SCENE V
Les MEMES, DUBOULLOT, en costume de balayeur. DUBOULLOT, à la cantounude.
G est bon ; faites votre ouvrage, et ne vous mêlez pas de la mienne.
VERDIER
Qu'est-ce que c'est?
MADAME coivm;i:t.
C'est le balayeur du Perron , ne vous dérangez pas. {A Duboullot.) Qu'esl-ce qu'il y 3 donc, père Duboullot?
DUBOCiLLOT.
Le savetier du coin qui veut me donner des leçons de propreté... n'est ça que son comptoir est joliinentteuu. {Lui rendant un journal.) Tonez, madame Coruuet, v'ià la llévoiution que j'vous rapporte;., elle est bien inflammatoire z'aujourd'liui... aussi, j'disais-t-à mon épouse... il paraît que l'rédacteur n'a point zévu la croix d'honneur. ( // rit. )
MADAME CORINUET.
Toujours malin, père Duboullot.
DUBOLLOT.
Air : F'audeville des Frères de lait.
Depuis quinze ans, c'est vraiment z'une rage , A-t-on donné chez nous des rroi\ d'honneur 1 Les mililair's doiv'nt avoir de l'ouvrage Pour saluer 'es ceux.qu'en est por'eur.
C'te pauvre croix, elle a bien du malheurl Eil' Cnira par perdr' toutes ses charmes... Et pour ne pas fatiguer nos soldats.
On ordonn'ra de n'présenter les armes Qu'aux citoyens qui n' la porteront pas.
VERDIER
Ah ! ça, vous êtes donc dans les mécontens ?
DfTBOUI.l.OT.
Au contraire... c'que j'en dis... j'peuxpas souffrir qu'on entrafe le gouvernement... Quand je vois ces gens qui se remuent,, qu'on dirait qu'ils ont des frémis dans les jambes... ça m'fait sauter z'eo l'air... Qu'est qui veulent?., qu'est qui demandent?., l'anarchie, le pillage... et c'est nous autr's porpriétaires et industriels qui pâ tissons de tout ça.
VERDIEB.
A qui le dites-vous?
DUBOULLOT.
On nous met des cinquante-cinq centimes d'impôt foncée... c'est ben pcnlil... comme si c'était nous qui faisons les meutes... Si j'étais que du gouvernement, je ferais les trois assommations respectueuses, et en avant.
r.ENAXID.
Comme vous y allez !
DUBOULLOT.
Dam! je suis un modéré... Il y en a qui veulent la république... moi, j'en veux pas... D'abord elle n'est pas dans nos mœurs ; nous aimons le luxe, les plaisirs... moi j'aime les plaisijs, je ne m en cache pas... je suis monarchiste.
VERDIEB , à demi-voix.
On dit même que vous êtes un peu carliste?
DUBOULLOT, bas.
Taisez-vous donc... vous me ferez écharper par la canaille... ( Haut. ) Du tout, je suis pour la paix et le bon ordre. Savez-vous ce qui nous perd? C'est que tout le monde en veut faire à sa tête ..
comme je disais t'au charcutier du coin, si on ne respecte pas ses
supe'rieurs...
nosK , arrù'ant.
Monsieur Duboullot... v'ià l'inspecteur du balayage qui vous demande.
DUEELLOT.
Qu'il aille se promener, l'inspecteur... il m'einbète. (Continuant.) Comme je vous disais: si on ne respecte pas ses supérieurs, on finit par ne plus obéir aux autorités.
PiOSE.
C'est qu'il paraît que le commissaire de police s'est plaint.
DUBOULLOT.
Qu'il me laisse tranquille aussi, le commissaire... je n'ai pas d'ordre à recevoir de lui.
ROSE
Il dit qu'il vous fera venir chez le juge-de-paix.
DUBOULLOT, en colère.
Le juge-de-paix! encore un fier imbécille , celui-là! .. (Con^inuant.) Et une fois c^u'on méprise ses magistrats, voyez-vous, la machine se détraque, et le corps social est dissoute. {Se mouchant sur sa manche.) Ah! si j'étais ministre une fois... nosE , retenant.
Mais , M. Duboullot, venez donc balayer le devant du the'âtre... il y a encore des gravats...
DUBOULLOT,
Quel tliéâtre?,.. celui qu'on ouvre ce soir: encore une belle chose qu*ils vont faire... ça va-t-ètre un las de révolutionnaires qui s' réuniront là... ça sera un véritable cloup comme en i8i5... ils chanteront des horreurs... Vrai î on m'a assuré qu'ils clianteraient des choses à faire dresser les cheveux de dessus ia tète.
Eh! non,, ils ne se mêleront pas de politique.
DUBOULLOT.
Alors , s'ils n'ont pas de couleur, ils ne feront pas Un sou.
r.ENAUD.
Pourquoi donc? s'ils sont amusans... Est-ce qu'on ne veutplus rire en France? Il me semble qu'il y a encore de quoi.
DUBOULLOT.
Le fait est qu'il y a des gens liien ridicules... et si on me laissait faire, comme je balayerais tout ça.