez précaire. Les conditions de la production se trouvent en effet modifiées de telle sorte que des prix nouveaux s’établissent sur les différents mar- Chés sans aucun rapport avec les besoins de la distribution. Les hommes un instant les plus puissants voient leur situation rétrograder s'ils usent de procédés antiéconomiques.
La contrainte de l'Etat pour conserver le salaire réel à son niveau, en faisant obstacle à la création des richesses, risque à plus ou moins longue échéance « d’avoir sur la répartition des revenus une influence précisément contraire - à celle qu’on en attend » (2).
M. Rist (3) semble admettre « qu'une égalisation croissante des conditions de la lutte pour la vie serait de nature à assurer une répartition plus favorable ». Or lorsqu'une réduction du travail survient en période de prospérité, la balance peut pencher en faveur de l’ouvrier ; mais, en tant que consommateur, il se trouve vite écrasé. L'exploitation pour un moment n’a fait que changer de camp mais la lutte n'est pas devenue plus égale. En somme, dans le cadre des
(1) Op. cit. L. IV, ch. VI, par. I. « La condition de la masse du peuple, bien qu'elle ne soit pas précisément misérable dans l’état stationnaire, y est contenue et resserrée et ne peut être bonne que dans l’état progressif ».
(2) Ch. Rist: Essais Sur quelques problèmes économiques et monétaires. 2° partie, II. Economie optimiste et économie scientifique, par. 2. La distribution des richesses, VI,
(3) Ibid.
Lire ee LA SEMAINE DE QUARANTE HEURES RAA 0
quarante heures, les participants à la production ne font que Le continuer à se disputer un produit dont le partage ne s ‘opère : de
pas avec plus de justice et dont P accroissement va se trouver Lee compromis. 4e e On pourrait concevoir qu'en une période éacerm éoano ;
mique, l'application de la semaine de 40 heures, si elle Re hâtait l'avènement de la crise, aurait tout au moins pour =>
effet dé tempérer les emballements qui la précèdent. Elle “A serait alors moins profonde et moins redoutable pour le tra- Evailleur. Curieuse impulsion cependant de la part de la : masse, dans le but d'accroître les loisirs ou de modérer les excès, de courir sus aux difficultés, alors que les affaires sont florissantes et que tout le monde en profite, H est du reste d’autres moyens d'arrêter les débordements de l'esprit d'entreprise sans endiguer le flot montant des richesses. Une saine politique financière de la Dex des ‘banques peut y contribuer.
Bien que les de res ouvrières soient one en période d’abondance, la question des 40 heures ne se posera guère à un tel moment. Comme l’a noté M. Lescure (1) « en temps d’essor, le patron veut produire, l’ouvrier veut gagner, le taux des salaires est élevé, Fouvrier fait des heures supplémentaires très bien rémunérées ». M. Lescure en conclut à juste raison que « les réductions du temps de travail devront entrer en vigueur pendant la période de dépression » et que « la législation du 20 mars 1900, entrée en vigueur pendant une période de dépression-a été très heureusement inspirée et cette coïncidence voulue ou non par notre législateur à certainement été des plus favorables ».
Je constate en effet que l'Etat ne peut avec succès ire =
(1) Crises générales et périodiques de surproduction. Edition 1932, p. 551,
ou SEMAINE DE ee HEURES 76
“hrs une ‘ia be que si le travail est peu demandé. Que d opposition né rencontrérait- il pas s'il voulait faire pareille inñovation lorsque la pénurie dé main-d'œuvre se F fait sentir avec acuité ! Toutes les classes se dresseraient contre lui. SES JU - Mais, à ur qu'une réglementation soit souhaitable pour un motif ‘quelconque, elle devrait exclure le maintien « se Salaire afin de troubler moins profondément Péconomie.…
BA une époque de détresse économique, la limitation de la | durée d’émploi est envisagée avec enthousiasme par le monde du travail, comme une es aux maux dont il | souffre. Se ee
Des ‘situations très inégaies existent entre les ouvriers. Ceux qui continuent à faire semaine complète sont de véri- tables privilégiés, et d'autant plus que le taux du salaire est . élevé. L idée vient aussitôt de répartir plus équitablement les tâches.
Or il est impossible que la crise n’en soit pas aggravée violemment, principalement si cette mise en pratique est accompagnée de la hausse du salaire horaire. Aucune puis- __Sance humaine né pourra empêcher la chute du pouvoir d'achat du travailleur. ee | L’ ensemble des producteurs était déjà à , à limite des pro-
fitset est dans la nécessité d'incorporer au plus vite dans ses
| prix de venté ous les éléments du prix de revient. S'il est ‘incapable de le faire, c'est la ruine de l’industrie à bref délai, là fermeture des usines, le chômage pour une armée de salariés. Mais si le consommateur doit payer le prix de revient nouveau, la sous-consommation ouvrière est encore augmenté.
Le pouvoir d'achat total de la masse, malgré quelques forces contraires qui ont tendance à le relever — embau-
Ta LA SEMAINE DE QUARANTE HEURES
chages nouveaux, réduction temporaire du chômage en certaines usines — doit donc décliner assez rapidement. La diminution de la demande devrait entraîner une baisse des produits, mais celle-ci est contrebalancée par l'élévation du prix de revient, réagissant sur le prix de vente, et en tout cas, ne s’opérerait qu'aux dépens du revenu du producteur, ce qui ne contribuerait pas à améliorer la situation. Le coût de production joue un grand rôle dans la fixation des prix. Sans doute, à l'ordinaire, il peut être abaïissé grâce au recours à des perfectionnements techniques. Mais les ma- chines les meilleures, fruit des inventions les plus géniales, voient en général diminuer leur productivité : Elles sont plus onéreuses à fabriquer, très souvent plus brièvement employées. Les plus belles intelligences seront parfois incapables de découvrir une division des tâches, une organisation telles qu’elles puissent retrouver une production abondante et bon marché. On ne peut, en instituant la semaine de 40 heures, faire entrer «en ligne de compte les découvertes sensationnelles que l'avenir peut réserver. Le raisonnement doit prudemment prendre pour prémisses les techniques existantes. Une hausse du prix de revient doit donc exercer une prompte répercussion sur le prix des marchandises, même si la demande se restreint.
Certes, la prévision de la hausse suscitera un renouveau d’activité favorable à l’adaptation. Certains auront vite fait de crier victoire, d'attribuer à la semaine de 40 heures le démarrage de l’économie, de croire à une ère de bonheur durable. Ils devront perdre bientôt leurs illusions.
Il est juste de reconnaître que les prix des produits manufacturés devront croître beaucoup plus que ceux des denrées agricoles et que les loyers. Or ce sont ces deux dernières dépenses qui absorbent la majeure partie du budget du tra-
LA SEMAINE DE QUARANTE HEURES he
vailleur (1). Celui-ci sentira surtout dans sa rigueur la cherté des objets fabriqués, vêtements, articles de ménage. C’est surtout d'eux qu'il s’abstiendra autant qu'il le pourra. L'activité industrielle supportera un à-coup encore plus brutai; l’ouvrier en sera la victime.
La raréfaction du travail et son haut prix onsttue une prime pour l’homme actif et de force physique peu commune capable de fournir un rendement supérieur en un ; témps donné, qu'il soit manœuvre, ouvrier qualifié ou tra- r vailleur intellectuel. Les patrons seraient donc enclins pour une tâche déterminée à récompenser plus dignement les facultés exceptionnelles des individus, à embaucher des personnes dans la force de l'âge. La semaine de 40 heures tendrait à faire ressortir les inégalités naturelles plutôt qu’à les niveler, et à rejeter comme épaves sociales les faibles el les maladroits. On peut souhaiter d'assurer de justes retraites aux vieillards sans se féliciter du congédiement prématuré des ouvriers qui commencent à voir décliner leur vigueur. |
Au moment présent, on peut donc considérer de toute certitude que les prix monteraient, qu'un travail fort coûteux serait moins demandé, que de toute façon l’ouvrier subirait un avilissement de son salaire réel et que le marasme s’accentuerait.
Pour illustrer le schéma que je viens de tracer, il n’est peut-être pas sans intérêt d'en appeler à l'observation de certains faits récents. Dans l'expérience américaine, il faut d'ailleurs tenir compte que l’application des codes industriels s’est faite à une époque de dévaluation monétaire et
(4) Aftalion. Op. cit. 1. II, ch. III. « C'est la nourriture qui absorbe la
plus grosse fraction du budget de dépenses des ouvriers. Les prix des den-
rées alimentaires, les loyers aussi, ne sont entraînés que d’une manière atténué dans les oscillations rythmiques des prix ».
Le. pe {LA SMANE DE QUARANTE HEURES
que RS a contribué de son côté à augmenter les prix de re
vente, à déprimer le salaire de manière plus considérable. Le système monétaire n'étant plus appuyé Sur : l'or, les variations de prix à l’intérieur ‘ont eu tendance à suivre les” fluctuations du change. La hausse des produits s'est donc manifestée sous l'influence, non seulement des nouveaux coûts de production, conséquence des réglementations indus. trielles, mais encore de la baisse « de valeur de l'unité monétaire. Dans la complexité des éléments dont la combinaison détermine à un moment donné les prix de vente, il est ardu
de sibuer ce qui appartient à un seul facteur, En particulier, me
«il peut être aussi difficile d'isoler les effets de la réduction des heures de travail qu'il est difficile d’isoler les effets que | produit sur les vagues de la mer houleuse une pierre qe on y jette » (1).
Lors de la mise en pratique des codes industriels, le relèvement du salaire n’a pas été plus que proportionnel au prix de la vie. Suivant les statistiques de la National Industrial Conference, au mois d’août 1933, l'indice des prix augmenta de 2,5 % et les salaires progressaient de 0,05 % ‘salaire hebdomadaire reçu en moyenne par chaque personne employée dans une industrie américaine). En septembre 1933, les prix de détail ont augmenté de 4 %, les prix de gros de 1,9 %, les salaires de 0,9 %. Le pouvoir d'achat du salaire était donc en assez forte diminution. Depuis ces premiers mois d'établissement des codes, ce mouvement s'est poursuivi. = |
Il est vrai que le relèvement rigide et uniforme du salaire horaire n’a pas été la règle. Seule l'adoption d’un taux de salaire minimum a été prévue. |
(1) Marshaïl, Op. cit. 1. VI, ch. XII, par. 6.
(IA SEMAINE DE œuaranre HEURES Ni ol
. Blats-Unis, “hamne 0 ouvrier ancien a donc souvent vu
L lus: abondant. L'indice de ae (main-d' œuvre os perest passé de 56,7 en mars à à 73,9 «en sepa 6=100) et l'indice des salaires globaux est monté de te même temps de 36,9 à 53,3 (1). Mais il faut | prendre en : considération la reprise économique momentanée qu’ a suscitée la prévision de la hausse des prix et les achats spéculatifs qui en ont résulté. Gette activité ne s'est pas maintenue et en septembre la production industrielle était - tombée de 1,56 %. On ne peut affirmer qu'une véritable re- prise se soit fait jour avec probabilité de durer. La crois- | sance inégale des deux courbes, des prix de vente * des sa- - laires, a marqué une restriction nouvelle de da consomma- “ lion set une préférence du public pour les articles les moins
e chers. Cette expansion : factice de l’économie américaine a
au surplus été largement entretenue un peu partout par les générosités distribuées par le canal de la National Recovery Administration qui a secouru l'industrie à l’aide de sommes très importantes. Ë
L'Amérique, avec ses énormes richesses naturelles, son territoire immense, sa protection dowanière, pourrait au besoin se suffire à elle-même et rester isolée. Menacée d’effon- : drement industriel, elle avait les meilleurs motifs à invo- | (juer pour justifier une politique d’une très grande audace.
Supposons une nation limitée «en étendue, restée f- dèke à d’étalon or, dépendant de l'étranger pour certains &pprovisionnements. Une durée réduite de travail entraîne-
(1) Cons. pour cette réduction du chômage Revue politique et parlementaire, 10 novembre 1983. Pierre Martignan. L'expérience Roosevelt, les codes et le dollar, p. 245,
rait probablement un redressement momentané de plus faible amplitude. En outre, les prix intérieurs dépassant “vite les prix mondiaux nuiraient au commerce d'exportation. Le travailleur subirait vite le contre-coup du ralentissement de l’activité économique. Le chômage deviendrait d'autant plus intense qu’on aurait usé de contrainte pour conserver des salaires exagérés. Ce résultat d’une réduction plus grande de la production et de l'épargne n’est pas dans ce cas pour surprendre. À
Si la résorption de la crise réside PH been du. prix de revient, une semaine de 40 heures, en le contrariant, ne fera que l’empirer. Loin de moi cependant la pensée de redresser l’économie par la compression violente du salaire seul afin de permettre à une production meilleur marché d'encourager spécialement certaines catégories de consommateurs, Ma conscience ne se désintéresse aucunement de la notion du salaire vital. Mais celui-ci n’est qu’un mot vide de sens si les industriels sont incapables de le payer. Il ne s’agit pas de résoudre la crise par le moyen d’un affaissement catastrophique des salaires pas plus que de tous les Frix, afin de faciliter de nouveaux ajustements. Il importe simplement de ne pas contrarier toute baisse propre à raviver la demande de travail et à rétablir un équilibre.
Je n'apporte aucun crédit aux affirmations des délégués ouvriers lorsqu'ils veulent nous persuader que (1) « l’augmentation des prix de revient serait en vertu du dynamisme da la vie économique compensée : 4) par l'accroissement du pouvoir d'achat des travailleurs, lequel ne serait pas forcément accompagné de la diminution du pouvoir d’achat des autres classes de la société ; b) par la diminution des frais
(1) Rapport gris bleu. p. 16.
généraux pour chaque unité produite puisque le nombre de ces unités augmenterait par la remise en train de l’activité économique ; c) par la diminution et peut-être la disparition des charges sociales déterminées par les indemnités de chôae mage : en conséquence, une augmentation des salaires globaux pourrait être supportée par la production ». Si les avocats du monde ouvrier étaient pénétrés d’un véritable esprit scientifique sans prévention, ils ne montreraient
pas cet optimisme naïf, bien fait pour induire leur clientèle
en erreur, Je ne crains pas de rappeler à leur mémoire cette parole de Stuart Mill (1): « Les classes laborieuses, s’affranchissant de l'autorité des classes supérieures pourraient demander dans un grand nombre de cas l’intervention de la législature dans leurs affaires et le règlement par des lois de choses qui les intéressent sous l’empire d'idées très erronées sur leurs véritables intérêts ».
L'ouvrier trouvera plus vite son salut en se rattachant à la théorie de l'abondance qu’à celle de la disette. La multiplication des richesses fournira toujours plus de récompense à ses efforts que l’abstention du travail.
(4) Op. cit. L. IV, ch. VII, par. 2.
buienins VI.
La sense de Quarante Hours et le Profit Se 5
Une semaine plus réduite de travail élevant le prix 2. ee revient, conduit done logiquement à une majoration du prix
de vente. Néanmoins, bien qu'à l'ordinaire, l'entrepreneur 2 - se déclare heureux de toute hausse, celle-ci, cette fois, est
Join de constituer pour lui une bénédiction. SR ve Il convient cependant de faire seu dk quelques siations particulières. | as Supposons deux io L'un aie aveo frénésie, à la marge de ses capacités. Un démon l’a poussé à conqué- rir tous 5 les tue à écouler les fabrications ARE <
à au maximum ses Re | L'autre est un industriel de moyenne envergure, em- - ployant un outillage plus simple. Ses dépenses les plus importantes varient avec la production. Ses frais généraux sont peu élevés, aussi s ’inquiète- -t-il moins de les couvrir à tout prix. Il lutte contre l’affaissement des cours. La clientèle regimbant à acheter ses produits, ses ateliers fonctionnent au ralenti, ; | Admettons que nos deux hommes reculent devant les difficultés d'établissement d’un roulement de personnel et n’ouvrent leurs usines que 40 heures par semaine. Le premier . sera quelquefois le plus embarrassé. I1 avait porté au plus haut degré la productivité de ses installations et de la maind'œuvre. Il lui est impossible de rattraper Ja production
k A | SEMAINE Pour HEURES | 88
manquante. = produire économiquement, il ai être 1 assuré de. pouvoir utiliser à plein son énorme outillage. | Seule une fabrication « en masse », lui permettait pendant la prospérité de servir des dividendes considérables, mais, ET ême alors, il ne réalisait qu’ un maigre profit sur chaque “unité. La crise est survenue. Les prix ont été précipités à un
niveau qui ne rémunère plus une grande partie des charges
fixes qu'il supporte. Il serait pour lui de haute importance de relever ses tarifs de vente, mais de gros obstacles surgis- ; sent. Il n° impose pas ses conditions aux acheteurs selon son = bon plaisir. Une concurrence folle s’est déchainée conire laquelle toute résistance devient impossible, IL a créé des | ‘agences et des comptoirs à à l'étranger qu'il ne peut suppri- + mer à sa guise. Il doit ménager sa clientèle pour conserver un débouché à ses établissements. Il a, au surplus, passé des 5 contrats à longs termes, comportant des livraisons échelonnées, qu'il ne peut résilier. |
Une diminution forcée de sa Dico ne Jui facilite guère le relèvement de ses prix. Les acheteurs, limités dans leur revenu, s opposent à à toute velléité de hausse ; plutôt que de céder aux exigences de leur fournisseur, ils S ’abstien-
dront de souscrire de nouveaux marchés et porteront leurs commandes ailleurs. Malgré tous les efforts, tout espoir de réaliser dans le prix de vente l'entière augmentation du . <oût de production doit être abandonné. Le nouveau prix de reviené agit bien un peu sur le prix de vente, mais la demande est insuffisante et les pertes s’accentuent.
Les affaires du second chef d'entreprise n'étaient pas flo- rissantes. Toutefois, à la moindre reprise, il effectuerait plus aisément les modestes amortissements requis. Son ma-
tériel tournait auparavant presque à vide. Au moindre petit afflux de commandes, ses impôts, ses dépenses de force mo-
trice, de Chaufdee de service commercial, les traitements de
ses employés, de ses contremaitres, seront répartis sur une quantité plus forte d’ articles. Ses ouvriers ne travaillaient
qu’à heures réduites et auront moins tendance à réclamer
une majoration de salaire, celui-ci s’accroissant de lui-même k si le travail revient. L’industriel timoré a moins contracté
d'engagements à longues échéances. Un remaniement de ses tarifs peut s'imposer moins impérieusement. Ayant une production réduite, il peut d’autre part plus facilement l’écouler en appliquant la hausse.
Ce n’est là qu’un cas d'exception. Il peut cependant adve-
nir en certaines circonstances que l'augmentation des frais généraux dans le produit devienne supérieure au supplément de dépenses variables d’un concurrent moins riche.
M. J. Maroger (1) vient d'attirer l'attention sur ce phéno-
mène de suréquipement industrial qui stimule encore la production en cas de baisse des prix. Ceux-ci s’effondrent alors jusqu'à ne couvrir que les seuls frais de fabrication en laissant sans rémunération les charges financières. Plus l’industrie sera puissamment outillée, plus il y aura d’écart entre le juste prix et le prix de misère. Une semaine de 40 heures, survenant à un moment critique, entraînant 'a fermeture de l’usine 8 heures de plus, peut constituer une véritable catastrophe. :
Les industries lourdes et concentrées arrivent à posséder des agencements similaires, une capacité de concurrence à peu près équivalente. Il n’en est pas de même dans toutes les branches industrielles, notamment dans les entreprises qui travaillent pour une clientèle aux goûts très diversifiés.
(14) Revue des Deux Mondes, 1° février 1934 Réflexions sur La crise, p. 674 ets.
per
De grandes différences existent alors entre exploitations rivales. ce : g | La situation inverse peut d'ailleurs se réaliser lorsqu'une - industrie aura réduit au minimum la part de main-d'œuvre dans le prix de revient. M. M. Lacoin (1) pense même qu’une semaine de 40 heures ne changerait pas beaucoup le coût des automobiles. C’est cependant oublier que toutes les dépenses d’un établissement vont se trouver majorées, que d'autre part ces fabriques ralentiront probablement leur À fonctionnement. Enfin, le travail salarié bien qu’étant une faible charge (20 % du prix de revient selon M. Pinot) n’est cependant pas entièrement négligeable. Si de grands indus- {riels ont paru favorables en certains pays à la semaine de 40 heures, ne serait-ce pas qu'ils se trouvaient devant un inarché un peu saturé, et se figuraient, à tort ou à raison, qu’une réduction obligatoire du travail modifierait en us : faveur les conditions de la concurrence ?
Dans le monde des affaires, tout producteur attend son avantage de la gêne de son voisin. Je crois du reste que le relèvement inégal des différents éléments du prix de revient peut quelquefois, en ruinant les uns, être un profit pour d’autres. |
J'ai souvent entendu dans la vie courante quelques industriels isolés appeler de leurs vœux la semaine de 40 heures. Je crois qu’ils espèrent, tantôt que certains concurrents dangereux modèreraient de ce fait leur activité, tantôt que certains rivaux très faibles seraient éliminés. C’est une idée de limitation de la production qui les anime. Leurs mobiles d'inspiration sont donc extrêmement contradictoires et ne s'appuient sur aucun raisonnement solide, mais seulement
(1) Op. cil. p. 299,
LR Ar SEMAINE DE QUARANTE HEURES 3
sur des situations cat lEi et contingentes et sur des sentiments personnels. Chacun veut détourner les : com- + mandés de son voisin et 5 imagine qu’une semaine de” 40 heures y aidérait. HUE |
Pour un produit déterminé. in ‘existe cependant r PES une quantité demandée absolument fixe que les producteurs se partagent. En une certaine mesure, la consommation d’ un articie est excitée par le bon marché de certaines fabrications et par les qualités des vendeurs. -
Sous cette réserve, on ne peut nier que si les industriels ont des intérêts communs à défendre, ils en ont aussi qui sont divergents. La raréfaction d’une production est donc propre à ranimer quelques profits individuels. Ceux-ci ne s'opèrent néanmoins qu'en portant dommage à des concurrents, de même que la protection d’une branche industrielle particulière cause préjudice à la communauté. Or la semaine de 40 heures doit être d'application générale. Elle aurait donc pour conséquence de décourager la demande, de ralentir toute activité nationale, de diminuer la somme des échanges et de rendre chacun moins riche, Aucune catégorie ne garderait donc un privilège (1). Le bénéfice attendu de la réglementation ne se réaliserait qu IP PUORRARRRR et pour un très petit nombre. - |
Les situations des producteurs sont fort inégalés. Une même cause n’influe pas de façon identique sur tous (2).
-(1) A ce propos il est bon de rappeler l’argument de Bastiat (Pamphiets, Abondance): « Est-il si difficile de comprendre que le cordonnier parvint-il à détruire par un seul acte de sa volonté tous les soulièrs du moôndé, excepté ceux de sa façon, ne serait pas plus avancé, même au point de vue puéril de sa valèur nominale si, du même coup, tous les objets contre lesquéls les Souliers s’échangent se raréfiaient dans la même proportion ? Il n’y aurait que ceci dé changé: tous les honimes yÿ compris notré cordonnier seraient plus mal chaussés, vêtus, nourris, logés, encore que les prodnns conservassent entre eux la même valeur relative ».
(2) D. Ricardo. Principes de l'économie politique, ch. VI. Des profits.
Le
ne se SEMAINE DE QUARANTE HEURES ei:
si Fa re montent fortement, les fabricants d’ articles de luxe exigeant une large part de main-d'œuvre en pâti- ront d’ ‘autant plus sérieusement. Si les dépenses nécessaires création de certaines machines devienne prohibitives, le possesseur d'u un matériel ancien peut acquérir un mono- pole appréciable, mais les fabricants d’ See sont très c durement touchés. - Lorsque des produits qui ne sont pas buis : L l'existence déviennent trop coûteux, le consommateur y re- | none. Même en ce qui concerne des objets essentiels, le public peut parfois se rejeter sur d’autres articles meilleur marché. Dans ce cas, le fabricant du succédané retire un | bénéfice de ce déplacement de clientèle au détriment d’un autre commerçant.
ne suffit de se pencher sur quelques points de détail du vaste monde économique pour prendre conscience de la complexité des phénomènes. Dans l'ensemble, cependant, le décalage entre la hausse des prix de vente et celle des revenus doit ralentir l'épargne et lä consommation, entraîner unè baisse des profits. Les patrons pourront bien lutter désespérément pour relever leurs tarifs : Ils sont pris entre Jes deux branchés d’une teñaille. Le cours des marchandises progresse bien, mais en devançant la puissance d'achat et en retardant sur le coût de production.
J'ai cru possible que l’ouvrier, en certaines conjonctures,
parvienne à tirer du nouveau régime un avantage tempo-
raire, quoique très précaire. Quant à la elasse patronale, elle semble toujours devoir subir une diminution de sès bénéfices.
Pourtant, on peut faire … en l'industriel pour
‘« La baisse du taux général des profits n’est nullement incompatible âvec la hausse partielle des bénéfices d'une branche particulière d'industrie »,
mettre toute son ingéniosité à poursuivre le gain qui lui échappe, et penser que s’il s'opère un relèvement du salaire ragera à économiser la main-d'œuvre en ayant recours à un machinisme plus perfectionné. Cet argument a d’ailleurs été invoqué par les délégués patronaux (1). J “estime qu'il n'y a pas lieu d’en exagérer la valeur.
Certes, si le prix du travail progresse vivement, le patron songera à accroître ses moyens mécaniques de production ou, tout au moins, à mieux organiser ses services intérieurs. … Mais il ne faut pas perdre de vue que les extensions nouvelles deviennent fort coûteuses. Les dépenses d’agrandissement d’une entreprise continueront souvent à aggraver le prix de revient. Si l’usine, par ce procédé. parvient à conserver son débit, les avances effectuées ne pourront pas toujours être recouvrées dans le prix de vente. Il ne suffit pas de maintenir la productivité de l’usine en quantité. Comme l’a affirmé M. Lescure (2) : « La productivité du capital doit être appréciée en valeur et non en quantité ». De même, en achetant la force productive du travail, l’entrepreneur suppute ce qu'il en retirera lorsqu'il se portera vendeur de ses fabrications. Il acquiert les différents ser- | vices sur les marchés, poussé par l'intérêt personnel. Si le salaire s'élève trop violemment, il demandera plus de capital. Mais si celui-ci devient très onéreux, il dirigera à nouveau ses pas vers le marché du travail. Selon l'incidence de la semaine de 40 heures sur le taux des salaires et le coût des instruments de production, il recrutrera de la
(1) Rapport gris bleu p. 18. « La réduction obligatoire de la durée du travail pourrait avoir pour conséquence d’accentuer artificiellement la méca-
nisation en vue de parer ainsi à la perte de production et à l'augmentation du prix de revient ».
(2) Op. cit. p. 491.
main-d'œuvre et s’abstiendra de machines nouvelles, ou bien il débauchera du personnel pour lui substituer un outillage moderne. L’ouvrier est parfois chassé par la ma- - chine, néanmoins on voit parfois des groupes de travailleurs médiocrement payés, vivant chichement, faire concurrence à une mécanique très délicate, onéreuse à créer et à entretenir, ou qui doit quelquefois être maniée par des hommes formés par un long apprentissage. Capital et travail rivalisent entre eux en s’offrant au chef d'entreprise (1).
On est ainsi ramené au seul problème de l'équilibre dans l'échange. On peut obtenir un même résultat avec plus de main-d'œuvre et moins d'outillage, et inversement.
La théorie des hédonistes fournit donc la conception: schématique de ce qui se passera et nous enseigne que l’industriel selon l'intensité de ses besoins sollicitera les divers fournisseurs de services de manière à réaliser l'égalité des | £ utilités finales du dernier ouvrier embauché ou conservé et de la dernière dose de Capital utilisé ou acheté. Cette démonstration abstraite fait enfin apparaître que la diminution des heures de travail devra logiquement faire hésiter l'entrepreneur devant tout contrat nouveau, car tous les prix sont en hausse.
On peut donc certifier qu’une rupture d'équilibre des valeurs se produira (2), engendrant beaucoup plus de pertes que de gains et que les revenus industriels tendront fortement à décroître. Toutes ces difficultés entraîneront un grave ralentissement de l’activité économique.
(1) D. Ricardo, Op. cit., ch. XXXI, Des machines. « Les forces mécaniques et les forces humaïnes sont en concurrence perpétuelle et il arrive souvent que les premières ne sont employées qu’au moment où s'élève le prix des secondes ». =
(2) J. Lescure, op. cit. p. 492 «C’est dans l'équilibre des valeurs créées qu’il faut chercher l’origine et l'explication des crises. Et cet équilibre des valeurs est plus compliqué que l’équilibre des quantités produites. Il-est plus
Portons à nouveau nos Pr vers l'Amérique, 50m M. |
l'inauguration du programme Roosevelt, les prix se sont ee
orientés vérs la hausse, mais celle-ci n'a pas été en rapport
avoc les charges imposées à l'industrie. Il est vrai que Je
codes ont fréquemment fixé les prix de venté, de manière à éviter que lé relèvement du coût de production ne se répercüte sur les prix et ne provoque une restriction de là demande des consommateurs. Les entrepreneurs ont été ‘appelés à supporter les frais de l'opération en travaillant à moindre profit et même à perte. On avait l espérance qu’ une fois la reprise amorcée ils auraient pu retrouver des bénéfices. Ce jour n'est pas éncore survenu. On va m ’objecter : qué l'Amérique a pu appliquer les réglementations sans amener l'effondrement complet de son économie et même l'a redressée sensiblement.
Je laisse à d’autres le soin dé prédire l'aboutissement dernier d’une expérience gigantesque dont la semaine de 35 ou 40 heures ne constitue qu’un des éléments. Le marasme
général atteignait d’ailleurs un tel degré que la population eñtière était encline à accueillir n ’importe ie moyen dé salut, \ Le pays qui, en do HA de
en gardant son change intact d'inaugürer la réforme aurait : certainement à surmonter des obstacles plus rudes. La häusse du coût de production serait grosse dé périls eñ ameñäant l'aggravätion dé là crise. Le profit des industriels,
déjà très souvent ot s'añéantirait partout complètes ment.
côrplexe aussi d'ailleurs que l'intensité des besoins car la valeur dépénd non seulement de l'intensité des besoins, mais du coût de production. Üne rüpture d'équilibré n'est concevablé que dans le cas d'üñé hausse ou d’üne täisse particulièrement forte Soit de l'intensité des besoins, soit du coût de production ». |
mi assainissement définitif de la ét on et de: RE sur un terrain complètement dévasté et déblayé, là retons-
Fe < truction de toutes pièces d'un monde économique méilleur. Son intervention, bien qu'inspirée des mobiles les plus loua-
bles, non seulement hâterait une sélection inévitable, mais
: compromettrait encore un essor possible, On à parfois de bons motifs pour lui reprocher de soutenir artificiellement dès entraprises non-viables, mais on doit le considérer en- | core plus coupable de semer des embüûches. perpétuelles sous les pas des industriels.
En tout cas, si cette réduction de la dusés du travail de-
vait être accompagnée d’une déflation énergique en un ré- . gime de laissez-faire, il serait illogique de chercher à maintenir le salaire et indispensable de faire jouer la loi d'airain avec toutes ses souffrances,
La vision des conséquences funestes qu'une loi de 40 heu- res fait entrevoir peut donc saisir le patronat d’effroi, La perspective de voir renaître un profit limité en un avenir plus où moins lointain est peu propre à adoucir ses inquiétudes présentes.
Il s oppose donc avec énergie à toute velléité d’ adoption de la réforme. Celle-ci entrerait-elle en application qu'il ferait son possible pour ÿ échapper et pour frauder les prescriptions légales. Pour justifier sa résistance, il prétendrait devoir légitimement défendre la propriété de ses capitaux, en assurer la continuité d'emploi, condition même de l’existence de la collectivité ouvrière (1).
(1)F. Bastiat. Pamphiets. La Loi: « Le plus sûr pour que les Lois soient FORTOGIESS c’est qu'elles soient respectablés ».
En pareille circonstance, toutes les classes de citoyens appellent l'Etat à leur secours et celui-ci répond aussitôt à leurs cris de détresse et s'efforce de substituer l’ordre à la confusion régnante. Il poursuit donc imperturbablement SES maladresses en-voulant sauver tout le monde. Il se penche sur l’ouvrier dans le but de redresser son pouvoir d'achat et taxe le produit du fabricant qu’il conduit à grande allure vers la faillite. Il prend alors le producteur sous sa tutelle, tente de ranimer le profit en contrôlant le débit des industries, en le secourant par une distribution de crédits, en relevant les prix par des manipulations monétaires dangereuses et inefficaces qui allègent les débiteurs, mais ruinent tout le reste de la population.
Si la semaine de 40 heures devait réduire le profit pour le bien commun, j'y souscrirais volontiers, ma thèse étant loin d’être un plaidoyer ardent en faveur du bénéfice industriel. Mais je suis convaincu qu'aucun état prospère ne peut exister sans lui. L'intérêt bien compris des employeurs est du reste moins de courir éternellement à sa poursuite que de l'utiliser judicieusement. Ce n’est pas l’accumulation des richesses qui est un mal, mais la fausse direction qui est donnée à leur formation. Sous ce rapport, un ralentissement du travail humain n’éclairerait pas mieux les chefs d’entreprise que par le passé.
Les patrons jouent constamment avec des révolutions industrielles toujours renouvelées. Dans nos sociétés soumises à un dynamisme violent, des gains énormes sont effectués par quelques individus qui les emploient à développer l’oulillage dans l’unique but de spéculation personnelle. Selon M. Lacoin (1), vers 1928, à la veille de la crise, la part de
(1) Op. cit. p. 30 en note; p. 130.