Voir sa description ci-dessous
JOURNAL DE PSYCHOLOGIE
immobilité rigoureuse; j’ai réussi pourtant, au cours d'un grand nombre d’essais, à prendre quelques mesures correctes, en des points voisins dans chacune des régions, et les chiffres que je donne sont exacts à 0,2 dyne près.
J’ai mesuré le même seuil dans les mêmes régions sur ceux de mes sujets qui percevaient par l'ouïe les obstacles, non à titre de vérification, — on ne vérifie que les hypothèses douteuses — , mais pour déterminer la limite au delà de laquelle le sens de la pression, n’étant plus assez délicat, ne renseigne plus sur la proximité des objets1.
Ber..., n° 30. — 1° Immobile, reconnaît à environ 10 centimètres la présence à droite, à gauche, ou devant lui d’un carton2 que j’approche lentement de sa figure. Dans la cour de l'Institution Nationale où j’ai opéré, après l’avoir fait tourner plusieurs fois sur lui-même, et marcher dans diverses ^directions, mais toujours dans un endroit dépourvu d'obstacles et où le sol ne présente aucun point de repère, je le laisse aller dans une direction quelconque, lui demandant de me signaler au passage les arbres et leur direction : il les indique à environ 1 mètre de distance.
2° Du bandeau sur le front et sur les tempes ne lui cause aucune gêne. Ayant un bandeau sur les oreilles, il ne sent plus aucun obstacle.
3° Je lui retire le bandeau des oreilles lorsqu’il se trouve à moins de 1 mètre d’un arbre. Il est incapable de me signaler l’obstacle comme je lui avais demandé de le faire; mais il l’indique lorsque j’ai parlé.
Ber... perçoit les obstacles par l'ouïe.
Bro..., n° 31 :
1° Perçoit le carton à environ 25 centimètres.
Perçoit les arbres à environ im,20, sauf lorsque je suis entre eux et lui3.
2° Un bandeau sur les oreilles et les tempes ne lui cause aucune gêne. Avec un bandeau sur le front il ne sent plus.
3Ü Oreilles et nez bouchés, aucune gêne.
4° Amené avec un bandeau sur les oreilles à proximité d’un arbre, de façon qu’il lui tourne le dos; je lui retire le bandeau et lui demande s’il
1. Nous insérons ici dans le texte des. observations que l’auteur a reléguées .en appendice. (P. Y.)
2. Le carton dont je me suis servi avait : longueur 360 mm., largeur 250 mm , épaisseur 4 mm.
3. Le bruit de mes pas et des siens est altéré de la même façon que le serait le bruit de ses pas s'il marchait seul. Donc ce n’est pas à des données auditives qu’est due sa perception de l’obstacle.
remarque un obstacle. La réponse est négative, contrairement à ce qui s’était produit pour le sujet Ber... Ayant tourné de 180°, il m’indique, sans hésitation, un obstacle en face de lui.
5° Seuil de la sensibilité à la pression :
Tempes . 1,26 dyne.
front . 0,34 —
Région intermédiaire . 0,84 —
Bro... perçoit les obstacles par le front.
Do..., n° 6 :
1° Perçoit le carton à environ 10 centimètres.
Perçoit les arbres à environ 80 centimètres.
Il perçoit les obstacles qui sont par côté, ne sent pas ceux qui se trouvent devant lui. C’est ainsi qu'il se détourne lorsqu'il arrive près d’un arbre situé à quelques centimètres à droite ou à gauche de la direction qu'il suit; et il ne le frôle même pas, mais, lorsque l’arbre se trouve exactement dans cette direction, c’est-à-dire en face de lui, il le heurte.
2° Un bandeau sur le front, aucune gêne.
Un bandeau sur les tempes, il semble un peu gêné, a une marche un peu hésitante, et reconnaît l’obstacle à une distance un peu moindre
(arbres à 60 centimètres).
Les oreilles bouchées, il ne sent rien.
3° Seuil de la sensibilité à la pression :
Front . 6,7 dynes.
Tempf s . ' . 0,7 —
Do... perçoit les obstacles par l’ouïe et accessoirement par les tempes.
Gè..., n° 10 :
1° Perçoit le carton à environ 15 centimètres devant et par côté.
2° Oreilles et nez bouchés, ne sent plus.
3° Un bandeau sur le front et sur les tempes, aucune gène.
4° Seuil de la sensibilité à la pression :
Front. . . . . I dyne.
Tempes. . 1,8 —
Ge... perçoit les obstacles par l’ouïe.
Ma..., nü 19 :
i°Sent les arbres à environ im,20.
Sent le carton à moins de 10 centimètres, le localise correctement,* mais n’est pas très sûr de son impression (il dit : « Il me semble »). J’interpose sur son passage une chaise de telle sorte que le siège, vertical, se trouve à hauteur de son visage : il s’arrête à environ 30 centimètres.
J OURS AL DE PSYCHOLOGIE
2° Un bandeau sur le front, aucune gêne.
Oreilles et nez bouchés, il localise moins correctement le carton, et hésite beaucoup, et il n'est pas sûr qu'il sente réellement sa proximité ; — il ne sent plus la chaise et la heurte. — Dans la cour, il perçoit les arbres sans hésitation ni incertitude.
Un bandeau sur les tempes, il ne sent plus aucun obstacle. Arrivé près d’un obstacle, il déplace la tête latéralement ; c’est seulement lorsqu’il fait face à sa tempe qu’il le localise.
3° Seuil de la sensibilité à la pression :
Front . . 0,77 dyne.
Tempes . 0,30 —
Ma... perçoit les obstacles par les tempes et accessoirement par l'ouïe.
1° Sent le carton à environ 15 centimètres à droite ou à gauche. Ne le sent pas lorsqu’il est en face de lui.
2° Un bandeau sur le front et les tempes, aucune gêne.
Les oreilles et le nez bouchés, il ne sent plus.
3° Seuil de la sensibilité à la pression :
Tempes . 7,1 dynes.
Front . 2,7 —
Région intermédiaire . 1,05 —
Te... perçoit les obstacles par Touïe.
Th..., n° 24 :
1° Sent le carton à environ 20 centimètres.
Sent la chaise à environ Sent les arbres à environ
40 centimètres.
lm,20
2° Oreilles et nez bouchés, perçoit les obstacles à la même distance, mais a perdu toute sûreté pour les localiser, et généralement les situe devant lui, même lorsqu’ils sont par côté. Bandeau sur le front laissant à découvert les régions voisines : le carton est senti à 10 centimètres, la chaise à 20 et les arbres à environ 70 centimètres. Bandeau sur les temoes, couvrant tout le côté de la face, jusqu’au front : le sujet ne sent plus rien. Bandeau sur le front et les tempes, laissant à découvert la région fronto-temporale droite, seuls les obstacles situés à la droite du sujet sont sentis.
3° Seuil de la sensibilité à la pression :
Front . 0,67 dyne.
Tempes . 0,56 ■ —
Région intermédiaire . 0,i2 —
Th... perçoit les obstacles par la région fronto-temporale surtout, accessoirement par les tempes et le front, et les localise à l’aide de l'ouïe.
Conclusion
Si I on voulait étudier pour elle-même la sensibilité aux obstacles, les expériences précédentes ne suffiraient pas ; mais nous voulons seulement en découvrir les causes : de nouvelles recherches ne nous apprendraient rien de plus à cet égard. Et c’est par erreur que j’ai rapporté les faits suivants : Bro... (n°31) reconnaît en l’absence de tout bruit la présence d’un arbre, tandis que Ber... (n° 30) dans les mêmes conditions en est incapable ; Bro. . . ne remarque plus les arbres lorsque je marche entre eux et lui; — ces faits, comme beaucoup d’autres que j’ai eu l’occasion de constater, ne font qu’apporter une confirmation inutile.
De l’examen des sept cas considérés, nous pouvons tirer les conclusions suivantes :
1° Les obstacles sont perçus à distance soit par le sens de la pression, soit par l’ouïe ; quelquefois les deux causes interviennent (Ma.-., n° 19; Th..., n° 24) ;
2° Le premier facteur n’intervient jamais lorsque le sujet n’est pas sensible à l’action d'une force inférieure à 0dyne,77 (cf. Ma... n° 19) ;
3° Pour un seuil compris entre 0dyne,7 et 0dyne,96, les arbres sont perçus à 0m,60 et 0m,70 environ1. La distance augmente jusqu’à
lm,20 lorsque le seuil s’abaisse à 0dyne,4, — 0dyne,3 2 ;
4° Les tempes ne permettent de remarquer que les seuls objets situés à droite ou à gauche3, le front et la région fronto-temporale renseignent sur les objets placés devant ou par côté 4 ;
5° Lorsque l’oreille est seule en cause, la perception s’exerce devant et latéralement dans certains cas 5, de côté seulement dans d’autres6.