III. — Sensibilité médicamenteuse par Voie respiratoire
Depuis les travaux de WiDaAL sur l’étiologie de quelques crises d'asthme, chez des sujets sensibilisés à certaines poussières, on sait que l'absorption par la voie respiratoire suffit à déterminer des acci- dents de choc. .
Parmi les médicaments, certaines substances peuvent déterminer des troubles analogues entre autres l’ipéca, un de plus connus. TROUSSEAU rapportait déjà un cas d’asthme par ipéca.. L'observation -de WiDaAL, ABRAMI et JOLTRAIN, met en évidence l’origine anaphylactique des troubles respiratoires et cutanés déterminés par l’ipéca. Elle permet d'assister à l’évolution progressive de l’hypersensibilité, qui se développe au fur et à mesure que se prolonge le contact du sujet avec la cause provocatrice, en l’espèce l’ipéca. La première fois que le choc se produit, chez ce sujet devenu sensible, il détermine un accès de coryza spasmodique qui seul pendant quatre années traduit le choc. C’est seulement à ce moment qu’il est remplacé par des crises d'asthme, dont la fréquence augmente de jour en jour, réalisant une véritable sensibilisation par échelons. |
C’est alors qu'ont été entreprises les diverses recherches expérimentales, qui devaient mettre en évidence cette hypersensibilité à l’ipéca. : |
Les cuti-réactions faites avec un grand nombre de substances,
furent toutes négatives, sauf celle à l’ipéca, qui détermina un prurit “intense et fut suivie de l’apparition d’un placard urticarien. Cette
cuti-réaction positive suffit pour donner naissance à la crise hémoclasique.
La méthode des cuti-réactions permit de pousser plus loin ces intéressantes recherches, et d'apprécier quelles étaient dans l’ipéca. les substances responsables de la sensibilisation. On vit alors que les deux principaux alcaloïdes isolés de l’ipéca : l’émétine et la céphéline, ne donnaient aucune réaction, même à la dose de 1 centigramme en injection sous-cutanée, tandis qu’une trace de macération d’ipéca donnait une forte réaction.
Par la méthode des injections sous-cutanées, on put mesurer en quelque sorte jusqu’à quel point était poussée cette hypersensibilité. Malgré leur extrême dilution, les doses quasi homoepathiques, qui furent successivement essayées: un centimètre cube de macération d’ipéca à 1 pour 10000, puis 1 pour 20.000, même à 1 pour 80.000 déterminèrent localement une boule d'æœdème, surmontée d’un large placard cutané d’urticaire ; le tout accompagné d’une crise hémoclasique immédiate: chute du nombre des leucocytes de 1/4 à 17/5, de leur chiffre initial ; chute de la tension artérielle maxima de 17 à 13, enfin, apparition dix minutes après l'injection, d’une grande crise d’asthme qui dut être jugulée par une piqûre d’adrénaline.
En augmentant les doses des injections sous-cutanées, on put reproduire expérimentalement une série de phénomènes d’ordre anaphylactique, dont le sujet n'avait jamais eu jusque-là le moindre symptôme.
L’injection de macération à 1 pour 5.000 est suivie d’une série d'accidents : d’abord une crise d’asthme passagère suivie d’une amaurose transitoire, puis apparition d’un prurit violent avec érythème rouge vif scarlatiniforme et larges placards urticariens ; les extrémités se refroidissent et un véritable syndrome de RAYNAUD s’installe. Enfin le tableau se compléta par des picotements des yeux, du nez, suivis d’éternuements, réalisant une véritable crise de coryza spasmodique qui dura jusqu’au lendemain.
Pour expliquer le contraste entre ce qui se passe habituellement chez le malade et les accidents déterminés par l'injection, il faut certes, tenir compte des doses, puisque avec des dilutions plus étendues qu'au cinq-millième, l'injection ne détermine tout comme
l’inhalation qu’une crise d’asthme ; mais aussi question de voie d'introduction. « On aperçoit ici toute la différence qui sépare les manifestations de l’anaphylaxie expérimentale, toujours artificielle, de celles de l’anaphylaxie spontanée naturelle. Si à l’état normal, l’ipéca ne provoque que de l'asthme, c’est que le sujet n’est touché que par les émanations qui de l'atmosphère pénètrent en lui à chaque inspiration ; ses muqueuses ne laissent filtrer qu’une minime quantité des substances nocives; aussi le choc s’en trouve-t-il atténué. Vient-on, au contraire, à forcer cette barrière naturelle, alors l’antigène, lancé en pleine circulation, peut provoquer toute la série des accidents de choc rapportés ci-dessus».
Devant ce cas d’anaphylaxie respiratoire, relevant d’un agent unique, la désensibilisation fut tentée: d’abord par des cuti-réactions répétées, sans résultat, puis par injections sous-cutanées de doses minimes et progressivement croissantes, sans amélioration. C’est alors qu’on associa la belladone dont l’action sédative dans l’asthme est connue depuis TROUSSEAU et qui, comme l'ont rapporté WiDaAL, ABRAMI et VALLERY-RADOT au Congrès de Strasbourg, n'empêche pas les modifications vasculo-sanguines de la crise hémoclasique, mais évite les manifestations cliniques du choc. En faisant absorber au malade 4 centigrammes d’un mélange à parties égales de poudre et d'extrait de belladone en pilule, on put lui faire supporter progressivement la macération à 1 pour 1000 sans déclancher de crise d'asthme. Bien plus, 19 jours après la reprise du traitement, le malade a pu assister dans son officine à la confection de pilules de SEGOND sans en être aucunement incommodé. Depuis vingt-huit ans pareil fait ne s’était pas produit.
De l'observation qui précède il faut rapprocher ce cas de sensibilisation à l'insuline qui est rapporté plus loin, le sujet en question présentant à l'égard de ce produit une hypersensibilité extrême déclanchant des crises d’asthme. L’intensité de cette sensibilité rend la désensibilisation très difficile.
Dans les deux cas les crises d’asthme sont la traduction d’une sensibilisation anaphylactique, installée sensiblement au cours des manipulations professionnelles.