‹ La séparation de l'église et de l'étatChapitre 5 sur 7 · LE VRAI POINT DU DÉBAT · texte numérisé non relu

LE VRAI POINT DU DÉBAT

(13 j«mer.)

Plus de palliatifs! disions-nous il y a quelques jours; Plus de palliatifs, — et plus d'équivoques!

Pour ou contre la perfectibilité; — pour ou contre la liberté; — pour ou contre l'indépendance des nationalités!

Rome a dit non ; le monde moderne dit oui.

L'équivoque, s'il faut s'en rapporter à sa dernière Encyclique, le pape n'en veut pas plus que la société nouvelle.

Son langage a causé dans le parti catholique un étourdissement, une

consternation dont les signes ont eu assez d'évidence. Il y a eu là des

douleurs auxquelles les libres penseurs ne sauraient refuser leur sym-

nathie. les douleurs des bommes qui cherchaient encore sincèrement,

tquement, la conciliation de l'uttramontanisme et de la liberté;

mssi un embarras, une confusion qui nous inspire un sentiment

;; la confusion de ceux qui cherchaient une équivoque là où les

cherchaient un accord.

Il n'y avait que deux partis à choisir pour ta presse catholique : ou soutenir carrément l'Encyclique et le Syllabus dans toutes leurs conséquences, ou s'y refuser en protestant contre l'infaillibilité au nom des maximes gallicanes : il n'y avait pas de milieu.

L'héritier du fougueux Univers, le Monde, après des hésitations et des circonlocutions qui pouvaient surprendre de sa part, s'est décidé. — Aucun catholique» suivant lui , ne peut plus se dire libéral; — le libéralisme est condamné par l'autorité sans appel.

Voilà un des deux partis bien pris ; il n'y a qu'à en donner acte.

L'autre parti, aucun journal catholique ne s'est résolu à le prendre.

Il n'y avait que deux partis à prendre; — Y Union en a inventé un troisième : c'est de soutenir a outrance l'Encyclique et le Syliabw, qui condamnent nominativement le progrès, la liberté et ia civilisation moderne, et de prétendre en même temps soutenir la liberté religieuse contre nous, les journaux libres-penseurs, qui, suivant elle, entendons soumettre les consciences à l'État.

Les champions de l'Encyclique transformés en défenseurs delà liberté, et nous, qui avons demandé la séparation totale de l'État et des Églises, travestis en apôtres des Églises d'Étal, du tzarisme religieux, ceci est, on en conviendra, d'une étrange audace 1

II y avait eu moins de hardiesse sans doute, mais non pas plus de sérieux, de la part de l' Union, à tâcher d'affaiblir par des chicanes de mots la portée des articles du Syllabus.

Nous avons dit que, d'une des propositions condamnées par le pape, il résultait que, pour le pape, la religion n'était pas susceptible de développements correspondant aux progrès de l'humanité.

L'Union nic-t-elîe notre assertion, et prétend-elle que, pour le pape, la religion est susceptible de développements correspondant aux progrès de l'humanité?

Si elle ne le prétend pas, s'il lui est impossible de le prétendre, que nous contesle-t-elle ?

Nous avons dit ensuite que, d'une autre proposition condamnée, il résultait que, suivant Rome, les sciences théologiques ne devaient pas être traitées comme les sciences philosophiques; — c'est-à-dire, ajoutions-nous, ne doivent pas êlre soumises à. la raison ni au sentiment.

Écartons les arguties et les minuties. Le grand débat entre Rome et l'esprit moderne peut se circonscrire tout entier dans cesdeux questions, qui, bien examinées, n'eu font qu'une :

La religion est-elle perfectible?

La. théologie doit-elle êlre ramenée aux mêmes principes que la philo* sophie T— C'est-à-dire: La théologie doit-elle relever de la raison comme la philosophie, et la philosophie doit-elle relever du sentiment, de la conscience, comme la théologie, comme la religion ?

Rome, disions-nous tout à l'heure, Rome dit : Non ; l'esprit moderne dit : Oui.

Ni foi aveugle niant les droits de la raison, ni rationalisme exclusif niant les vérités qui ne se démontrent pas rationnellement, mais qui s'imposent à la conscience t

L'Union, scandalisée de notre appel au senï faimf , nous demandait gravement, l'antre jour, si nous faisions de la phitosophie de roman. Nous pouvons garantir àl'l/MonimePascalnc songeait pas le moins du monde à l'Astrée ni au Cyrus lorsqu'il disait , dans son grand langage : * Le cœur, a ses raisons que la raison ne connaît pas; b ou, en termes d'école, il n'y a pas un critérium unique de vérité, la raison ; il y en a un autre encore, le sentiment.

Ce principe ne diffère pas de celui que vos théologiens nomment à juste titre in foi, mais qu'ils appliquent mal à des croyances particulières sur lesquelles la conscience universelle se tait, et qui appartiennent au domaine de la discussion.

Si l'esprit moderne a raison, si la théologie etla philosophie doivent être ramenées aux mêmes principes et concerter leur effort, quel est le but de cet effort, sinon le développement des vérités acquises et l'acquisition, s'il est possible, de vérités nouvelles qui, loin de contredire les vérités anciennes, les confirment et les éclairent plus vivement 7 Et qu'estce que le développement ou l'acquisition des vérités, sinon la marche du progrès, la perfectibilité en action?

Les aveugles de la foi étroite et les aveugles du scepticisme et du néant prétendent qu'il ne se découvre plus de vérités religieuses, qu'il ne se fait plus de dogme», comme ils disent. — Un philosophe éminent écrivait, il y a trente ans, un éloquent chapitre sur ce sujet : « Comment les dogmes finissent. » Il serait plus beau et plus utile d'écrire pour montrer comment les dogmes commencent.

En voici un qu'on a vu poindre, grandir, s'épanouir depuis quatre siècles, et qui, rayonnant a la fois sur tous les problèmes de la création, sur la destinée des mondes comme sur la destinée des âmes humaines, comme sur celle des plus humbles créatures, déjà inonde tout de sa lumière.

Ce dogme que vous niez et que nous affirmons,

C'est celui auquel vient aboutir tout le débat entre le passé et l'avenir.

C'est la pebfbctibilitb, loi universelle de la nature, qui se révèle de plus en plus à l'homme.

Nous croyons, vous et nous, au même Créateur ; nous ne croyons pas à la même création. Nous avons le même Dieu, le Dieu personnel et libre, le Dieu vivant des chrétiens; nous n'avons pas le même univers; le nôtre seul est vivant comme sou Dieu.

Sa loi de vie, Rome vient de la repousser solennellement en condam-

naDt ceux qui prétendaient a que la papauté pouvait et devait se réconcilier avec le progrès. »

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