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CHAPITRE V

La Semaine de Quarante Heures et le Salaire

. Le aient mathématique suivant lequel, un certain

besoin de travail existant, les ouvriers doivent s’employer inoins longtemps afin de l’être en plus grand nombre, suppose le maintien du salaire à un niveau au moins égal à l'ancien afin que le pouvoir d'achat total subsiste et soutienne la demande de produits.

Je n’oserais nier que l’évolution fatale des événements ne conduise à un régime de labeur réduit. C’est là le secret de l'avenir. Cependant, le plan ci-dessus de répartition est tout idéal, et très simpliste, comme le sont tous les systèmes à justice distributive. La réalité ne se contente pas d’un partage aussi facile de travail et de produits.

Essayons donc de discerner la réaction de la semaine de quarante heures sur le salaire et son pouvoir d'achat.

Le législateur, s’il votait la réforme, déciderait probable-

si

ment par quelque disposition analogue à celle de la loi de 1919 que « ce ne pourrait être en aucun cas une cause déterminante de la réduction du salaire ».

Gettea formule, à l’époque, était d’ailleurs assez vague et pouvait porter à discussion. Si c’est le salaire horaire qu’elle visait, chaque ouvrier pris en particulier aurait touché moins pour une semaine entière même si le revenu total de la classe ouvrière était demeuré inchangé par suite des nouveaux embauchages et des suppléments attribués aux

chômeurs Débits qui ‘auraient vu. leurs heures d'activité |

LS

dépasser le niveau ancien,

L'idée qui a guidé l'auteur de ja LE %e 8 Hèures a 60 É Et d'éviter un ‘abaissement brutal et immédiat des salaires dont pe

les répercussions sociales auraient pu être graves.

A l'heure actuelle, les délégués ouvriers à Genève ont : EE

d’ailleurs parfaitement affirmé leur façon de voir à ce sujet. Dans leur esprit, il importe de conserver le salaire hebdomadaire, et en conséquence de relever du cinquième son taux horaire, afin de ne faire supporter : aucun sacrifice pé- Re cuniaire aux travailleurs.

La mise en pratique du principe des 40 Fe poseraît donc un problème ardu. Les ouvriers auraïent la loi pour eux pour revendiquer la conservation de leur standard de vie ; ils entreraient au besoin en lutte pour obtenir satisfaction. La hausse du prix de la main-d'œuvre entraînerait dans chaque entreprise une élévation du prix de revient. Nous avons ‘déjà vu (4) que Île relèvement des frais généraux est aussi facteur appréciable de hausse. Tout semble donc concourir à la très sensible ascension des prix de vente.

Les chiffres apportés par les représentants patronaux étrangers ont mis en valeur ce relèvement du prix de vente consécutif à cette majoration de 20 %. A chaque stade de la fabrication, l’incorporation d'un supplément de salaire réagirait sur le produit fini pour augmenter du cinquième un poste de dépenses représentant 50 à 80 % du prix de revient. La répercussion du seul élément salaire sur le voût de produetion du passage de la semaine de 48 à 40 heures, avec maintien de la rémunération hebdomadaire, atteindrait de 40 à 46 % et parfois plus.

(4) V. supra, p. 54 et «.

#4 SMANE DE À auaavre HEURES

Fe. a du prix de petient AE au ane Se SUrouterait la hausse des frais fixes. [el apparaît évident que | e pouvoir d'achat de l'ouvrier resterait ve en retard sur

le renchérissement du prix de la via.

Même si

ji - les prévisions effectuées par certains auteurs

© produits, amenant un décalage très prononcé avec le salaire.

à mer que. Fouvrier risquerait fort d’ être incapable de rache- | ter la richesse créée.

be. mainiien des gains a he: s'opérerait d'ailleurs pas sans résistance du côté patronal, principalement a

: en ce temps de crise ‘économique intense. Les efforts du lé-

| gislateur imposant un salaire minimum, ceux des syndi- cats cherchant par leur puissance à réaliser des accords tou- “jours plus avantageux, risqueraient d’être assez inefficaces.

HS. offre du travail resterait supérieure à à la demande malgré

le recrutement de travailleurs qui pourrait se produire à l’occasion. Le prix d’achat de la main-d'œuvre était poussé naturellement vers la baïsse. Pour ue le salaire püûüt pro- Ve gresser aisément, il aurait fallu, selon l'expression de Cob- den, que « deux patrons courent après un ouvrier ». Or,

comment peut-on l'espérer si la réduction du temps d'emploi s'effectue à une époque de dépression où une foule est

ee en quête d'ouvrage, alors que le chef d'entreprise licenciait du personnel plus qu'il n’en embauchait? Le salaire se relèverait peut-être moins qu’on ne le croit, malgré l’inter-

ent être discutées, il n’en subsiste pas moins cette vé-

æ ‘une tendance très forte à l'augmentation du prix des

PE Toute doctrine mise à part, c'est alors qu "on pourrait affir- |

vention légale, malgré l’action concertée des ouvriers (1). La concurrence oblige chaque maître à acheter le travail au prix le plus bas, sous peine de faire faillite.

À une époque de progrès continu, il pourrait en être autrement. La raréfaction du travail pousserait peut-être le patron à récompenser plus libéralement son subordonné pour l’'encourager à produire, à réduire son taux de profit personnel et à vendre ses marchandises au plus juste prix pour maintenir un certain débit, à son usine, à accroître la productivité de son capital afin de fournir le marché à meilleur compte. La tendance à la hausse du prix de vente, due à la mise en pratique de la réglementation pourrait être un peu compensée par la compression de quelques éléments du prix de revient et absorbée par certains revenus en progrès. Le salaire réel progressait déjà et pourrait quelquefois continuer sa course en avant. En ce cas, une loi serait superflue (2). | |

On en déduirait donc que c’est en période d’essor industriel que l’ouvrier, en restreignant son activité, pourrait le plus aisément voir augmenter son gain. On ne pense guère alors à appliquer la réforme, et pour cause. Le chômage existe peu et la durée d'emploi est insuffisante pour répondre aux besoins. Il semblerait alors absurde de s'opposer au développement d’une production déjà déficiente.

Au reste, cet effet sur le salaire de l’ouvrier de la restric-

(1) M. Aftalion (Les crises périodiques de surproduction, 1913, 1. IT, ch. II) a déja noté que « si la dépression durait de longs espaces de temps, cons. tamment accompagnée de chômage d’une grande fraction de la population ouvrière il est probable qu’en dépit des plus solides organisations, le salaire fiuirait par subir de sensibles fléchissements ». .

A fortiori, il semble qu’à pareil moment, la hausse du salaire a moins de chance de devenir effective.

2) F. Bastiat. Pamphiets. La Loi. — « De ce que nous ne recevons pas l'impulsion de la Loi, s’ensuit-il que nous serons dénués d’impulsion ? De ce que la Loi se bornera à nous garantir le libre exercice de nos facultés, sensuit-il que nos facultés seront frappées d'inertie ? »

22 | tion de l'offre de ses bras, lorsque la concurrence entre le maîtres sur les marchés du travail et des produits règne dans toute sa violence, est tel qu’en renchérissant la production, en diminuant les profits, il ne se poursuivrait pas longtemps. he

Poussons notre examen un peu plus avant.

Le salaire s'élevait déjà auparavant. Une loi de 40 heures a «encore forcé les enchères que mettaient les patrons les uns sur les autres pour recruter de la main-d'œuvre. Les revenus de la masse ont continué à devancer le prix de la vie ; la condition de la classe ouvrière poursuit à un certain degré (1) | son amélioration.

Dans ce cas, il convient de remarquer que cet accroissement de la puissance d'achat du salaire s’opère au détriment de beaucoup de citoyens. La cherté des produits qui se dessine aussitôt restreint la capacité de consommation de nombre de personnes à revenus fixes. Les rentiers, les membres des professions libérales sont dans l'impossibilité de satisfaire à leurs besoins comme par le passé et se voient une fois de plus spoliés. Les employés, les fonctionnaires

demanderont bien une indemnité compensatrice du renché- rissement du prix de la vie ; on ne la leur accordera souvent que parcimonieusement. Les médecins, avocats, professeurs libres réclameront des honoraires plus élevés ; ils ne pourront le faire sur l’heure et seront obligés de modérer leurs exigences. Le nouveau régime empire donc immédiatement le sort de beaucoup de gens.

Ce sont les salaires de base qui semblent devoir monter le on one daiine mesure seulement. M. Aftalion (0p. cit. L. II. ch. I.) a en effet remarqué que les fluctuations des salaires, les baisses surtout, mais les hausses également sont moins accusées que celle des prix ». L’amélioration de la condition de la classe ouvrière se poursuit donc moins

vite que celle des autres classes pendant la prospérité. Une semaine de 40 heures ralentirait encore ce mouvement.

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