SCÈNE VL
MAITRE HUGUO, SUZANNE.
MAITRE HUGTJO^ apportant aussi une cliaisc. Comme je vous disais , mon cher monsieur... Eh! bien? où est -il donc ?
sczAKiNE, interdite, et la chaise à la main. Ah I mon Dieu ! il est parti ! et avec mon ducat 1
MAITRE HTJGUO.
Qu'est-ce que cela signifie ?
SUZANNE
Que c'est un intrigant ! Je m'en doutais.
MAITRE HUGTJO.
Allons , allons, te voilà déjà , ma bonne Suzanne... Toujours prompte à mal juger des autres I... Il faut croire que cet honnête homme était pressé...
SUZANNE
De m'emporter mon argent ?
MAITRE HUGUO.
Ou de présenter ma pétition.
SUZANNE, ai'ec ] tumeur , et prenant son tricot. Oui , votre pétition I... Vous n'aurez jamais rien.
MAITRE HUGUO.
Pourquoi donc? quand on est désintéressé... Si je désire des
SUZANNE
Et il vous le rend bien ! car il ne paraît jamais chez vous. MAITRE HUGUO, sans l'ccoutcr.
Mon but est bien plus glorieux ; je veux consacrer à mon pays tous les instans que je dérobe à mon école. (Rangeant près de la table. ) Le bonheur du genre humain , voilà mon rêve... oui , Suzanne , tu me vois quelquefois comme ça , les bras ^oisés... Tu crois que je ne pense à rien, eh bien, je pense au bonheur du genre humain ? tu ne t'en es peut-être jamais occupée, toi, Suzanne, du
bonheur du genre humain I.,. Mais moi, depuis vingt ans que j'étudie la science des gouvcrnemens , tout en administrant le fouet à mes petits drôles, je sais ce qu'il faut pour la félicite' des peuples, et je serais sûr de frapper juste.
SUZANNE, prenant son rouet.
Oui, vous savez tout, et vous ne réussirez à rien; vous auriez bien mieux fait d'aller rejoindre autrefois votre beau-frère à JNaples.
MAITRE HUGUO, se rasseyant.
Pour lui donner une charge de plus, n'est-ce pas?., il n'avait que sa paie d'officier, trente ans de service, sa fille, et ses lettres de noblesse... c'était trop peu pour vivre: aussi;, il est mort de faim noblement.
SUZANNE
Comme vous , scientifiquement.
MAITRE HUGUO.
Pauvre Francesco! si du moins sa petite Paola était près de moi, ce serait une consolation I
SUZANNE
Il n'aurait plus manqué que cela ! une petite fille qui disparaît avec un jeune homme... qui en est abandonnée , et qui s'avise alors d'écrire à son bon oncle , pour venir le soigner.
MAITRE HUGUO.
Daniel Suzanne... c'est ma nièce après tout; et ses fautes ne méritaient peut-être pas la réponse que tu m'as fait écrire... lai défendre de j imais se présenter devant moi I {Il se lci>e.) Ce n'est pas bien, Suzanne. ^^
SUZANNE , 'vii'ement, et se lef^ant.
Eh! mon Dieu! vous êtes encore à même de la faire venir^.. cela donnera un beau relief à une maison d'éducation, mais je n'y resterai pas une minute avec elle.
MAITRE HUGUO.
Allons, veux-tu te taire!., est-ce que je puis me passer de toi? quand tu ne m'as pas grondé dans la journée , il me semble qu'il me manque quelque chose. Laissons cela et mettons-nous à table.
SUZANNE
A table !
MAITRE HUGUO,
Oui , la petite collation du soir.
SUZANNE
Je vous ai déjà dit qu'il n'y avait rien?