‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 117 sur 300 · RITTA, CAMILLE , ALPHONSE · texte numérisé non relu

RITTA, CAMILLE , ALPHONSE

RiTTA, les regardant s'éloigner.

Quel coup d'œil I quelle belle noce !

CA.MILLE , souriant.

Beaucoup trop belle ; je suis sûre que ce pauvre Alphonse s'est ruiné.

ALPHONSE, gaiment.

Moi? ce serait difficile ! Un petit officier, un simple lieutenant !.. Mais avec votre père, chère Camille , il n'y a pas moyen d'être économe !.. « Mon ami , me dit-il « chaque jour, n'e'pargne pas l'argent ; te voilà le gendre « du riche Lugano , du premier négociant de la Sicile ; «« ne crains pas de vider mes cofFi-es. Dieu merci , ils « sont inépuisables, comme ma tendresse pour mes en- « fans. »

CAMILLE , a^'ec tendresse.

Ah ! je le reconnais là !

RITTA

C'est vrai qu'il a plus de sequins à lui seul que toute la république de Venise; sans compter des terres , des châteaux... Tenez, il vient encore d'acheter celui-ci pour les nouveaux mariés ; si ce n'est pas superbe !..

ALPHONSE

C'est justement cette grande fortune qui me désole.

IIITTA.

Ca vous fait peur? un militaire ! ils en viennent à bout bien vite cependant !

ALPONSE, à Camille.

Moi qui n'ai rien que mon épée !

CAMILLE

Encore de l'orgueil ! c'est fort mal, monsieur ; nous reprocher nos richesses, comme si c'était notre faute! Est-ce que je vous reproche les services que vous nous avez ren»

dus, moi? Est-ce qu'en sauvant mon père des mains des brigands duVal-Dénioné, vous ne m'avez pas donne mille lois plus que je ne puis vous offrir?

RITTA

Certainement , il faut se faire une raison. Le seigneur Lugano vous en laissera bien d'autres ; car, à son âge , il se donne un mal'. Ce matin encore, avant le jour, n'etait-il pas sur sa tartane pour aller au-devant de ce riche convoi qu'il attend de Smyrne ?

CAMILLE, vii'ement.

Comment, Ritta , tu l'as laissé partir?

ALPHONSE

Au moment de notre mariage ?

RITTA

Soyez tranquilles, il sera revenu pour la cére'monic ; il n'y a plus de danger, maintenant que ce fameux corsaire, ce terrible Zampa est arrête'.

CAMILLE

Mais en est-on bien sûr?

ALPHONSE

Oh! cette fois, la nouvelle est certaine. Surpris dans une des îles Lipari , qui lui servait de refuge , il a été conduit dans les prisons de Melazzo, à deux lieues d'ici. [Montrant des papiers.) Je viens même de recevoir du conseil de Messine la sentence qui le condamne , avec son signalement, pour faire constater l'identité. RITTA , joignant les mains.

Sainte Marie! le signalement d'un pareil monstre... Vous avez osé le lire , M. Alphonse ?

ALPHONSE , parcourant le signalement.

Et je t'assure que s'il ressemble à son portrait , ce doit être un fort beau garçon.

RITTA

Quel blasphème ! un beau garçon ! Un vrai Satan échappe de l'Etna avec sa bande de réprouves...

CAMILLE

Qui depuis quinze ans dévaste toute l'Italie. ..

niTTA.

Ne vit que de pillage , rançonne les hommes , séduit

les femmes , enlève les filles... Il ne peut pas ressembler

à un chrétien !

ALPHONSE, souriant.

Tu lui en veux beaucoup , ma bonne Ritta?

r.ITTA.

Ce n'est pas sans raison ! 11 est cause que je suis veuve, monsieur , et à trente ans , cela ne se pardonne pas. {Essuyant une larme. ) Pauvre Daniel Capuzzi î un brave pécheur de la côte de Gènes ! un si bon mari que je trouvais toujours là , quand je voulais gronder, et qui a disparu au bout de six mois de ménage, quand je commençais à m'y habituer! C'est bien cruel ! il aura été jeté à la mer par ces mécréans !

Je ne puis le croire. Ce Zampa, dit-on, ne manque pas de générosité , et dernièrement encore il a refusé sa grâce pour ne point livrer ses compagnons.

B.ITTA.

Sa grâce !..

ALPHONSE

Sans doute I dans un moment de guerre, son audace, ses talens pouvaient être fort utiles. rittA.

Par exemple , si on osait la lui accorder !..

CAMILLE , émue.

Ah! je vous en prie , ne parlons plus de cet homme ; son nom seul me fait trembler.

niTTA.

C'est juste ; il faut être charitable , et puisqu'il va être pendu , on peut lui pardonner. {A Camille.) Je cours surveiller les préparatifs du banquet. {À ^li)honsc,)\ous,

M. l'oflicier, pour hâter le retour du seigneur Lugano, adressez une petite prière à la patronne du pays , ( montrant la statue ) à la bonne Alice Manfredi ; elle ne vous refusera pas.

(Elle sort par la gauche.)

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