Un amendement de M. Auffray
Chambre des députés : Séance du 15 avril 1905.
M. Sibille ayant fait admettre par la Chambre la possibilité d’inscrire aux budgets communaux ou départementaux, de dépenses relatives à des services d’aumôneries dans les établissements publics, M. Auffray demanda que la même exception fût faite pour « assurer la liberté de conscience et l’exercice du culte aux familles d’indigents inscrits au bureau de bienfaisance ».
M. Aristide Briand, Rapporteur. — Je m’explique que l’honorable M. Auffray ait éprouvé le besoin de placer sa proposition sous la protection del’amendement de M. Sibille qui a été adopté à la séance de jeudi. M. Auffray a pensé qu'en liant sa proposition à cet amendement, il la ferait accepter aussi. Mais si l’amendement de M. Auffray rappelle une proposition antérieure, ce n’est pas celle de M. Sibille, c’est plutôt celle de M. Lepelletier déjà repoussée par la Chambre.
J’avoue qu’il m’a fallu entendre le discours de M. Auffray pour mesurer tout le danger que pourront courir les pauvres sous le régime de la séparation; je n’aurais pas cru, sans cela, qu’ils dussent être exposés à se voir refuser le secours de la religion, parce qu’ils n’auront pas d’argent pour le payer. ( Très bien! très bien! ci gauche.)
M. Gayraud. — Jamais !
M. le Rapporteur. — Alors, monsieur Gayraud, votre protestation se joint à la mienne contre l’amendement de M. Auffray. ( Très bien! très bien! sur les mêmes bancs.)
J’ai déjà dit, en réponse à M. Lepelletier, que les bureaux de bienfaisanée donnent des secours aux nécessiteux, aux indigents; ils ne leur imposent pas un usage déterminé de ces allocations. Demain comme aujourd’hui, les indigents pourront recevoir des secours, et s’il est dans leur volonté de les appliquer à une dépense cultuelle, le bureau de bienfaisance n’aura pas à intervenir pour y faire obstacle. [Très bien! très bien! à gauche.)
Mais si M. Auffray est vraiment préoccupé de la situation des pauvres en régime de séparation, s’il tient absolument à ce qu’on leur facilite l’exercice du culte dans toutes les circonstances, et s’il prévoit de la part de l’Église catholique des résistances que je n’aurais pas prévues moi-même, je vais lui indiquer un moyen plus simple et plus logique de réaliser ses intentions.
Quand nous discuterons les dispositions relatives à la dévolution des biens des établissements publics I du culte, M. Auffray pourra demander qu’on fasse la part des pauvres; son amendement sera mieux à sa place et plus facile à justifier.
M. de Saint-Martin (Indre). — Mais ces biens sont absolument improductifs.
M. le Rapporteur. — A l’heurè actuelle, comme la proposition de M. Auffray est identique, au fond, à celle de M. Lepelletier, je demande à la Chambre de la repousser. ( Très bien! très bien! à gauche et à V extrême gauche.)