‹ La séparation; comédie en trois actes et en proseChapitre 204 sur 300 · SCÈNE Vï · texte numérisé non relu

SCÈNE Vï

Les MÊMES , HERMINIE , un petit carton soÊke bras.

HERMIKIE , heurtée par un passant.

Prenez donc garde, monsieur.. » Dieu! que les hommes sont grossiers I

RENAUD

Eh ! mais je ne me trompe pas... Herminie, cette petite lingère...

DUBOULLOT.

^ Voulez-vous me passer le Commerce , madame Cornuet ?.. quand j ai pas lu mqg trois journal;, j'ai pas ma suffisance.

RENAUD

Tenez donc, inademoisenc Henninic, qui craigner-votis ?

HERMINIE, baissant les yeux.

Pardon, monsieur, je suis pressée , je ne m'arrête jamais.

Levons donc ces jolis yeux l>leus... Est-ce que vous ne me reconnaissez pas?.. Moi, l'ami de votre ami...

HERMIME.

De M. Léon?

Non, non.

De M. Emile ?

REiNAUD.

HERMINIE

REJNAUD.

Non .. de Gustave... vous savez...

HERMÎME.

Oh ! je vous leconnais, I\î. Achille Renaud... J'ai eu bien du chagrin , allez , depuis que je ne vous ai vu.

RENAUD

Comment , est-ce que Gustave?..

HERJIINIE.

Ah! il y a bien long-temps que c'est fini.

RENAUD , faisant l'étonné.

En vérité!.. Ah! pardon, si j'avais su... il s'est donc conduit...

RENMINIE.

Oh! très-bien... ce n'est pas sa faute... il a assez pleuré , allez... mais sa famille l'a rappelé pour le marier... il Ui'a bien promis de m'écrire.

RENAUD

C'était un bon enfant.

UERMINIE.

A qui le dites-vous.

Air de Téniers.

Je l'ai r' conduit jusqu'à la diligence. Nous n' disions rien, mais nous pleurions tous deux. Il m'a laissé, pour adoucir l'absence, Mille sermens el deux baisers d'adieux.

li m'a laissé pour preuve de sa flamme. Son portrait et d'ses cheveux dedans.

11 m'a laisi«é le désespoir dans l'âme ,

Et puis un' chain' de deu.x rents francs.

RENAUD

Allons , il a bien fait les choses , ça console un peu.

# HERMINIE

njcLuiiawxv.. ... oh! non... jamais!., je me connais... J'en aimerai d'autres... n\ais je ne les aimerai jamais comme lui. RENAUD , riant.

Cependant ce M. Léon dont vous parliez tout-à-l'heure ?

HERMINIE

M. Léon... oui , il était {rcnlil... fils d'un banquier... il me faisait la cour, il finissait ses études... une mise soignée, beaucoup d'esprit, avec des gants jaunes.... Mais il était d'un fier... Jamai.s il ne it^'aurait doiiaé le bras dans la rue... et ça humiliait mon amour-

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propre... Parce qu'enfin, si on fait tant que d'avoir une connais sance , c'est pour qu'il vous conduise en société.

RENAUD

C'est juste... Alors je comprends... C'était l'autre. ..M. Emile. HERMINIE , (''n'entent.

Monsieur Emile!... par exemple.... Je sais bien qu'on l'a dit au magasin... Il y venait, c'est vrai... mais c'était pour Stéplanie... la grande blonde... Tous savez avec qui nous avons été à Montmorency... D'ailleurs, je ne pouvais pas le souffrir.. .Si mauvais ton... toujours le cigarre à la bouche... et puis des idées.... une tête si ardente...

Air : p''audei>ille de l'Ecu de six francs.

Quand nous faisions d' la politique,

Il fallait melliele hola ;

Il était pour la république :

Comme on n' sait jamais c' qui viendra..

Moi, j'dis qu'il faut garder c' qu'on a...

C'est qu'il était d'une exigence!..

Dès qu'on lui cédait d'un côté...

Quand j' penchais pour la liberté ,

Il voulait tout d' suit' la licence.

UEisALD, /ui prenant la taille.

Voilà comme ils sont tous... Mais moi, je ne suis pas un républicain Je ne rougirais pas d'être votre esclave, charmante

Herminie;... et si vous vouliez accepter mon bras... pour quelques distractions... quelques parties de plaisir...

HEKMINIE.

Des parties de plaisir en l'absence de Gustave... ah ! jamais I

REAAUD.

Avec son ami... ]Nous parlerons de lui pendant le spectacle.

HERMINIE

Au spectacle!.. Oh I je n'y veux plus aller... Et lequel?

A Montansier.

HEKMINIE.

Ah ! fi donc... Qu'est-ce tju'on donne ?

RENAUD

Trois pièces nouvelles.

Trois pièces nouvelles 1 Et peut-être trois chutes.

HERMINIE

Ah! que ce serait amusant !.. C'est si drôle des chutes !.. Mais, je n'oserai jamais... Si on me voyait avec vous ?..

RENAUD

Pas de danger. .. une baignoire... une loge grillée.

HEtlAIINlE.

Air : De sommeiller cncor, ma chère.

Mais c'est une place un peu chère.

KENACD.

Oui, c'est possible, j'en conviens.

C'est pourtant Ja seule, ma chère.

Où l'on se trouve toujours bien.

HERMINIE

RENAUD

Là, sans (xainle. on peut èlre aimable. On parle, snns être entendu !..

IIERMIME.

Et puis, c'est assez agréable De voir, et de n'pas être vu.

HEIIMINIE.

Ah ! si c'est clans une ]oj>,c grillée , il n'y a pas d'inconvénient... C'est que je crains tant de nie coniproineltre,

RENAUD

Je vous prendrai au magasin.

HEIIMINIE.

iSon, ça ferait jaser... J'aime mieux vous donner un rendez-vous..

RENAUD

Ici , à l'heure du dîner,

HERMÏNIE.

Du dîner... comment vous voulez?..

RENAUD

Snns dotito,... j'en devais un à Gustave... c'est une manière de ra'acquiiter.

HERMINIE

Me monti*er chez un restaurateur?..

RENAUD

Que vous êtes enfant! Est-ce qu'il n'y a pas des cabinets particuliers?

HERMTNIE.

Ah!., à la bonne heure ; car pour rien au monde je ne voudrais me compromettre.

RENAUD

Air : VaudeuiUe des Gascons.

Souvenez-vous Du ri*nrlez-vou3 Qu'ici vous venez de promettre.

HKRMIME.

C'est bien un peu délicat ; mais Je lipns tout re (|ue je promets 1 Je me sauve, on pourrait me voir.

RENAUD, lui prenant la main.

Ah I du moins daif^nez me permettre...

HERIIINIE.

]Non, non, je reviendrai ce soir.

Je ne veux pas me cornjiromettre.

ENSE3IBLE.

RFNAUn.

Souvenez-vous Du rendez -vous

Qu'ici vous venf^z de jiromellre; Une griselle, je le sais,

A sa foi ne manque jamais.

HERMINIE

Souvenons-nous

Du rendez-vous Qu'en ces lieux je viens de promettre ; C'est bien un peu délicat: mais Je tiens tout ce que je promets.

{^Elle son.)

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