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CHAPITRE VIII

Point de vué Monétaire

Certains düteurs, très épris de précision, pourront, sans sé tisquer à dé véritablés prophéties, affirmiér qué le prit dé révient étaht méjoré de 20 %, là vié dévräit croître dé éstté fraction (1).

Pouf ma paft, Quoiqué réspéctueux dé tot essai dé prévision exacté, j'ai déjà exprimé l'avis que le Coût de l'existencé réStérait très longternps én retard sur €e Chiffre, S'il l'atteignait jamais. .

Daris un Chäbitré antérieur (2), j'ai cr bon de procédéf à l'étudé de l'incidence d'une semainé de 40 héüres sur cettains éléments — Salaires et frais généräux — du coût de prodüction afin d'en éxamiiner les répercussions sur Chaque catégofié dé producteurs. J'ai émis l’opiñion que lés bases de calcul supposées devraient en de nombeux Cas partiCuliers être l’objet d’une sérieuse révision. Les industriels s’efforceraient d'éluder les prescriptions légales, S’opposeraient au relèvement du salaire, s’ingénieraient chaque fois qu'ils le pourraient à obtenir un rendement supérieur, comprimeraient au maximum leurs dépenses de toutes natures.

Il convient donc de ne pas se fier à la rigueur des chiffres. On pourra principalement hésiter à y recourir si on

(4) M. Pinot (0p. cit, p. 60) :-« La hausse des prix serait, selon toute vraisemblance proportionnelle à l'élévation des coûts de production et tendrait à atteindre elle aussi 20 % ».

(2) V. supra, chapitre IV. La semaine de 40 heures et la concentration:

ns .. pour Ja raison que 1és . éléments dü

he revient sont en hausse. Aù évntraie, il 4 As dé-

eurs vont, faire Monter soi Prix, ris hs résistanous surgiront pouf freiner un mouvement trop vif: | . à Si 1 doi rest pas d’ ‘application iñtéfnationale, la Mdr-handisé importée fra côficurrente aûx produits nâtionäux. ‘ ER éé qui concerné ces derniers, ls devraient normale: méñt évmpôrter üñe certaine augifiéhtätion Séloñ les majoson < da ve loës dés re suècés-

112 LA SEMAINE DE ar HEURES

sives. Plus celles-ci sont multipliées, plus le pt a tendre à s'élever. ; 6 ; D Gertaines de ces ae opèrent suivant une progres-

sion géométrique. C'est le cas de la taxe sur le chiffre d’ af- ?

faires, des frais d’escompte, des remises proportionnelles aux placiers, des profits des marchands — si toutefois ceux-. ei ont possibilité de maintenir leur pourcentage de bénéfice afin d'adapter leur revenu au nouveau prix de la vie —. Il suffit d’une faible hausse au point de départ à raison progressive pour aboutir à une majoration sensible si le produit passe par un grand nombre de’ mains.

Mais les principaux suppléments s’incorporent à la marchandise par addition. Un renchérissement de la maind'œuvre, une quote-part plus forte de frais généraux fixes

se surajoutent simplement dans une fabrication donnée aux

augmentations antérieures sans êtra calculés sur elles.

Néanmoins, le coût de production seul ne détermine pas le prix de vente, Sans doute, le chef d'entreprise ne peut éternellement vendre à perte. Il luttera avec la dernière énergie pour récupérer toutes ses avances.

Tout d’abord, nombre d’ industriels ou commerçants ne sont pas des mathématiciens hors ligne et, dans leur désir d'effectuer des évaluations au plus juste, afin de mieux tenter le client, commettent de graves erreurs. Un prix de re-

vient est éminemment variable et dans certains établisse-

ments très difficile à établir à l’avance avec une approximation rigoureuse. Les aléas d’une fabrication sont parfois formidables ; les commandes reçues sont insuffisantes pour. alimenter la capacité de production de l'usine et opérer les amortissements indispensables ; des pertes imprévisibles de créances, des détériorations subites de machines surviennent. En période de concurrence intense, le producteur sera sou-

event porté instinctivement à effectuer des prévisions inféres à la réalité. | RS Le prix de revient serait-il calculé sans erreur que ce

ible parfois, d’écouler le produit au prix coûtant. Si le con- 0 sommateur ne dispose pas d’un pouvoir d'achat suffisant, “ ni refuse d’acheter ou offre ure somme dérisoire. Son fourè : nisseur est alors obligé de s’incliner devant ses exigences.

: de convention élaboré par le B. I. T. excluait de son application certains petits établissements et certaines industries familiales, est-il vraisemblable que les “exploitations régle- | méntées aient possibilité de dicter leurs prix à leur clien- | tèle? (1 (4). | AIN Leduc (2 (2) avance avec certitude que « à — acee ‘tuelle, les possibilités de réduction des profits se trouvent ; souvent très faibles et qu’il y a de fortes chances pour que Ja majoration des prix de revient se répercute sur les prix dè vente ».

Le fait invoqué : est exact, mais É coût de production ne constitue pas une limite infranChissable sur laquelle l'industriel défend ses positions sans jamais reculer. Ce n’est souvent qu'après des luttes et des pertes de longue durée

qu'il réussit, enfin à reprendre l’ offensive sur une ligne quit- __ tée bien involontairement.

| Quel que soit son désir de profit, il est contraint de tenir

compte de la demande. Il ne peut fermer son usine à vo-

- (1) E. AUÏix (09. cit. p. 460) : « La perte (pour le patron) sera d'autant plus grande et d’autant plus dangereuse pour l'avenir des ouvriers que se seront maintenues ailleurs d’autres entreprises qui auront échappé à la - semaine de 40 heures et à l’augmentation des charges qu'elle entraîne et qui par conséquent continueront à vendre meilleur marché », ) 0. cit. p. 1522.

n esb pas moins une tâche très dure, voire même impos-.

Sr la législation ‘adoptée, conformément à l’avant-projet

—lonté, dès qu'il est en déficit, attendre des jours meilleurs, ou diriger son activité et ses capitaux vers des productions nouvelles. Sans doute, le prix de revient constitue une base sur laquelle l'entrepreneur s’accrochera, mais cette base sera faible et risquera fort de s’effondrer.

M. M. Pinot a surtout essayé, grâce à des enquêtes intéressantes bénévolement fournies, da scruter les hausses probables du prix de revient et n’a pas entrepris l’étude détaillée du prix de vente. Ses

Les prix de gros et de détail auraient tendance à se diri-

ger vers la hausse, maïs les variations n’en seraient pas constamment parallèles. Dans la détermination du prix, les possibilités d'achat du public agiraient ainsi que l'inten- | sité de ses besoins (1). Chacun, dans son for intérieur, péserait ce qu'il pourrait retirer de son revenu pour en obtenir le maximum de satisfaction, abandonnerait certaines consommations au profit d'objets plus modestes. En chaque individu se réaliserait une position d'équilibre.

Le producteur établirait la même balance pour effectuer l'emploi de ses capitaux. Il se demanderait s’il doit continuer à travailler dans des conditions lamentables, qui l’entraînent à la faillite. En général, il se résoudra à poursuivre ses fabrications,, ayant peut-être l'espoir de voir la chance tourner, les circonstances lui devenir favorables et lui permettre un redressement au bord du précipice.

Il peut arriver, par l'effet d’une concurrence excessive, qu'à chaque stade de la production et de la distribution il en soit ainsi, que le prix de revient ne puisse être entièrement intégré dans le montant des transactions. La mar-

(1) J. Lescure (op. cit. p. 511): « Si la Monnaie joue un certain rôle dans la détermination des prix, l'offre et la demande tiennent à cet égard une plate infiniment plus considérable ».

chandise, en fin de compte, supporterait une hausse fort

éloignée du chiffre mathématiquement prévu. Incontesta-

blement, lors de chaque échange, une augmentation de prix

a tendance à apparaître et à s'amplifier. Mais qu’elle sera-

t-elle en définitive? Que deviendront les indices des prix

de gros et de détail pour chaque article en particulier et pour l’ensemble ? C'est chose impossible à préciser de façon

infaillible. Les forces respectives de milliers d'acheteurs

et de vendeurs de produits et de services s’éntrechoqueront

sur les divers marchés pour aboutir à une majoration totale d’ampleur inconnue.

Si une hausse énorme était possible, qui ne voit en quel cercle infernal et absurde on serait entraîné ? Le retard des pouvoirs d'achat sur le coût d'existence donnerait matière aux plus violents conflits d'intérêts. L'’ouvrier, même ayant

conservé son salaire hebdomadaire nominal, en demande-

rait malgré tout le relèvement en vue de se procurer des jouissances à peu près équivalentes aux anciennes. Les cocontractants de ioutes classes chercheraient à éviter l’effondrement de leur revenu au-dessous du niveau vital. On apercoit ainsi un enchaînement sans fin de haussés continuelles incompatibles avec le maintien d'une monnaie saine.

Cette poursuite ininterrompue du revenu réel implique l'impossibilité absolue de l’appréhender jamais.

: Les ouvriers présentent du reste une argumentation tout aussi vicieuse. Ils se sont intéressés à la théorie des pouvoirs d'achat en la dirigeant cependant dans une direction différente (1). D’après eux, « lé chômage a pour conséquence une réduction du pouvoir d'achat de la masse des consom-

- mateurs, Ce qui diminue les possibilités d'écoulement des

(1) Rapport gris bleu p. 15.

16 LA SEMAINE DE QUARANTE. HRURES à Ne

produits industriels et rules et a pour “effet de mainte- en nir et même d’accroître le marasme “économique qui, à son PE tour est générateur de chômage ». La crise s ’intensifierait : 4

donc sans cesse, réduisant toujours plus les revenus et J'écos 2.

nomie ne pourrait jamais entrer èn convalescence. RL Comme conclusion, les adversaires et les protagonistes

d'une semaine de 40 heures considèrent l'inflation inévitable. Le patronat redoute que (1) « le maintien des salaires hek

domadaires conduise directement à une inflation dange-

reuse ».

. Les ouvriers, à . tour, prévoient le même effet à travers le budget si la réforme préconisée n’est pas adoptée (2). « Le chômage actuel impose des charges financières très lourdes aux Etats, charges qui compromettent l'équilibre ee budgétaire et risquent de conduire à une inflation dangereuse ». CR Or les deux parties en présence attendent le remède à la crise d’une augmentation du pouvoir d'achat du consommateur. es | à Les défenseurs du prolétariat l'espèrent de l'accroissement du nombre de salariés. Si ceux-ci travaillent 40 heures au lieu de 48, le maintien de la production nécessite l’embauchage d’un plus granû nombre de bras ou l'emploi plus prolongé des chômeurs partiels. Le total des salaires pro-

gresse et exerce une heureuse réaction sur la consomma-

tion, point de départ d’un retour de la prospérité.

Ce ne sont pas cependant les salaires qu'il faut considérer mais les revenus qu’ils expriment. Supposons. que les prix s'élèvent et que de nouveaux moyens de paiement permettent à la production de rester constante : Sa répartition

(1) Rapport gris bleu, p. 17. (2) Ibid. p. 15.

| pourra se troûver modifiée, mais le gain d'u un consom- mateur sera la perte de l’autre. Si certaines indemnités de ch mage sont supprimées le bénéfice en est pour le contri- ” buable. si le pouvoir d'achat total de la masse ouvrière ne change pas, certains travailleurs voient leur revenu diminué du revenu nouveau créé.

Enfin, si dans une période particulièrement favorable aux travailleurs, le prix de la vie, par l'effet de la concurrence une progressait pas par hasard avec la rapidité des salaires

£ réels, la masse améliorerait momentanément son sort, mais aux dépens du producteur qui, écrasé par le prix de revient, serait vite découragé et arrêterait bientôt son activité. M. Leduc (1 (1), tout en exprimant quelques réserves, s’ima- gine volontiers que ce transfert pourrait avoir « pour résultat un retour bienfaisant dans le cycle des échanges des : sommes aujourd” hui thésaurisées ». Il faudrait donc que les épargnants préfèrent le maintien de leur train de vie à la conservation de leurs économies. Or il est peu probable qu’un très grand nombre se résolve à entamer ces dernières. La ferait-ik, forcé par le besoin, qu’en tout cas, sa dépense irait à sa consommation courante. Il y aurait destruction de capital qui serait tôt ou tard épuisé et ne contribuerait que pour un temps à soutenir l'économie du pays. La diminution

de la thésaurisation est surtout désirable si elle est la source de revenus permanents.

Ceux qui continueraient à vivre comme auparavant ne seraïent pas toujours les personnes au bas de laine bien garni. Celles-ci s’imposeraient souvent de grands sacrifices pour

conserver intactes des sommes péniblement gagnées. En -contre-partie, nombre d'individus jouissant même d’un mé-

(4) Op. cit, p. 1523 et 1526,

AB LA SEMAINE DE QUARANTE HEURES diocre crédit emprunteraient jusqu'à l'extrême limite de leurs possibilités, useraient même d’expédients pour satisfaire un peu plus longiemps des besoins dont ils ne veulent pas se passer. Un endettement encore plus considérable d'une fraction de la nation est fort dangereux pour la préservation de la stabilité sociale et économique,

Considérons un industriel, Ses ressources, jusqu'alors, le rendaient capable d'acheter une certaine quantité de matières premières, d'effectuer certaines payes, de supporter certains frais. Si le débit de son usine tombe du sixième, __ sa trésorerie peut encore se trouver suffisamment alimentée. Fe acquerra. plus cher moins de marchandises, il versera à peu près les mêmes salaires à son personnel, fera face à des dépenses sensiblement inchangées.

Mais si la production doit revenir au niveau ancien, ses moyens financiers deviennent insuffisants. Ses achats de toutes sortes, matériaux, personnel, services divers, vont exiger plus de capital. S’il ne possède pas des réserves, il sera obligé de recourir au crédit. 11 sollicitera des avances près des banques, augmentera ses escomptes, contractera des emprunts dans son entourage, L'Etat interviendra en sa faveur pour pousser les banques d'émission à accroître artificiellement leurs crédits.

__ On n'échappe donc pas à ce dilemme : Ou bien le volume d’affaires se rétrécit, le pouvoir d'achat des consommateurs se restreint ; ou bien la production est redressée grâce à l'expansion du crédit, Celle-ci ne fait que maintenir l’activité économique, La mise en circulation de nouveaux moyens de paiement empêche la demande de décroitre ef soutient les prix, mais n’augmente pas les revenus réels et ne constitue qu’un secours temporaire apporté au producteur pour lui faire supporter un prix de revient trop élevé.

Pour déterminer une reprise économique à un tel moment, une multiplication extrêmement abondante d'instruments de crédit serait nécessaire. Une spéculation à la hausse favorisée par une ambiance psychologique peut mettre en branle ce mouvement. Mais dans ces conditions un krach est à craindre dans un proche avenir, C'est ce qui s’est passé aux Etats-Unis où la forte spéculation à la baisse du dollar et à la hausse des matières premières el des titres a abouti au mois de juillet à des déceptions.

Sans amplification de crédits, les patrons ne pourraient Lirer le même revenu d’une production équivalente à l’an- cienne qu’en maintenant le prix de revient ancien et en

abaissant le salaire. Si l’activité économique, malgré tout, se ralentissait, ils ne pourraient conserver la valeur de leurs revenus qu’au détriment des autres catégories de consommateurs et en particulier de la classe ouvrière. Il y aurait une mutation qui leur serait favorable.

Cette dernière hypothèse supposerait une défiation énergique de tous les éléments du coût de production, un affaiblissement très notable de la concurrence et des forces syndicales ouvrières. Le salaire horaire ne devrait pas se relever mais au contraire être encore comprimé ainsi que le prix de bien des services.

Or il est pratiquement impossible de tenter pareille déflation et c’est uniquement faire acte d'imagination que de concevoir la mise en œuvre d’un tel programme.

Le maintien du salaire, obstacle à l’abaissement du prix de revient, empêcherait l'établissement de produits bon à marché. Les ouvriers, en violant systématiquement la loi du libre jeu des prix, perdent leur chance de favoriser la demande et manœuvrent de facon à la faire reculer.

Si le volume de crédit reste au même niveau, la généra-

10 Dar DE QUARANTE HEURES

D des industriels sera contrainte d'écouler une produc- ; ticn moindre et sera acheteuse de moins de main- d’ œuvre et d'outillage. Elle majorera ses ‘fabrications comme elle lo pourra, n'ayant devant elle qu'un consommateur appauvri. Tout n’est donc qu'illusion dans la thèse ouvrière. IL convient aussi de noter une singulière naïveté : « La semaine de 40 heures. assurerait.… une production suffisante et. donnerait en même temps aux ouvriers des loisirs accrus pour profiter de cette production » (4). DES. Constatons que ce n’est pas, hélas, à l'heure actuelle le - temps qui manque à la population pour consommer, mais bien davantage les moyens !

En pleine période de prospérité, alors que la confiance semble inébranlable, que l'argent est largement offert, les entrepreneurs trouveraient des aides plus faciles pour répondre à un surcroît de dépenses, quitte à s’aventurer fort loin dans la voie du crédit et à déchaîner plus tôt une réaction violente. Mais en un moment de marasme aigu, où les capitaux se cachent, où les banquiers sont hésitants, le développement du crédit ne s'opèrera pas spontanément, presque aucun épargnant n'ayant l'espoir de voir fructifier son avoir en le versant aux mains de producteurs en proie à des embarras formidables.

. L'Etat est alors appelé à intervenir pour sauver l’économie nationale en péril. … .

Des mesures bancaires spéciales sont prises. Lors de l’ex- + périence Roosevelt en septembre 1933, le Congrès de l’American Bankers Association, réuni à Chicago, a aperçu le danger en face des tentatives faites par le Gouvernement

(1) Rapport gris bleu, p. 15.

{LA SEMARE DE ee HEURES RQ La pour amener ke banques à se montrer plus libérales dans l octroi des crédits afin d’assurer le succès de la NRA.

Sio on ne recule devant aucun procédé pour empêcher le

TE fléchissement de la consommation et de la production, un

rs régime de 40 heures avec hausse du salaire horaire est in-

compatible avec une politique bancaire saine. Les banques refusant leurs avances, le Gouvernement fera en sorte de se substituer à elles. Il se fera au besoin céder par des banques des actions dans un but de recapitalisation et prendra 5 la haute main sur les banques du pays. Il deviendra le grand dispensateur du crédit. Des mesures inflationistes extrêmes sont même à craindre s’il rencontre trop de difficultés près du public dans le placement de ses obligations.

Le grossissement de la Dette publique, l'inflation de cré-

£ dit par certaines opérations du Federal Reserve System (open market politic entre autres) sont des anesthésiques qui -endorment le patient sans guérir son mal. Cette infiation, agissant mécaniquement sur l’ensemble des prix, ne met pas fin aux inégalités entre les niveaux des différents prix et laisse subsister un SE uniforme entre les prix de gros et de détail.

Le stimulant momentané à l’activité économique que com- | porte une telle politique s’est exercé surtout à sauvegarder certains pouvoirs de consommation, à mettre obstacle à une

régression trop prononcée de la production, mais l’équilibre des valeurs ne s’est pas rétabli pour autant. L'offre des produits est encore trop forte relativement à une demande ranimée à grand peine. La valeur du produit a encore diminué par rapport à un coût de production très no- tablement renchéri. Si les crédits sont insuffisants et que la semaine de 40 heures entraîne une forte réduction de la

ae) LA SEMAINE DE QUARANTE HEURES.

production, le déséquilibre des valeurs se creusera davantage (1). |

Il est impossible de penser que la réforme envisagée doit redonner la prépondérance à l'industriel sur le marché des produits, Le contraire est beaucoup plus probable. Un contrôle industriel raisonné ou une application concertée du « short time » peut passagèrement être efficace pour une industrie particulière, mais il n’y a rien à attendre d’une réduction uniforme du travail.

Comme résultat d'ensemble, l’action sur les pouvoirs d'achat d'ouvertures de crédits est donc assez restreinte, n'est propre qu'à entretenir une activité factice et transitoire à laquelle succèdera une nouvelle phase de dépression el de baisse.

D'autre part, les titulaires de revenus fixes étant irrémédiablement atteints par tout relèvament des prix, une source nouvelle de rupture d'équilibre apparait.

Infailliblement, la continuation de telles pratiques doit entraîner tôt ou tard une dévaluation monétaire. Un abondon de l’étalon or équivaut alors à une vaste et soudaine déflation : le prix or de toutes les matières et de tous les services baisse,

Celle chute de la monnaie peut elle-même provisoirement encourager. une reprise des affaires par suite des prévisions à la hausse, Le maintien trop prolongé de l’incertilude monétaire est cependant peu propre à maintenir

(1) J. Lescure (0p. cit., n. 491) : « Si les phénomènes de surproduction et de baisse générale des valeurs pouvaient s'expliquer par une réduction de l'utilité finale, la réduction de la production en période de dépression devrait amener une hausse de la valeur des produits car l'utilité finale, l'intensité du dernier besoin satisfait s’accroitraient. Or il n’en est rien : La baisse de valeur se poursuit parrallèle à la réduction de la production ».

re et bte bientôt à paralysor l'amélioration survenue. Des bases férmes manquent pour les transac- ‘tions ; l'ignorance concernant la valeur future des créances - n'incite personne à faire crédit, Une grande circonspection s'impose dans la conclusion des contrats. L'opinion publique réclame vite le rattachement à l'or.

Et, lorsqu'on aura stabilisé, il faudra hien, coûte que coûte « traverser une période plus ou moins longue de lan-" “ a guissement et de paralysie » (1),

Ce schéma n'a pas élé tracé en suivant l’ordre historique des événements américains. Je le crois cependant basé sur l'observation des faits passés.

Aux Etats- Unis, l’abandon volontaire de |’ étiion or a précédé l'élaboration des codes industriels. Auparavant cependant, les interventions multipliées de la part de l'Etat, la création de la Reconstruction Finance Corporation au début de 1932, l'application de méthodes toutes artificielles pour empêcher l'effondrement de la structure économique et so- ciale du pays ont certainement été à l'origine de ce décrochage du dollar de sa parité métallique, Depuis, la politique interventionniste s’est poursuivie de plus belle et nul ne peut prévoir quel en sera l'aboutissement.

On aperçoit ainsi combien — même sans recours à une inflation directe, inconsidérée et beaucoup plus incontrôlable — un régime de 40 heures avec hausse horaire des salaires est d’un succès douteux et peut être dangereux par suite des amplifications de crédits qu'elle nécessiterait.

Les patrons ont donc à juste titre attiré l'attention sur les entrainements dont une telle réforme est la source. ;

Or les ouvriers répliquent que l'inflation est encoré bien

(1) Ch, Rist, La déflation en pratique, p. 115.

moins évitable si la ie actaôlle se poursuit. Le ver- se sement toujours renouvelé des indemnités de chômage, en mettant les caisses de l’Etat en déficit chronique, aménera en inéluctablement un jour une baisse du change. Le grossisse- À

ment de la Dette publique ne peut continuer indéfiniment.

Cette assertion est exacte. On peut toutefois répliquer

qu'avec le régime des 40 heures, les dépenses de l'Etat crof-

tront aussi très fortement par suite de l'élévation des prix

de revient de tous les grands services publics et que tous les traitements seront attirés vers la hausse. Il est peu conce-

vable que des ressources nouvelles puissent facilement couvrir ces charges supplémentaires, les facultés contributives

des citoyens devant se tarir.

Vraiment, on peut être alors saisi d'angoisse à à la sombre vision qui pointe de tous côtés de l'horizon. À notre époque

troublée, quoi qu’on fasse, la faillite de la monnaie serait donc au terme du parcours ?

Un remède existe cependant, mais les es n’ont pas

le courage de l'appliquer. Il consisterait à s'attaquer aux

causes générales de la crise dont le chômage n’est qu'un

signe et une conséquence.

L'Etat doit secourir les chômeurs sans rare devant de grands sacrifices. Ce serait une honte de balancer un seul

instant entre la préservation de milliers de vies humaines

el le maintien d’un budget en équilibre et d’une monnaie au pair.

Mais, lorsqu'il n’est pas trop tard, certains moyens devraient être utilisés pour atténuer la crise, ranimer les

affaires, réduire le chômage et revenir à une PRE mo-

nétaire saine.

Les partisans des 40 heures veulant faire quelque chose d'urgent et se lancent vers l’inconnu, Dans leur impatience,

ES

= LA SEMAINE DE QUARANTE HEURES | ee tes

1 repoussent, les remèdes classiques et an appellent à une g réglementation nouvelle. Certains précédents devraient ce- 5 us les inciter à la prudence.

. Depuis la guerre, des entraves ont constamment été \ : . au rétablissement | d’une position d'équilibre, Le pendule Fe ayant oscillé trop amplement, on à pris peur des effets de sa : chute vers le point mort; on a fait de tels efforts pour atté-

Fe nuer les chocs que tous les Le du mécanisme ont été ,

détraqués.

Il est de toute justice que les ouvriers ne se contentent pas d’une existence misérable près d’une classe encombrée 2 de richesses. Cependant on ne peut nier que la fixation rigide de hauts salaires a découragé continuellement la production. Les patrons peuvent donc légitimement faire des vœux pour l’abaissement du prix de revient, afin de faci- liter productions nouvelles et accroître la demande du travail.

Mais pour eux-mêmes ils réclament la ne légale et se tournent vers l'Etat pour obtenir des contingentements et des facilités de crédit.

Ils ont déjà souvent maintenu des prix artificiels par leurs ententes, par leurs cartels, favorisés par le libéralisme de

la plupart des législations. s : Toute la politique des gouvemnements a end à immobiliser les prix en s'appliquant à préserver autant que possible Le revenu de chacun. L'Etat le premier, trop faible pour résister au flot montant des coalitions d'intérêts, a un mal inoui à réaliser quelques économies. Il doit donner à tous des garanties d'existence, aux fonctionnaires des traitements intangibles, aux ouvriers des salaires convenables ; il doit assurer aux industriels le maintien de l'activité normale ‘de

leurs usines. Il en arrive à manipuler la monnaie au gré

des événements et selon la conception qu'il se forme de l'intérêt général présent. Sans dénier toute action à l'Etat dans le domaine social et économique, il serait désirable qu'il possède des vues plus larges de l'avenir et préfère parfois l’abstention à l’accomplisséement de pareilles pratiques.

Comment s'étonner que les adaptations nécessaires n'aient pu s’opérer, que la crise se soit amplifiée, que certains puissent en concevoir la perpétuité ?

Ne serait-ce pas absurdité de préconiser une immixtion de l'Etat dans les contrats de travail, de rendre obligatoire l'observation des 40 heures, source nouvelle -de multiples interventions en toutes matières et principalement dans le domaine du crédit. Des cabastrophes privées ne sont en effet retardées qu'au prix d'une faillité monétaire. a

Malheureusement, on se prend à douter que les classes d'une nation soient maintenant capablas de se rallier sans passion à un vaste plan de rénovation économique comportant un énergique abaissement du prix de revient. Le public serait-il même fortement éclairé que le courage lui ferait défaut.

Les ouvriers craignent d’être dupes. Ils se sont toujours plaints de ne pas profiter suffisamment des progrès sociaux el se déclareront toujours lésés quelle que soit la part qui leur sera dévolue.

Je regrette très sincèrement que les lois naturelles soient implacables et que les bonnes volontés soient rares et impuissantes à en adoucir les rigueurs.

Il ne convient cependant pas de leurrer les masses en agitant à leurs yeux de vains espoirs. M. Leduc se demande « si la part de bénéfices réclamée par les ouvriers au cours de la période de prospérité qui a précédé la crise actuelle

ES

n'aurait pas dû être plus considérable qu’elle ne-l’a été » (1).

Sur ce terrain, la discussion serait longue. Etait-il possi-

ble de découvrir une méthode permettant d'attribuer à la E classe ouvrière une fraction supérieure du produit social ? M. Rist l’a fortement souligné (2) : « Beaucoup de personnes paraissent s’imaginer qu'il existe un mécanisme social parliculier par le moyen duquel le produit se partage entre les

deux facteurs économiques « capital » et « travail ». Rien

si l’on peut dire n'est plus indifférent au système économique où nous vivons que ce prétendu partage »..

S En tout cas, la semaine de 40 heures ne pourra jamais atteindre ce but, car, en aboutissant à la faillite de la monraie nationale, elle risquerait d'appauvrir la plus grande partie de la communauté. Elle allégerait peut-être le poids de certaines dettes, mais n’empêcherait pas tôt ou tard de nombreuses défaillances, aussi bien de débiteurs malheu- reux que de spéculateurs malhonnêtes.

(1) Op. cit., p. 1513, en note.

(2) Essais sur quelques problèmes économiques et monétaires, 1933, 2 partie. II. Economie oplimiste et économie scientifique. 2. La distribution des richesses.

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