EXPOSÉ DES MOTIFS
Messieurs, Quoi qu'on en ait dit, et quoi qu'en pensent certains esprits timorés, il n'est pas indiqué que la sépa<
(1) Paris, Fischbacher, 1903.
(2) Annexe au procès-verbal de la séance du 25 juin 1903.
ration îles F
ralion des Eglises et de l'Elat doive inlrodui
ssiirement dans notre pays des éléments r
confusion, de discorde et de guerre intestine.
Ans veux de beaucoup d'excellents esprits, elle peut être, au contraire, le point de départ d'unecre nouvelle qui amènera l'apaisement dans l'ordre de la justice par l'autonomie des consciences individuelles, par l'afiriiticliissement des routines et des préjugés séculaires, par la rivalité féconde des idées philosophiques et des doctrines religieuses, lin tout cas, clic mettrait fin à ce Bjsteme bàlard et deux fois illogique qui lie l'Etat neutre et laïque a la tutelle de trois ou quatre cultes privilégiés qui s'excluent et s'anathématisent réciproquement, et qui assure, entre autres, les honneurs et les ressources du budget à telle église dont le pontife est un étranger, dont les prélats et le clergé, tant séculier querégulicr, ont généralement pris parti, depuis notre grande Révolution, contre l'esprit de nos institutions modernes et contre les gouvernements les plui attachés à l'esprit de ces institutions.
Pourquoi celle solution si naturelle, si logique, de I" séparation, qui fonctionne déjà, à l'approbation ïéncrale, et qui a fait ses preuves dans de grands l»>'s comme ies Etats-Unis d'Amérique, placés sans conteste à l'avant de la civilisation, ne concilierait- *"t pas, en France, les citoyens de tous les partis, de 'ouïes les croyances, de toutes les tendances polili- <W« et religieuses ?
Au* catholiques, nous citerons ce mot de Pascal : " Le bel état de l'Eglise quand elle né s'appuie que SUf Jésus-Christ! » et nous rappellerons que, récemment encore, M. Le Camus, éveque de La Rochelle, exprimait, dans un mandement public, cette opinion que la séparation est devenue la solution qui s'impose, dans
l'état actuel des dispositions des populations et cz rapports de l'Eglise et de l'Etat.
Aux protestants, d'ailleurs pour la plupart acquis principe à la thèse de la séparation, nous rappellera* pour les y confirmer, mainte décision de leurs synocfl et tant de paroles, d'écrits, et aussi d'exemples leurs pasteurs et laïques les plus éminents : ■ Alexandre Vinet, les Frédéric et Adolphe Monod, ■ Edmond de Pressensé, etc.
Aux israélites, nous dirons que l'idée de la th^ cratie, qui fut aux origines de leur cuite, est fore ment incompatible avec la dispersion de leur race, que par tous pays, sauf le nôtre, où leurs comtn nautés sont dispersées, ces communautés se suffise à elles-mêmes sans avoir besoin du concours de l'Etâ
Aux libres penseurs enfin, qui font profession de passer de toute religion et de tout culte, il n'est p^ besoin de dire que la séparation marquera pour e "■ l'heure de la délivrance d'un régime dont ils cont:* buent à payer l'entretien alors qu'ils en subissent to ■ les inconvénients.
Nous ne voulons pas nous étendre davantage depe* de rééditer, selon le mot de M. F. Buisson, « des thèm« rebattus sur une question épuisée. »
La seule objection sérieuse qu'on fasse courammei à l'adoption du nouveau régime, c'est que l'ancie système, le régime concordataire, a pour lui l'usag* l'accoutumance ; qu'il a, tant bien que mal (à vrai dî* plus mal que bien, surtout depuis 50 ans), maintem un certain état de paix religieuse et de tolérance réci proque au sein de la nation. N*est-il pas à craindr* nous dit-on, qu'à vouloir retirer de ces habitudes même routinières, le gros de la nation, quand J grande majorité des familles françaises continue de^
: 9É l'A RATION
raltacher, au moins par venlionnés par l'Etal. — ne heurte l'esprit public,
habitudes, aux cultes subit il pas à craindre qu'on on ne trouble la paix des [es dissensions dans les régions de la France de l'autonomie reli-
coniniunes et que, dans certaine
encore mal préparées au régim
lieuse, on ne provoque des mouvements d'opposition
au Gouvernement de !a République qui pourraient
provoquer une réaction redoutable et fortifier les
positions des partis réactionnaires ?
Nous n'avons voulu ni méconnaître ni diminuer la portée de cette objection. Car nous la considérons comme très grave, en vérité, et elle serait de nature — si forte que soit notre conviction du bien à attendre <li la séparation — à nous faire hésiter et reculer, si nous ne pensions pas qu'on peut trouver telle mesure, Wlc méthode de séparation qui en préviendra les ''aiujers, eu évitant les froissements que causerait, par cumple, le retrait des- églises et des temples aux lldéles habitués à y célébrer leur culte, — en ména- Swiil les transitions, en assurant les intérêts légitimes ■■■ du Fonctionnement du Concordat et des Articles organiques.
Tel est le but que nous avons poursuivi et que nous npÉroai avoir atteint par la proposition que nous *'oqs, Messieurs, l'honneur de vous soumettre.
Sous l'empire de cette préoccupation de faciliter les lr"nsitions nécessaires, nous avions un moment pensé "reprendre une proposition de notre ancien collègue,