SUR LE GRIL A L’ESGURIAL
Plus que deux fauteuils à prendre, je veux dire plus que deux cercueils.
La place d’Alphonse XIII l’attend au-dessous de celle de son père, au bas d’une rangée, tout à fait à ras du sol ; et la place de son successeur, le prince des Asturies, est disposée comme un trumeau au-dessus de la j)orte d’entrée. Côté des femmes, trois places encore, celle de la reinemère, celle de la femme d’Alphonse XIII, et une autre pour la future femme de l’héritier présomptif.’ Et puis la crypte sera pleine.
Plus de place. Est-ce déjà la fin?
Dans ces temps diilielles, où tant de vieux métiers disparaissent et où celui de roi semble plus menace tpie les autres, on est presque tenté de
voir là un présage. En arrêtant le nombre de ces tiroirs funèbres, Philippe II aurait-il fixé lui-même la * durée de sa maison?
Comme pour écarter cette pensée, depuis quelques années on a rempli tout le sous-sol d’une foule de tombeaux de marbre blanc, plus affreux les uns que les autres, et où s’est donné libre cours le génie des marbriers. Il y a dans ces immenses caves toute une nécropole, des centaines de tombes, occupées ou vides encore, bien alignées pour la parade du Jugement dernier, et qui font ressembler ce lieu à un dortoir de marbre blanc pour un pensionnat de défunts. On n’en finit plus de courir derrière le gardien galonné,