‹ La semaine des quatre jeudisChapitre 3 sur 6 · I.À Bmi Ainn D^ES QVÀTAB JEUniS · texte numérisé non relu

I.À Bmi Ainn D^ES QVÀTAB JEUniS

ia suave légende du Sére de Framboisy; mais si je le conââèce oomaie un loarde de peu de rime, je Festime isoBsme un pUkMopfae de beaucoup de raison.

Il chantonna la moralîlé de cette ineptie, d^uis rkmgteœps passée de mode à. Paris, et qui faisait alors les délices des départements :

A jenoe femme, II faut jeune mari t

— Mon cher OlIîiTÎer^ contrairement à vos désirs, et du plus profond de moncoMir, jesouhaite c|ue vous T^K>ndez à ee projet, die-je en me promenant à grands pas dans sa chambre.

«— Pour quel motif?

— J'ai eu, hier au soir, l'occasion de mr'entretenir avec ce jeune homme.

— Eh bien f quelle impression a-t-il produite sur iH>tts ? Quelle opiniao avez-'^ous conçue da mon futur gendre?

Je me rappelai la formule de mademoiselle Bruneau, je me l'appropriai et je tépondis avec fermeté :

«^ Mon opinion ae résume en trois mots : c'est un sot.

-— Mon Dieuhrépliqua4«*il, non sans embarras, je -vous accorde qu'il n'a pas tout à fait autant d'esprit que Voltaire; mais encore faudrait-il être fixé sur ce point essentiel de la question : Voltaire avait-il l'étoffe

d'un bon mari? Que d'écrivains je pourrais nommer, et parmi les plus brillants, dont les femmes n'ont pas été ou ne sont point heureuses! D'ailleurs, ma fillesera mariée sous le régime de la communauté; etc'est bien votre avis, j'imagine, que la duchesse de Fosaueym sera spirituelle pour deux.

L'insistance qu il mettait à défendre son projet me poussa à bout et j'insinuai perfidement :

— Ajoutez que, dans leur ménage, il en sera exactement de la bravoure comme de l'esprit,

— Qu'entendez- vous par ces étranges paroles? fit-il avec un haut-le^orps. Expliquez-vous, Raymond.

— J'entends que H. deFosqueym,que jetiens pour un sot, est encore moins brave que spirituel.

OUivier sauta à bas de son lit et dit d'une voix altérée :

— Qui vous autorise à juger ce jeune homme avec tant de rigueur? J'ai le droit de le savoir.

— Dispensez-moi...

— Je vous somme de parler, Raymond.

«- J'eusse préféré me taire; mais vous allez tout savoir.

Je le mis au courant des événements de la veille et je citai l'autographe du jeune duc. OUivier me l'arracha des mains et le parcourut rapidement. La lecture achevée^ il fit plusieurs fois le tour de sa

chambre, en proie à une agitation intérieure que trahissait la sueur qui perlait sur son front. Enfin il me dit avec effort :

— Excusez-moi d'avoir douté de votre parole, mon ami. Vous disiez vrai; ce mariage est impossible; il ne se fera pas.

— Aviez-Yous autorisé ce jeune homme à concevoir des espérances? Ce serait regrettable.

— > Il ne sait rien; je comptais lui en toucher deux mots aujourd'hui même, et c'est dans ce but que je Tavais retenu à Laneuville. Ah ! mon ami, je vous dois un fameux cierge I

Il sonna Dubois et je le laissai aux soins de sa toilette. II était fort pâle et fort ému.

Une vingtaine de personnes avaient couché au château et se retrouvèrent au déjeuner. Ce repas eut un caractère d'intimité et de gaieté qui avait fait défaut au dîner, d'autant mieux qu'il ne fut plus question de préséance et que chacun se plaça comme il lui plut. Irène me favorisa de son cher voisinage.

— Je ne vois pas M. de Fosqueym et personne ne l'a aperçu ce matin. Qu'est-il devenu? Lui auriezvous fait mordre la poussière? me dit-elle en riant.

Je ripostai du même ton :

— Non-seulement je Tai tué, mais encore je l'ai enterré.

— A une grande profondeur?

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^-^■^ I .1 I 1 1. ■ ■■ 11. I -^^^-^^■^^^i^^.^ii^

— Si grande qa'îl ne reviendra jamais, — du moins à Laneuville.

Elle reprit avec une gravité inquiète et en baissant la voix :

-—- Contrairement à votre promesse, aariez-votis eu une explication avec lui, mon ami ?

— Ma chère Irène, pour s'expliquer, vous admettez bien qu'il faut être deux. Or, M. de Fosqueym est parti hier au soir subitement pour un très-lointain voyage

— £ïi bien f que Dieu le conduise I

— Vous êtes trop charitable. Je dis, moi : que le diable l'emporte I

— Je n'ai pas voulu dire autre chose ! s'écria*t-elle joyeusement.

La gaieté qui illuminait toute sa personne se refléta sur son page. Lois se pencha à mon oreille et me dit avec l'accent de la conviction :

— Je vous aime, vous ; savez-vous pourquoi ?

G est que vous me ressemblez : vous amusez Damoiselle.

Irène se retourna vivement; le rire qui lui montait aux lèvres s'épanouit en gammes sonores et coupa court aux réprimandes.

— Vous êtes joliment gais, vous deux, dit Qllivier ; que se passe-t-il donc dans votre coin?

Je répétai, sans en altérer le texte, la phrase de

LÀ BBafAINE DES QUATRE fEITDIS 191

mon collègue Lois. Elle produisit un chatouillement universel et le page deviot le héros de la journée.

La dernière semaine de mon séjour à Laneuville fut marquée par un événement dont le souvenir me pénètre d*effroi. On avait projeté une visite à des grottes fameuses dans la contrée. Le jour fixé pour notre excursion, on se mit en route et Ton emporta dans le coffre de la voiture de quoi faire une légère collation au pied d'une source qui conle à rentrée de la grotte principale. La chaleur était accablante, et Irène, légèrement vêtue d'une robe de tarlatane, avait jeté une éoharpe de dentelle sur ses épanles nues. Nous achevions de vider une bouteille de Moët rafraîchie daas Teau glacée de la source, et je portais un teste ému à la santé de mes hâtes, lorsque,

tout à coup, OUivier, dont le visage était livide et dont les dents claquaient de terreur, enjoignit à sa fille de rester immobile et de ne pas souflDer mot. II essaya de ae lever, mais ses jahibes tremblaient si fort, qu'il retomba lourdement sur la mousse, les bras étendus, les yeux hagards.

Au même instant, Irène poussa un cri aigu où l'épouvante et la douleur s'unirent dans une note déchirante qui me glaça jusqu'au fond des moelles. Je m'élançai; sur ses blanches épaules^ qu*il venait de mordre cruellement, rampait un petit serpent à tête bnine. Je le saisis, je l'écrasai, et collant mes lèvres

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sur la plaie saignante, d'une bouche avide^ j'aspirai le venin avant qu'il eût le temps de s'infiltrer dans ses veines. J'eus la joie de la sauver et la chance d'en être quitte pour quelques symptômes d'empoisonnement victorieusement combattus par une médication énergique^

— Je ne croyais pas qu'il me fût possible de vous chérir davantage, me dit OUivier.

Irène ajouta :

— Mon afiTection pour vous est si grande qu'elle ne saurait s'accroître, mon ami.

Nous nous séparâmes le 31 août, ainsi que je me l'étais promis. A l'heure des adieux, qui se firent à une station distante de quelques kilomètres de Laueuville, Irène me passa les bras autour du cou et pleura sur ma poitrine; Lois avait obtenu la faveur de nous accompagner. Le petit serpent, occis par moi, avait pris dans son imagination les terribles proportions d'un monstre vomissant des flammes par les naseaux, comme le dragon terrassé par saint Michel, qui orne la chapelle du château. 11 n'était pas éloigné de croire que j'appartenais par un lien quelconque à la famille de l'archange et, quand je montai en wagon, il fit le signe de la croix, se précipita sur mon paletot et le baisa dévotement.

J'étais porteur d'une lettre de M"* R..., déjà vieille de plusieurs jours et que je n'avais pas encore déca-

chetée, empêché par un sentiment de secrète pudeur. C'était la première lettre que je recevais de Catherine. A Paris, notre correspondance s'éiait bornée à l'échange de quelques billets en forme de télégrammes, dont la banalité égalait la concision, et je n'étais pas fâché de connaître son style, persuadé qu'il ne devait pas ressembler à celui de tout le monde. On dit : c Le style peint Thomme ; x> j'ajoute : € et il photographie la femme. »

< Raymond^ écrivait- elle ^ je m'embête dans ta campagne autant qu'une baleine dans une carafe, image colorée qui eût épaté M** de Sévigné, et dont j'use sans gêne, car elle possède l'avantage de peindre ma pensée avec une énergie gracieuse. Ah I je conçois à présent pourquoi les provinciaux sont si ennuyeux 1 Attendu qu'ils s'ennuient chez eux à raison de vingtcinq francs l'heure, à peine débarqués à Paris, ils se dépêchent de nous inoculer leur maladie. C'est une compensation et une vengeance.

a Certainement, Chantemerle c'est assez gentil,

surtout les jardins; mais combien je préfère le pré Catelan i Et puis de la verdure, toujours de la verdure... c'est ça qui finit par être énervant, pour une délicate personne qui déteste l'oseille, exècre la chicorée, abhorre les épinardset méprise les choux!

< Il fait une rude chaleur dans ton bête de département. L'air est peuplé de sangsues ailées qui se re-

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paissent du plus pur de mon sang. Je ne bois que de Teau tiède. J'ai réclaoïé des glaces ; un serviteur empressé, mais absolument idiot, m'a apporté une collection de miroirs. Aucun de mes journaux favoris ne pénèlfe dans ton désert. J'ai demandé le Figaro. Un deuxième serviteur^ non moins idiot que le premier, s'est éclipsé aussitôt et il est revenu ramenant le barbier du village.

J'ai trouvé d'abord quelque distraction à émietter du pain pour les carpes. Je m'intéressais à leur sort, par la raison qu'elles bâillent presque autant que moi; mais on se lasse de tout. J'ai cessé de les nourrir; à présent ce sont elles qui me nourrissent. Et comme je suisen pleine déveine, elles sentent la vase à plein nez. < J'ai également renoncé à me promener dans la campagne qui, d'ailleurs, est infecte avec ses entassements monstrueux de grosses roches grises^ inévitablement couronnées de sapins verts. — Toujours cette verdure I — Ces promenades, je les faisais à cheval, insérée dans une amazone tabac d'Espagne, qui me colle partout et me va divinement. Tes abrutis de compatriotes m'ont prise pour une écuyère de profession ; ils se sont figuré que ma présence annonçait l'arrivée prochaine de quelque cirque de banlieue, et ils me persécutaient pour savoir oà et quand ce serait qu^on me verrait crever des ronds de papier huilé en sau" tant à travers des cercles de barrique.

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c Le curé m*a &il une visît& et n'a eu garde de re- ▼enir. Le pauvre boDhoame a été reçu par M. R..., qui n'a jamais eu une grande teodreaBe pour ka catolins. n l'a^ attrapé sur les jésuites, en affectant de l'appeler M. Rodin. Ton curé, qui n'a pas lu le Juif errant^ avait beau dire qu'il se nomme Yignaud et non Rodin, M. R.... persistait à lui donner du Rodin gros comme le bras... C'est la seule fois que j'aie ri dans mon tombeau.

a A propos de Théophile, j*ai une confidence à te faire. Approchez l'oreille, mon beau Monsieur, et retenez ceci qui vous intéresse au premier chef :

#: Jamais le susdit Théophile ne s'est mieux porté ^ue depuis notre installation à Ghantemerle. 11 commence i me regarder avec des yeux phosphorescents que je ne lui connaissais pas. Dans nos promenades •du soir, il exalte les douceurs de la paternité et brode toutes sortes dé variations attendrissantes sur ce thème sentimental. Lui qui a horreur de la poésie, il ostalié jusqu!à se payer des tirades poétiques. « Un c ménage sans enfants, a*Ml soupiré en contemplant .< les étoiles, c'est un r^er sans roses, un printemps € sans soleil, un lys sans parfum. » Je fais celle qui ne comprend pas ; mais j'ai peur qu'il ne finisse par vouloir mettre les points sur les t. Donc, il se pour^ rait qu'un baptême fût célébré l'an prochain rue Saint-Dominique-Saint-Germain... Arrive sans retard

Il I ■■ Il II l.^— ^MM^^— 1^»

si tu as la noble ambition de remplir^ dans cette cérémonie touchante, un rôle plus essentiel que le personnage secondaire de parrain.

a Ne me réponds pas. H. R... s'inquiète de savcnr si nous correspondons ensemble; et comme il guette le passage du facteur, ton autographe tomberait infailliblement dans les pattes de mon vilain singe.

c Suis-je un petit mouton bleu assez bien dressé ? Mon cher seigneur s'emballe lorsque je prononce le nom de M. de Feyzin, et mes quatre pages bientôt pleines ne renferment pas la moindre allusion à l'homme aux diamants.

« J'oubliais un détail : te croyant à Chantemerle, un jeune cocodès du voisinage s'y est présenté pla* sieurs fois sans en franchir le seuil. C'est, paraît-il, un très-beau garçon, et mon tyran ne les aime pas. Il àe nomme Hector de Crage, et son père serait de tes amis. Connais-tu ça?

a Je ne saurais trop te recommander d*écrire le jour exact et l'heure précise où tu arriveras. Pas de bêtises^ pas de surprises. C'est très-important; on réserve au châtelain une réception digne de lui, et s'il allait nous tomber sur la tête comme un aérolithe, je lui en voudrais très-sérieusement. C'est bien entendu, n'est-ce pas ? Je serai prévenue au moins vingt-quatre heures à l'avance. Ne faut-il pas, Raymond trop

LÀ SBMAINt DBS QUÀTIB JBODIS 197

aimé^ que j'aie le temps de m'accoutumer à mon bonheur? »

Je lus entre les lignes les deux derniers paragraphes de cette lettre, comme il convient de faire quand il s'agit de prose féminine, et il s*en dégagea une clarté aveuglante.

D'embranchements en embranchements^ j'atteignis le chemin de fer du Midi, et de stations en stations je parvins enfin à Saint-Patrice, chef-lieu de l'arrondissement qui porte ce nom et que le Guide-Joanne signale justement à l'attention des touristes curieux de beautés sauvages et de sites pittoresques. Je n'étais plus alors^ avec un bon cheval, qu'à une heure et demie de Chantemerle; comme il n'entrait pas dans mes projets de m'y rendre directement, je mis le cap sur la maison de maître Augeraud, mon notaire. Je lui demandai à déjeuner, sans lui taire que, peu friand de la cuisine des buffets, j'étais pourvu d'un appétit de première classe.

— Soyez le bienvenu dans mes modestes lares, monsieur de Grançay, et que cette journée soit marquée d'une pierre blanche, me dit le cher homme, que je

savais fin gourmet et grand chasseur. Hier, 1*' septembre, nous avons célébré l'ouverture de la chasse dans le département, et saint Hubert m*a été propice. Daignez me suivre dans la salle à manger. Nous allons dire deux mots à un râble de lièvre et à un salmis de perdreaux dont vous me donnerez des nouvelles.

<» Est-ce toujours Annette qui est votre cordon bleu?

— Assurément ; quand Tavare possède un trésor, il n'est point si sot que de s'en dessaisir.

— En ce cas, mon cher tabellion, ce n'est pas deux mots que je dirai à votre salmis et à votre râble, mais quatre, si vous le permettez.

^<— Accordé ! et comptez que vous aurez afibire

à un partenaire digne de vous; je ne vous dis que ça.

Sans perdre un coup de dents> et tout en me faisant les honneurs de son gibier. If. Augeraud me reprocha vertement la rareté de mes apparitions dans le pays; il me démontra le préjudice que cette négligence causait à jnes intérêts» et m'engagea à me débarrasser d'une propriété que je paraissais tenir en si médiocre estime.

..^ Auriez-vous un acquéreur à me présenter? demandai-je en disant mon troisième mot au salmis de perdreaux.

— J'ai preneur à deux cent soixante-dix mille francs.

— C'est une offre tràs-acceptable; Ghantemerle ne vaut pas davantage, si même il les vaut.

— Je suis plus royaliste que le roi, mon cher client; j'exige trois cent mille francs et je les obtiendrai.

— Trois cent mille francs i répétai- je avec admiration. Aurait-on découvert quelque part, dans un de mes champs, une mine de charbon ou des sources de pétrole?

— On n'a trouvé rien de semblable.

— Je vous avoue qu'il me nait des scrupules.

— Étouffez-les au berceau. Même à ce prix, qui vous semble exagéré, votre acquéreur réalisera une bonne affaire.

— Par quel prodige ?

— C'est bien simple, et je vais vous le dire en deux mots.

H. Augeraud m'expliqua que la proposition émanait d'un marchand de biens; que cet industriel morcellerait la propriété en petits lots que se disputeraient de riches paysans, mes voisins, ambitieux de s'arrondir, et que l'opération se solderait en somme par un bénéfice qu'on pouvait évaluer au bas mot à une trentaine de mille francs. Je répondis que je ré»

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fléchirais et qu'il connaîtrait ma décision dans un délai très-bref.

— Tout à rheure, lui dis*je^ et avec une vivacité dont je vous suis reconnaissant, vous me reprochiez la rareté de mes visites. Combien vous avez raison ! Que d'amis j'ai perdus et qui sont partis sans que je leur aie serré la main ! Dans cette longue période de cinq années, quelle moisson la mort a dû faire parmi mes compagnons de jeunesse !

— - La moisson n'a pas été aussi abondante que vous le supposez^ soupira le notaire avec une petite moue naïvement comique. On vit très-vieux à Saint- Patrice, et Tarticle testaments ne rend pas tout ce qu'il devrait produire. Il s'en faut que vos contemporains soient restés aussi jeunes que vous, monsieur de Grançay, j*en conviens ; mais encore les retrouverez-vous dans un état de conservation très-satisfaisant, ma foi.

— Testaments à part, je ne vous cacherai pas que •j'en suis fort aise, cher notaire.

— Il en est un cependant qu'une attaque a paralysé le mois dernier. Ses jours sont comptés; il ne s'en relèvera pas.

— Quel est ce pauvre diable ?

-— Le comte de Grage.

— dette nouvelle m'afflige; de Grage était un aimable et joyeux compagnon. N'avait-il pas un fils ?

— II ra, parbleu, bien encore.

— n se nomme Hector, si mes souvenirs son^ exacts ?

— Très-eiacts; nous anSres;, nous rappelons ptoâ généralement le < cuirassief ; »

— > n est soldat ?

-— Pas plus que vous et moii»

-— Alors pourquoi rappetoK-^nuB le: cuin»

sier?

— > C'est un surnom que la voix publique lui a décerné et que justifient pletnemeat sa baaie sfoânsi saibelle prestance, ses larges^épaules et sa poitnœ magnifiquement cambrée.

— Quel âge a-t-il, ce Goliath ?

— Vingt-quatre ans environ.

— Est-il marié ?

— Pas devant M. le maire, que je saehe,'^ mcore moins devant M. le curé.

— Que fait-il?

— Des sottises toutes les fois qu'il en troum^riM^ casion; mais les occasions seot rares à Sain^-I^trice^ ce qui explique ses fréquentes disparitions ^elri ses nombreux voyages au chef-lieu du départeowntr^ B s'y trouve actuellement^ je pensev car^ depoie trois ^ours je ne Tai pas aperçu à notre cereie^ dont it est Tomement assidu.

— Vous calomniez ce jettfie^ bomme^' nsDQr^clar

notaire; si vous ne le voyez pas à YOtre cerele, c'esl . qu'il est cloué au chevet de sou père.

— Lui, garde-malade 1 €bw moosieur de Gcançey^ vous ne conoaissez pas le coirasaier. Pour employer son style, • il ne mange pas deœ paia-^là

— Il n'aime donc pas son père^?

— ^ Je vous demande pavdon ; il Taime faion:, mais il aime encore mÎMiK lé .' plaisir, ce gracievx jmme: homme !

-^ Cher maître^ dis^je^ à M. Aageraad, lachaleur est si intolérable et la cuisiiie d^Aanotte si appétissante, que je m'instaHo chez t^iis jnqa'à ce seir.. Pouvez-vous me prêter tin de voseleres et l'expédier àCSia&temerle porteuB d'un mot qae je< vaia«erirev afin qu'on se prépaie àmexecevoit?

-^ Vous ne mo ferez donc pas le plaisir de>cottcfaer. soos mon tort?

— • Impossible aajouvd'imi»

-» Àqurileiiâcffe vous platt4Lcpievîe'faMe<flU)^r nH>n cabriolet?

«-^ Pas de voiture; jepiéGère imtcheval <^e je voua i^verrai' demain» Je parlinî ce s^r; à dix^hettaes*

Tout en parlant ainsi, à li. Aagamdv j'écrivaisiif

« Je deseends de wagcm, aeeablé derfatigae, aaeuw- ^ de poussière, ivre de sdeii. J'aacepte pour viag^ <PM8« be^res rhoapîtalité d'nn ami. Jecppseecal

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donc la nuit à Sainl-Patrice; attendez-moi demain à

midi. »

Je datai, je signai, et, cinq minutes après, le deuxième derc de l'étude, porteur de mon billet, montait dans la patacbe qui fait le service de Saint- Patrice à Cbantemerle.

A dix heures, je dis adieu à mon hôte, maudissant la lune qui était dans son plein et dont l'éclatante lumière inondait le paysage. Heureusement des nuages épais capitonnèrent peu à peu la voûte céleste^ éteignant jusqu'à « cette pâle clarté qui tombe des étoiles, » et lorsqu'aux approches de minuit une brèche m'ouvrit l'entrée de ma propriété^ Tobscurité était complète. J'attachai la jument du notaire aux branches d'un figuier, et je me dirigeai vers la maison. Je m'étais précautionné d'une boite d'allumettes et d'une clef déposée chez M. Augeraud. C'était celle d'une petite porte que j'avais fait établir à un de mes derniers voyages pour mon usage personnel. A demi masquée par le lierre et les glycines qui tapissent la muraille du côté des écuries, elle donne accès au premier étage par un escalier en colimaçon, et elle me permettait de sortir et de rentrer à toute heure sans qu'on en f&t instruit. Quoique la serrure fût considérablement rouillée, je réussis à l'ouvrir, sinon sans efforts, du moins sans bruit, et je gagnai mon appartement, marchant sur la pointe des pieds, avec

les infinies précautions à l'usage des voleurs et des amoureux.

Je me dirigeai par un long couloir intérieur vers la chambre occupée par madame R. .. A peine engagé dans ce couloir, j'entendis la Toix de Catherine, assez confusément d'abord, de plus en plus distincte ensuite, à mesure cpielle s'animait et s'échauffait en parlant.

A un auditeur attentif et silencieux, Galherine racontait le drame de sa jeunesse^ ce drame poignant que j'avais écouté à Francfort avec la même attention et plongé dans le même recueillement. Cette deuxième édition comporta quelques variantes. Son père n'était plus musicien, mais graveur sur bois; quand elle perdit sa mère elle était âgée de sept ans et non de deux ans; enfin le providentiel Théophile ne l'avait point sauvée des eaux^ mais arrachée aux flammes. Il se trouva être un voisin de mansarde attiré par les cris de l'enfant et par les hurlements du père brûlé vif. Le dénoûment fut conforme à la première version.

— Sacré tonnerre i dit un organe masculin fortement timbré, quand elle eut terminé son récit, ton histoire m'a fait froid dans le dos. Yerse-moi un verre de rhum ; les cas de combustion instantanée sont heureusement très-rares, ma belle Catherine.

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— - Assez de petits wres conuiie ça^ il faut partir, mon amour de cuirassier.

— Et où veax»ta que j'aille?

— Chez toi, à SaintrPatEîce, où Ton doit s'étoaoer de ton absence^

— A deux heucesdu matin? Uercit On est mieux couché ici que chez pap&de Grage*

Elle reprit avec impatience :

— Voyons^ Hector, je t'en prie, sois gentil. As-tu lu le billet que M. de Grançay a expédfé à Théophile?

— Parfaitement. Il annonce qu'il sera ici à midi, et je filerai à six heures ; je te le promets. Qu'exiges-tu encore?

— Et si mon mari t'aperçoit? Tu sais qu'il est matinal.

— Je lui souhaiterai le bonjour et je lui demande* rai de ses chères nouvelles!

-— Te souviens-tu de ce que je t'ai dit au sujet de ses soupçons et de sa jalousie ?

--* Et toi, as-tu oublié ce que je t'ai répondu? S'il a le malheur de me toucher, je mets le Théophile sous mes talons et je l'écrase comme une punaise.

-^ Je t'en supplie, va-t^en. J'ai le presse&tinoient qu'un malheur plane sur ma tété.

— Sois franche; tu aspeur que M. de Grançuy^ne se doute de quelque chose etvoilà pourquoi tu vèfDt me renvoyer.

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