OBSERVATIONS
La publication de la célèbre brochure de Mgr Dupanloup, postérieure à la rédaction de ce qui précède, nous oblige à quelques observations.
Mgr Dupanloup reproche aux journalistes d'avoir méconnu «un principe élémentaire, non-seulement de théologie, mais de logique,» à s-noir': que la condamnation d'une proposition n'implique pas nécessairement l'affirmation de sa contraire, qui pourrait être souvent une autre erreur, mais seulement de sa contradictoire. aLa proposition contra dktoîre est celle qui exclut simplement la proposition condamnée. La contraire est celle qui va an delà de cette simple exclusion. »
Nous ne contesterons pas, en principe, ces distinctions subtiles de l'école. En effet, la condamnation de la proposition suivante : «La guerre n'est jamais permise,» n'impliquerait nullement l'affirmation de ceUo autre: «La guerre esttoujours permise, d qui serait sa contraire absolue. II y a donc des contradictoires qui ne sont pas absolument des
contraires, nous l'admettons; mais, dans l'espèce, l'affirmation de la contraire ressort évidemment d'un très-grand nombre des propositions condamnées, el, si quelques autres n'impliquent que la simple contradictoire, cette contradictoire suffit parfaitement à notre objet.
Donnons un exemple de chacune de ces deux sortes.
La condamnation de la proposition suivante : «L'Église n'a pas le droit d'employer la force," implique, avec une entière évidence, l'affirmation de la contraire absolue: «L'Église a le droit d'employer la force. »
La condamnation de la proposition ci-après: «On doit proclamer et observer le principe de non-intervention,» n'implique que la simple contradictoire, dans ce sens que le pape n'affirme pas qu'on doive intervenir partout et toujours.
La condamnation de cette autre proposition : a II est permis de refuser l'obéissance aux princes légitimes et même de se révolter contre eux, » si on la prenait à la lettre, impliquerait la contraire absolue, et, si l'on retournait contre Mgr Dupanloup la rigueur scolastique, on pourrait lni dire que la condamnation du refus d'obéissance, étant générale, s'applique au chrétien qui refuserait de sacrifier aux idoles sur l'ordre d'un prince païen. Hais, en bonne foi, l'on ne peut douter que le pape n'ait entendu condamner d'une manière absolue seulement la deuxième partie de la proposition, le droit de révolte et de révolution, et que, par la condamnation du refus d'obéissance, il n'ait condamné seulement la résistance aclive et non la résistance passive dans certains cas. — 11 a entendu faire tout simplement une déclaration en faveur du droit des princes contre le droit des peuples.
A propos de la non intervention, dont nous parlions tout h l'heure, nous ferons remarquer que Mgr Dupanloup a fait une confusion bien autrement grave que ne l'est ici celle des contraires et des contradictoires, nulle, en résultat pratique, pour ce qui nous concerne. 11 a disserté sur la non-intervention, en général, en confondant sous ce nom deux choses absolument distinctes: la non -intervention dans tes affaires intérieures des peuples, et la non-intervention entre peuples divers et entre conquérants et conquis. La Société nouvelle, celle qui est en cause dans tout ce grand débat, reconnaissant pour base le droitde chaque peuple à disposer de lui-même, soutient, en principe, la première de ces deux non-interventions et réclame, en vertu de ce principe, l'évacuation de Rome; par contre, elle affirme, en principe, le droit, et, dans bien des cas, le devoir d'intervention entre deux peuples dont l'un opprime l'autre; elle a approuvé l'intervention en Lombardie et regretté profondément la non-intervention en Pologne.
Après avoir lu le commentaire de M. l'évêque d'Orléans sur l'Encyclique et les nombreuses épttres de ses collègues , nous persistons
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très-fermement dans notre assertion : que la dernière proposition condamnée « est une rupture formelle signifiée par l'infaillibilité romaine à la civilisation moderne, » c'est-à-dire à la civilisation fondée sur l'indépendance de la Société civile, sur le droit souverain des peuples à disposer d'eux-mêmes (qui n'est pas du tout, n'équivoquons point ! la prétention de faire dériver le bien et le mal, la loi morale, de la volonté du peuple) et sur le principe de la perfectibilité.
De la condamnation de cette proposition : «Le pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne,» nous persistons à déduire l'affirmation de la contraire: Mgr Dupanloup déduit seulement la contradictoire, qui serait : —Le pontife romain n'a point à se réconcilier avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne, attendu qu'il en accepte ce qu'il y a de bon et n'en rejette que ce qu'il y a de mauvais. Nous persistons à soutenir que l'ensemble de l'Encyclique et du Syllabus repousse celte interprétation et condamne les principes essentiels de la Société moderne.