‹ La séparation des Églises et de l'ÉtatChapitre 26 sur 47 · DISCUSSION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

DISCUSSION GÉNÉRALE

Dans la seconde séance dn jeudi 23 mars, la discussion générale sur le projet de loi s'ouvrait par ui éloquent discours de M. Paul Deschauel, qui lul las remarqué et très applaudi.

Voici le début de ce discours :

t Paul Deschanel. — Messieurs, le débat qui s'ou-

jeurdTiui est assurément le plus grave que nos

iblées aient abordé depuis la Révolution. Il s'agit

noncer au régime qui, pendant cinq siècles, a

télés rapports de la France avec l'Eglise catuoli-

| çiettd'en créer un nouveau.

Cette crise a pu être bâtée par les événements rets; niais elle était Fatale. La marche de l'histoire est Rrtaioe. A l'origine, le spirituel elle temporel étaient :omme aujourd'hui encore dans le monde J islamique. Plus tard, apparut le régime des religions ■ d'Etat; le clergé, alors, était un ordre politique. Puis, f « furent les religions reconnues par l'Etat, les cultes

organisés en services publics, comme aujourd'hui encore chez nous. Enfin, les deux domaines vont se distinguant de plus en plus, jusqu'à ce que les choses de la conscience deviennent indépendantes de la politique.

Ce régime, s'il est relativement aisé à établir chez les peuples où plusieurs cultes se font concurrence, l'ed moins dans un Etat où une seule religion compreac 98 p. 100 des habitants, ce qui est le cas de notre pays Il y faut des précautions particulières et, de parte d'autre, un grand effort de sagesse, pour concilier I pleine liberté des cultes avec les droits de l'Etat.

L'immixtion de la religion dans la politique es odieuse. (Applaudissements à gauche et à l'extrême gauche.) Elle corrompt tout à la fois et la politique « la religion. (Très bien! très bien ! sir les mêmes bancs A l'inverse, l'ingérence de l'Etat dans les affaires eccl* siastiques n'est pas moins funeste. (Très bien! tré bien ! à gauche.) Elle porte le trouble en même temp et dans la société civile et dans la société religieuse (Très bien ! très bien ! à gauche.)

Un Etat envahi, subjugué par la puissance clérical* est condamné à périr. (Très bien! très bien! à gauche Et, d'autre part, tout régime, quelle qu'en soit la form< quel qu'en soit le nom, qui expose l'Etat à entreprer dre sur le domaine de la discipline ecclésiastique « de la hiérarchie spirituelle est destiné à échouer mis* rablement.

La grande erreur de la Constituante, erreur d temps plutôt que des hommes, fut la Constitution civil du clergé. Et plus tard ni la Convention, ni le Dire* toire ne réussirent à résoudre définitivement le pr* blême, parce que, ayant tranché l'un de ses detf termes, le plus simple, la suppression du budget &

LA LOI DE Sfcl'ARATION 1S9

colle, ils ne purent résoudre l'autre, la neutralité de

l'Etat.

Le Premier Consul y réussit d'abord ; il commença d'appliquer le régime de la séparation, suivant l'expression de M. Aulard, a avec une habileté heureuse ■, En 18)0, la pacification était faite, et vous vous rappela la page de Mme de Staël sur le vœu unanime des Français à ce moment : la liberté religieuse comme en Amérique. Personne, alors, ne songeait à un nouveau Gfmcordat, personne, excepté Bonaparte, qui déjà dressait son rêve : le clergé aux mains des éveques, n évêques aux mains du pape, le pape aux mains de l'empereur.

Ce qui a fait la longue fortune du régime concordatiireen France, c'est que, sur certains points, il établissait nettement le départ entre les deux domaines- Cest par là qu'il a duré, et ce principe devra lui survivre, parce qu'il est conforme à la nature (les choses. In contraire, les parties caduques du Concordai sont Mlles où les deux pouvoirs, pour des lins profanes, Ml échangé quelques-unes de leurs attributions naturelles et aliéné quelques-uns de leurs droits : c'est la nomination des évêques par le pouvoir civil et l'interdiction qui leur est faite de s'assembler et de correspondre directement avec leur chef spirituel; c'est le clergé organe de l'Etat, la religion considérée comme instrument de règne, en un mot la vieille idée de domination par laquelle l'Etat et l'Eglise espéraient '«roitre leur autorité en s'appuyanl l'un sur l'autre, l'Etat essayant d'enrégimenter ic clergé, l'Eglise s'effor- Ç»nl ne faire servir les gouvernements temporels au Mlutdes âmes. (Très bien! très bien! snrdivers bancsà ïnucftf.)

A noter encore, dans ce discours, la pensée suivante : « Ce que doivent redouter surtout les croyances vivaces, c'est la mortelle langueur <fes cultes salariés. »

Une sortie contre les querelles religieuses à pro» pos des schismes «qu'il ne s'agit pas d'empêcher», mais qu'il « ne faut pas non plus pronostiquer » étayée d'une citation de Renan, conseillant de a« ne pas troubler « l'équilibre » et « le calme * amena M. Jaurès àiancer cette interruption :

« La Vie de Jésus a été une tempête tout de mêmel

Et M. Réveillaud à faire cette observation :

« On peut trouver toutes les thèses dans Renan. J vous apporterai des passages où il dit que l'Etat a toc intérêt à voir se multiplier les Eglises et les sectes.

Retenons enfin de ce discours les deux belle envolées oratoires que voici :

M. Paul Deschanel. — Nous ne raisonnons pas U dans l'absolu, et l'esprit juridique ne suffit pas à gov verner le monde moral. (Applaudissements).

11 y autre chose. Il y a ces éléments impondérable dont l'homme d'Etat ne peut pas ne pas tenir compte Oui, nous pouvons calculer exactement en francs etei centimes, la valeur d'un champ, d'une masure, d'u: bâtiment quelconque. Mais pouvons-nous calculer d même la valeur d'un temple ?

Et je ne parle pas seulement de ces merveilles d grâce et de beauté, telles que Notre-Dame de Paris, &' les cathédrales de Reims, d'Amiens, de Chartres, J Bourges ; mais, la plus humble église de village es

[ DE SKPARATION

infiniment précieuse, elle aussi, parce qu'elle est, pour tout homme qui pense, un monde d'espérances, de joies, de douleurs communes. {Vifs applaudissements ar an f/mnd nombre de bancs.)

Il y a un peu du ciel dans ces vieilles pierres ; elle est comme un calice où l'homme éphémère essaye f enfermer une part de l'éternel et de l'infini. ùVojjwohj applaudissements.)

Et l'Etat, tuteur des communes, l'Etat qui intervient consomment dans la gestion de leurs intérêts matériels pour défendre contre le caprice delà génération P te les droits de l'avenir, vous lui refuseriez le ■oie d'intervenir aussi pour défendre ce patrimoral, que les ancêtres ont entendu transmettre aérations futures ! {Applaudissements.)

•easienrs, la France va l'aire une expérience déd-

it monde de la conscience soustrait aux prises du

pouvoir, l'Etat affranchi des querelles religieuses, c'est là l'iiii'al. c'est là le seul régime vraiment compatible avec la dignité des Eglises et avec les progrès de l'espril humain. Mais, justement parce que ce régime est plus haut, il exige, et de la part des représentants de la société civile et de la part des représentants de la wciété religieuse, plus de lumières, d'intelligence politique et de vertu.

Les Français vont-ils se servir du régime nouveau Pour libérer, on pour opprimer? Les républicains n'y 'Wrrjnl-ils qu'un moyen de combattre l'Eglise et les catholiques qu'un moyen de combattre la Hépubli- 1*1

** qui est sûr, c'est que toute violence se retournera

infailliblement contre ses auteurs. {Très bienl tr bien !)

Si nous échouons, laissons toute espérance ! Ce que la France aura été façonnée de telle sorte par monarchie absolue et par l'empire, que la notion ( l'Etat, telle qu'ils la lui ont léguée, aura marqué se âme d'une empreinte indélébile.

Dans la séance du 23 mars, M. Gabriel Deviil secrétaire de la Commission, se plaçant surtoi au point de vue historique, dans un grand di cours fortement documenté et serré, examinait « question de propriété des édifices religieux exi tant avant le Concordat et faisait justice de l'argi ment qui consiste à présenter le budget de» culù comme le dédommagement obligatoire de la r prise par la Constituante des biens de l'Eglise. »

Il terminait en disant :

M. Gabriel Deville. — Au nom des intérêts rép blicains, sans distinction de nuances, je termine, me sieurs, en vous disant : faites la séparation, faites-la plus tôt possible ; faites-la libérale, vous le pouv encore, tout en sauvegardant, ainsi que vousledeve tous les droits de l'Etat ; faites-la comme vous le dema dent la Commission et le Gouvernement, de façon éviter le double péril d'être dupes ou d'être sectaires mais faites-la.

Je n'ai pas qualité pour parler au nom des intéré religieux. (Exclamations à droite). Cependant, à • point de vue encore, faites la séparation comme < vous la propose, faites-la immédiate, vous tous répi blicains qui savez prévoir. Aujourd'hui on vous l'off libérale et vous pouvez la faire libérale ; craignez qi

demain il no soil Irop tard. {Vifs applaudissements à l'txtrème gauche el à gauche).

Dans la séance du lundi 27 mars, la Chambre entendait M M. Charles Benoist, Boni de Castellane, Groussau et Zévaès. Le premier de ces orateurs déclarait •< vouloir, lui aussi, l'Etat laïque ; car ce wrail, en vérité, ne rien comprendre à tout le UODvement de l'histoire moderne que de ne pas le vouloir » ; mais en même temps il soutenait une llii'se « qui, à de certains endroits et par certains Cités pourra sembler paradoxale » et qu'il exposait ainsi :

M Charles Benoist. — Poussée tout à fait à bout - et vous l'y pousseriez fatalement, soit de ce coup même, soit plus lard — la séparation dans la liberté, c'«t certainement une aventure ; la séparation sans la liberté, c'est peut-être la guerre civile. (Applaudisse- ®tnls à droite).

Il n'est pas de l'intérêt de l'Etat que TFglîs<. soit absolument libre, il n'est pas de l'intérêt de l'Kjjlise que l'Etat soit absolument maître. Je vais plus loin : il n'est pas de l'intérêt de l'Eglise d'être absolument l'Ire, il n'est pas de l'intérêt de l'Etat d'être absolument maître ; il est de l'intérêt de l'un et de l'autre de discuter, de traiter et de tracer réciproquement leurs 'imites, [Tris bien ! très bien ! au centre et à droite).

tl eût été de l'intérêt de l'un et de l'autre de conserver el d'observer loyalement te Concordat ; niais, si le Concordat de 1801 est décidément inobservable, ne '"ait-il pas de l'intérêt commun de chercher encore et IMiid raènie si l'on ne pourrait continuer ou recom-

mencer à vivre sous le régime concordataire ? (Applau dissements au centre et sur divers bancs).

Je conviens que vous vous trouveriez, surtout quan< vous auriez rompu — la rupture, d'après vous, es déjà faite et définitive — je sais que vous vous trou veriez, pour négocier à nouveau, dans des conditions qui ne seraient pas très favorables. Je vous disais tou à l'heure que vous n'étiez pas Cavour ; je suis oblige d'ajouter que vous n'êtes pas non plus Bonaparte, (Mouvements divers).

M. Cazeneuve. — Nous n'y prétendons pas.

M. Charles Benoist. — Sans doute vous n'êtes pas Bonaparte ; en ceci, premièrement, que lorsque Bonaparte a négocié le Concordat de 1801, il était dans des conditions que vous ne sauriez rencontrer aujourd'hui, eussiez-vous tout son génie —et je vous accorde que vous l'avez collectivement. (On rit.) Vous n'avez plus Murât sur la frontière des Etats pontificaux ; il n'y a même plus de frontière des Etats pontificaux ; il n'y a plus d'Etat pontifical !

On raconte qu'à la fin du Kulturkampf Bismarck disait: « Si j'ai dû aller à Canossa.. » — à ce Canossa où vous avez juré, monsieur le ministre des cultes, que vous n'irez jamais — « ... c'est que le pape n'a plus de pouvoir temporel, qu'il est tout spirituel, tout spiritualisé. Il eût fallu soutenir, contre lui, la lutte de Jacob avec l'ange ; me battre, les pieds attachés efl rivés au sol, contre un être dont les pieds ne se posent, ne touchent nulle part, et qui, chaque fois que j'aurais essayé de l'étreindre, se serait enlevé d'un coup d'ailes au delà et au-dessus de mes prises. » Et, messieurs, Bismarck ajoutait ce regret — or vœu, je vous le livre (Mouvements divers) — « Ah 1 s j'avais eu un Concordat! »

Vous avez, vous, un Concordat — « et lequel I », comme dit le marquis Alfleri dans les notes dont je vous al lu un court fragment ; — vous avez un Concordat et, parce que vous n'avez pas su vous en servir vous le déchirez I Vous ressemblez à un homme qui >urail en mains une épée forgée, trempée, affilée au long des siècles et qui, parce qu'il ignorerait une botte ou une parade, la briserait tout à coup et en jettefait les morceaux. (Applaudissements au centre et à droite). Il n'est pas de pire imprudence !

L'intérêt évident de l'Etat, voilà donc la première raison que j'ai de ne pas vouloir la séparation ries Elises et de l'Etat.

Mais j'ai une seconde raison. Pardonnez-moi si elle ">us étonne ; je vous dois d'être tout à fait sincère. Je n* veux pas de la séparation, parce que, dans la mesure où la séparation est possible, elle n'est plus à fc're, elle .est faite.

Et le « paradoxal » orateur du centre terminait (n prophétisant que l'essai qu'on voulait faire "rappellerait sous plus d'un aspect la constitution Nviledu clergé » et, procédant de la même pensée, aurait la même fin. a Avant dix ans, je ne "'s pas que vous serez allés à Canossa; le train "'rect n'y passe pas /sourires) ; mais tout chemin '"' ne a Rome, et j'ose vous prédire que vous y retournerez. » (Vifs applaudissements au centre et <* dwrte).

M. le comte Boni de Caste liane accusait les ^"teurs du projet de » concevoir un Etat non seu-

'"lent exclusif, mais persécuteur, proscripleur

■Deux de la liberté religieuse :

M. le comte Boni de Castellane. — Pour dissimuler votre dessein et vos véritables intentions, qui sont en contradiction absolue avec toutes vos doctrines vous avez imaginé ce paradoxe risible : au lieu de dire : « Avec le pouvoir que nous avons entre les mains, avec le budget qui va nous être voté, nous voulons détruire en France la liberté de croyance », vous dites hypocritement : « Nous voulons séparer l'Eglise de l'Etat ». Et vous vous imaginez ainsi tromper vos électeurs, la France tout entière ! Mais qui donc s'y méprendra ?

La séparation de l'Eglise et de l'Etat, conçue de bonne foi, et de bonne foi pratiquée, existe dans certains pays. Quelques catholiques même — bien que je ne sois certainement pas du nombre — l'envisagent ici sans répugnance ; mais dans les pays dont je parle la liberté existe, les congrégations ne sont pas chassées, la liberté d'enseignement n'est pas supprimée, l'Eglise est respectée et honorée.

A l'inverse de ce qui se passe en France, la démocrntie américaine n'est pas brouillée avec la Divinité; c'est même là un des points qui la différencie le plus, de la nôtre.

Dans une autre république aussi, en Suisse, le jeûne: fédéral est de rigueur et, à cette occasion, les manifestes du conseil d'Etat contiennent des exhortations qui honorent ce peuple libre. (Applaudissements son divers bancs à droite],

La véritable séparation de l'Eglise et de l'Etat ne se peut, en aucune façon, comparer avec le projet qui es* aujourd'hui déposé par le Gouvernement. Vous séparez pas l'Eglise de l'Etat ; vous mutilez l'Etat lui arrachant sa représentation religieuse, et vous

voulez détruire l'Eglise par l'oppressioa d'un Etat ennemi. (Applaudissements à droite).

M. Groussau (de la droite), soutenant la même thèse que le précédent orateur, déclarait que « les paroles de paix contenues dans le rapport de de M. Briand ne lui inspiraient pas la moindre confiance:

M. Grouasau. — Le régime concordataire est basé sur un contrat qui, quoi qu'on en dise, existe toujours. C'est un contr.it qui a donné aux catholiques, en même temps que la sécurité, une certaine paix sociale et religieuse. (Très bien ! très bien ! à droite).

Vous nous dites qu'à la place de ce contrat vous allez, sans aucun accord préalable, accomplir un acte unilatéral de l'Etat, faire une loi essentiellement modifiable, une loi capricieuse, une loi qui dépendra de •Dajorités changeantes, qui sera soumise A l'influence du résultat des élections.

Eh bien ! je vous déclare, messieurs, que cette loi, sans la connaître, nous n'en voulons pas. (Très bien ! ■rèj bien ! à droite.)

Cette loi, même contre la volonté de ses auteurs — M c'est ici que je prie MM. Buisson et Briand de bien vouloir comprendre quel est le caractère exact de ma discussion —celle loi, contre la volonté de ses auteurs, "e peut pas nous donner les garanties auxquelles n°us avons droit. Je le demande, quelles garanties mus olTre-t-on ? Où est la stabilité, la sécurité du lendemain ?

Dans les pays libres, ces garanties peuvent résulter •te la Constitution et des mœurs. Mais la France est 1*1 e des rares nations où il n'y ait pas, même par la institution, un droit nettement garanti. Est-ce que la

liberté religieuse n'est pas dans tous les pays l'un de ces droits garantis aux citoyens contre la puissance législative elle-même ?

M. Eugène Réveillaud. — Ce sont vos amis qui ont fait la Constitution.

M. Groussau. — Je me porte d'autant moins garant de la Constitution qu'à mon avis nous n'en avons plus. (Très bien ! très bien ! à droite). Et ce sont d'ailleurs vos amis, monsieur Réveillaud, qui en ont faussé tous les ressorts. Nous vivons sous un régime que je ne sais comment qualifier...

M. le comte de Lanjuinais. — Le régime du bon plaisir !

M. Groussau... mais où il y a certainement une étrange confusion de pouvoirs ; les pratiques de cette Chambre en sont trop la preuve. (Très bien ! très bien I à droite. — Rumeurs à gauche).

La Constitution ne nous offre donc pas de garanties. Est-ce que les mœurs ou l'ensemble de la législation nous en offrent davantage ?

Ah ! j'entends dire quelquefois : «L'Eglise libre dans l'Etat libre ! » Non ! la vérité, ce serait : « L'Eglise libre dans le pays libre. » Mais la France est-elle actuellement un pays de liberté ? (Non ! non ! à droite.)

C'est une pénible question que celle-là, et ce que je dis est malheureusement le sentiment de tous ceux qui, sans parti pris, en dehors de la politique, examinent la situation de la France. Ils constatent avec un immense regret, qu'il n'y a pas, en France, le sens, la notion, la pratique de la liberté. (Très bien ! très bien ! à droite. — Réclamations à gauche).

Incidemment, au cours de son discours, M. Grous-

sau ayant affirmé que « les protestants ne voient

pas d'un bon œil, comme on voudrait le faire croire,

la Séparation», s'attira cette réplique de M. Réveillaud : « C'est inexact, j'affirme au contraire que Ja majorité des protestants est pour la Séparalion. »

Dans sa péroraison, M. Groussau déclara, aux vifs applaudissements de la droite, qu'il apercevait, comme conséquence de la Séparation, de graves et tristes périls : la paix publique définitivement compromise dans la nation, dans les communes, dans les foyers, et le despotisme de '"Etat édifié sur les débris des institutions religieuses. »

M. Zsvaès (de l'extrême-gauche) répondait aQs adversaires de la Séparation en montrant 9,Ue « le Concordat, loin d'apporter à ce pays la Paix religieuse, n'a Tait que déchaîner plus vio- 'ernment que jamais le combat entre l'Eglise et l'Etat. »

Il terminait ainsi son discours :

M. Alexandre Zevaès... Peut-on dire, d'ailleurs, Çw'une réforme est prématurée, lorsque, depuis un "Ctai-siècle, elle fait l'objet de tous tes débats et de '°utes les controverses politiques?

Ce n'est pas d'aujourd'hui que la question de la sé- PTation est soumise aux discussions publiques ; vous vous rappelez, messieurs de la droite, que ce sont des ^tholîques qui, vers 1840, réclamaient la séparation; v°Us vous rappelez le mouvement séparatiste alors eQté par Lamennais, par Montalembert et Lacordaire ;

vous vous rappelez cette parole de Lacordaire : « Entre Dieu et le Trésor il faut choisir une foi. Misérable religion que celle qui périt dans un trésor ! Une Eglise soldée par l'Etat est une nouveauté qui ne sera jamais bénie, un exemple effroyable laissé à nos descendants et qui n'a encore porté qu'une faible partie de ses fruits. »

Voilà comment s'exprimait Lacordaire. C'est à peu près à la même époque que Lamartine réclamait, lui aussi, la séparation et la dénonciation du Concordat ;

« Quant à moi, dit-il, j'ose le dire comme je l'ai toujours pensé, le Concordat fut une œuvre rétrograde et une faute politique. »

Tous les libéraux, en effet,' ont réclamé la séparation : des libéraux qui s'appelaient Prévost-Paradolj Jules Simon qui, en 1867, demandait à la tribune du Corps législatif la dénonciation du Concordat.

Enfin peut-on oublier que, depuis 1869, la séparation fait partie intégrante des programmes communs £ toutes les fractions de la démocratie républicaine (Applaudissements à U extrême-gauche et à gauche), qiu tous les républicains militants de ce pays, les Floquet les Gambetta, les Jules Ferry, tous ont inscrit dans leur programme la séparation des Eglises et de l'Etat "

Nous estimons qu'aujourd'hui la question est mûr* et que la réfbrme peut et doit être réalisée. Il ne fau plus qu'aujourd'hui l'ensemble des citoyens soien. obligés de contribuer aux frais d'un culte qu'ils n« pratiquent pas. Il ne faut pas admettre plus longtemps l'ingérence d'une puissance spirituelle extérieur* dans les afffaires de notre politique intérieure. Il fau que la France laïque, issue de la Révolution, romp» définitivement le lien qui l'attache à toutes les coi*

i LOI DE 5LI'.\HAI!0>

fessions religieuses. Il Faut en revenir, messieurs, à laformule de la Constitution de l'an III :

* Nul ne peut être empêché d'exercer, en se confor- ■ munt aux lois, le culte qu'il a choisi. Nul ne peut être forcé de contribuer aux dépenses d'aucun culte. La République n'en salarie aucun. » (Vifs applaudisse' mtnts à ("extrême-gauche et à gauche).

Dans la séance du mardi 12, la continuation de la discussion générale amenait à la tribune M.Plichon (droite), adversaire de la séparation, et M.Barthou, partisan du projet.

Le premier, annonçant qu'il voulait «dissiper les équivoques et déchirer tous les voiles», eombatlait cette assertion que « c'est l'altitude du Vatican qui a rendu la séparation inévitable, et que c'esl le pape qui a violé le Concordat » :

M.Plichon. — Non, ce n'est pas exact pour tout noniniede bonne foi... Non, la séparation a été voulue pr M. Combes ; il l'a voulue, il l'a préparée et il l'a réalisa ; c'esl lui qui doit en conserver la responsabilité devant l'histoire.

M- Alexandre Zévaèe. — Dites : le mérite.

M. Plichon, se plaçant ensuite au point de vue "ls'orique, et rappelant que « ce n'est pas la pierre fois que, dans notre pays, on se livre à un r'Miii île séparation de l'Eglise et de l'Etal, faisait e°suite à sa manière (1) l'histoire des rapports de

Oj gui est aussi celle de M. de Mun. Celui-ci, dans un de , a articles du Figaro, reproduits dans sa brochure : Contre * Séparation, u. ll>7, fait mit description assez fantaisiste

à02 LA SÉPARATION DES ÉGLISES ET DE L ÉTAT

l'Etat et des cultes pendant la période de note histoire qui va de 1794 à 1901 :

M. Plichon. — Je ne suis pas d'accord au point c vue historique avec l'honorable M. Zévaès et je va: essayer de vous prouver qu'au contraire la tentati\ de séparation, créée par la loi du 3 ventôse an III, produit dans ce pays des résultats déplorables, qu'ell Ta divisé en deux camps opposés, ennemis mêmi qu'elle a provoqué le désordre le plus lamentable, en est résulté une situation effroyable, à laquelle 1 Consulat n'a pu mettre terme qu'en calmant les espril par la paix religieuse.

M. Plichon terminait en disant qu'il ne pouva: comprendre la séparation que comme elle exist dans les pays de vraie liberté. Après avoir cité le exemples de la Belgique, de la Hollande, de

du régime des cultes pendant la période du Directoire, • feint de croire que c'est le retour de ces fantaisies que rê\ M. Eugène Réveillaud quand il exprime l'espoir (voir so discours cité plus loin) « qu'il y a lieu de laïciser même le églises. »

L'exemple de M. de Mun lui-même qui, pour laïque qu' soit, joue cependant un certain rôle même dans la plus clc ricale de toutes les églises, aurait pu cependant faire corc prendre au célèbre académicien, qu'on peut donner pic de part aux laïques dans le gouvernement, le contrôle et 1 direction même spirituelle d'une église, sans que cetl Eglise cesse pour cela d'être spécifiquement chrétienni Mais nous ne nous entendrions pas sans doute sur la défin tion de ce mot de « chrétien » par où je désignerais toi disciple sincère du Christ et de l'Evangile, et lui tout secta teur obéissant du pape, des jésuites et du Syllabus.

Etats-Unis, « où le pacte constitutionnel interdit non seulement au Congrès, mais encore à chacun des Etats de s'occuper des questions religieuses », le souvenir de la révocation de l'Edit de Nantes lui inspirait cette déclaration qui l'honore et qui constitue, tombant des lèvres d'un orateur catholique, une sorte d'amende honorable, en effet :

M. Plichon. — J'ai fini, mais je ne peux oublier que, le 22 octobre 1685, Louis XIV, pour assurer l'unité morale du pays, commettait cette faute incalculable qui s'appelle : la révocation tic l'Edit de Nantes.

Le 211 novembre 1903, M. Combes, successeur indirect de Louis XIV, justiliait ses mesures de persécu- | tioo en déclarant qu'il voulait, lui aussi, assurer l'unité I morale du pays, 11 chaussait les bottes du grand roi, I rt il tul, comme lui, couvert de louanges par ses conr-

Souhaitons que les mêmes fautes ne provoquent pas les mêmes ruines I

M Louis Barthou, dans son discours, « consacrai! successivement au principe de la séparation e' à ses modalités essentielles un examen rapide elloyal, afin de déterminer devant la Chambre et "evanl le pays les raisons décisives de son attitude "de celle de ses amis. »

■■■ Nous avons, eus et moi, depuis que nous siégeons sur ces bancs, voté chaque année, sur la demande des durèrent s ministères qui se sont succédé au pouv°'r, les crédits afférents aux dépenses des cultes. ''ous sommes décidés aujourd'hui à accepter leur oppression parce qu'elle nous apparaît, en même

temps que la dénonciation même du Concordat, coma la solution inéluctable qui découle logiquement d'é^ nements désormais historiques, et aussi parce qia seule, elle peut assurer la dignité intérieure et dignité extérieure de l'Etat français. (Applaudisse meœ à gauche et à V extrême gauche).

Le principe de la séparation, envisagé à un point c vue abstrait et comme une solution théorique, a rec contré peu de contradicteurs dans l'ensemble du par républicain. La séparation a toujours été un de articles essentiels du programme radical ; mais elle aussi trouvé des adhésions significatives de la pa: d'hommes qui ne siègent pas sur les bancs extrême des Assemblées.

M. Barthou déclare ensuite que, maintenar qu'elle est posée devant la Chambre, la questio doit être résolue sans plus de retard :

Je demande ce qu'il adviendrait si, le principe de ] séparation rejeté, nous allions devant les électeurs Pour ma part, je le dis parce que je le pense très pre fondement, j'estime qu'il vaut mieux avoir voté un texl de loi qui s'efforce, dans la mesure du possible, d dissiper ce qu'il peut y avoir de légitime dans ce] taines appréhensions et dans certaines protestation: (Applaudissements à gauche).

D'ailleurs, quoi qu'il advienne, les élections s feront sur la question de la séparation des Eglises * de l'Etat ; on nous l'a indiqué déjà, et il y a quelque jours un dominicain sécularisé, dont on aurait peu' être attendu un peu plus de prudence et un peu plu de sagesse, le R P. Maumus, écrivait une lettre dan laquelle il dénonçait la folie sectaire de la majorit républicaine.

m: SÉiMHAïlOM 305

A droite. Il a raison.

M. Louis Barthou.., dans laquelle il disait que la niajnrilé républicaine voulait fermer les églises et réduire les prêtres à la misère. Il n'y a qu'un moyen de répondre à ces accusations injustifiées : c'est de Remontrer que la séparation peut se l'aire avec la liberté de conscience, que la séparation peut se faire i liberté des cultes, et qu'elles en sont, comme je l'ai dit en commençant, les conditions inséparables. (Trœ bien ! très bien .' à gauche} .

La liberté de conscience et la liberté des cultes, qui en est à la fois l'expression et le corollaire, sont à Coup sûr les conquêtes les plus précieuses de la Révolution française. Toute loi qui leur porterait atteinte serait une loi sacrilège, destinée à périr par le principe infermerait en elle. Certes, je peux comprendre à la rigueur que la liberté de conscience soit violée, qu'elle soit reniée par ceux qui parlent au nom de la révélation ou au nom d'un dogme infaillible (ÏWl bien ' très bien ! à gauche) ; mais je ne sais rien déplus odieux que l'intolérance religieuse exercée au ootudcla libre pensée. (Appluudissements à l'extrême flfWcfte et <i gnuche. — Exclamations ironiques à droite.)

M. Barthou, critiquant ensuite l'article 4 du projet de la Commission, demande à celle-ci plus de précision au sujet de la dévolution des biens des fabriques cl des consistoires.

Un amendement, dont l'honorable M. Ribot est l'un des signataires, indique que le tribunal devra précisé- "^l attribuer les biens à l'association cultuelle qui Wl désignée par l'évêque.

^'amendement a réuni un très grand nombre de

signatures et, quoiqu'elles soient considérables, peut-être même parce qu'elles sont considérables, apparaît comme un peu suspect à la commission et son rapporteur. (Sourires).

Mais j'aperçois devant moi l'honorable M. Réveillai dont les tendances et les opinions ne sont pas, j'im gine, suspectes à la commission présidée par l'h. norable M. Buisson.

M. Réveillaud a repris le contre-projet qu'il avi déposé antérieurement au rapport de l'honorab M. Briand. Que demande-t-il ? Que l'association ce tuelle à laquelle les biens seront dévolus soit dés gnée par le consistoire pour les protestants et p> l'évêque pour les catholiques.

M. le Rapporteur. — Ce n'est pas assez. P l'évêque, c'est insuffisant. Le reproche que je fais à c amendements, c'est de n'être pas complets.

M. Eugène Réveillaud. —J'expliquerai mes intei tions.

M. Louis Barthou. — Ce n'est pas à moi, monsiei le Rapporteur, que ce reproche s'adresse. Retourne vous du côté de M. Réveillaud et dites-lui que se amendement est incomplet.

Mais si vous l'acceptez avec l'intention de lecoxnplter, j'arrête mes explications, car vous m'avez dom une satisfaction plus grande que celle sur laquelle j comptais.

En effet, je tiens à dire que je comprends à me: veille vos appréhensions. Vous les avez manifestée dans l'interruption que, sur un point particulier, voi avez faite au discours de M. Paul Deschanel. Vot avez dit à M. Paul Deschanel : « Vous vous préoccupe donc de maintenir l'unité de l'Eglise catholique? »

M. le Rapporteur. — Romaine ! (Exclamations à droite il au centre).

M. Louis Barthou. M. Deschanel vous a répondu ou à peu près :« Je n'ai pas une préoccupation de cette nature ». Je ne l'ai pas davantage, et cela ne me regarde pas. Mais comme législateur, monsieur le rapporteur, j'ai un souci : je ne dirai pas que ce soit celui de Taire une loi loyale— car je ne me permettrais pas démettre un instant en doute votre loyauté, qui est reconnue de tous les partis dans cette Chambre — j'ai le devoir de faire une loi claire, vivante et durable. Or, celle loi ne sera vivante et durable qu'à la condilionque vous indiquiez ses moyens d'application.

Pourtant je comprends si bien vos appréhensions lue je m'y associe dans une certaine mesure. Vous ne 'oulei pas que ce soit l'évéquc qui, nécessairement, «fligltoirement, désigne l'association cultuelle à laquelle les biens seront attribués, parce que vous ne wuleipas reconnaîire ainsi une autorité qui doit disparaître au lendemain de la séparation.

M, Lemire. — Elle ne disparailra pas du tout.

".Louis Barthou. — Vous redoutez aussi un mol o ordre ; vous craignez que l'évèque, donnant ses "■•tractions au clergé, ne reçoive lui-même le mot ■ordre du pape, et qu'en fin de compte, de par la loi, application de la loi ne soit remise à l'autorité ponti- Ccale. ( 7*/'és bien ! très bien ! à gauche).

Je comprends celte objection. Mais alors je demande ^; v'hih feriez une opposition aussi absolue à un système qui ne v0 pas aussi loin que celui dontj'ai trouvé '"pression dans les amendements de M. Bibot et de

■ li,"":illaud. N'admettriez-vous pas que l'établissemen' public, avant de procéder à la dévolution des

biens, prenne l'avis — un avis qui ne serait pas : ratif — des autorités ecclésiastiques actuelle reconnues ? Ainsi, le tribunal, sans être lié, aun moins des éléments d'appréciation.

Citons enfin la conclusion de l'éloquent ora

M. Louis Barthou. — La loi, par la substitutic contributions volontaires aux salaires et aux su tions de l'Etat, aura pour effet de bouleverser modifier du tout au tout des habitudes plus que laires.

Selon qu'elle ménagera ou qu'elle brusquer 'transitions, selon qu'elle respectera ou qu'elle pa froisser les croyances, selon qu'elle s'inspire l'esprit de liberté ou qu'elle cédera à l'esprit de la séparation sera une solution bienfaisante ou h redoutable des aventures. Son avenir, son sort succès sont presque uniquement liés, messie votre prévoyance et à votre sagesse. (Applaudisse à gauche).

La séparation des Eglises et de l'Etat devait i ment, à une heure que les événements ont préc peut-être, suivre la séparation de l'Eglise et de l'< Ces deux grandes réformes, dont on peut dire qi première a annoncé, préparé et commandé la sec auront assuré, dans la République libérée de domination et de toute tutelle confessionnelle, Te de sécularisation entreprise, vous savez au milu quels périls tragiques, par les trois grandes A blées de la Révolution.

Elles ne suffiront pas pourtant à épuiser l'actif à remplir la tâche du parti républicain. D'autres t et d'autres réformes tenteront sa volonté et son rage. Il dépend de vous, messieurs, de lui rend liberté qui lui est nécessaire pour s'absorbe

entier ilans l'étude des vastes problèmes dont la solution apportera à la démocratie confiante moins d'inégalités, une justice meilleure el une plus large humanité, (lï/s o/)/)/rii(</f'sse/ii<'n/s d yattc/ie, « l'extrême gauchi et sur divers bancs au centre).

La discussion générale reprenait dans la 2e séance du jeudi 30 mars. La Chambre entendait, dans cette séance, MM. Denys Cochin, Régnier et Rakrli.

M. Denys Cochin, considérant que la question Irailêe « n'est pas seulement une question intérieure, mais touche aux affaires étrangères par beaucoup de points », exposait qu'à- ses yeux, "qu'on le veuille ou non, il s'agit d'un traité — le Concordat — c'est-a-dire d'un engagement de la Fiance, et qu'une parole donnée par la France, ""■me quand elle est donnée au pape, ne peut ^'re rompue ni modifiée dans ses termes sans un

M, Denya Cochin. — Je me rappelle et j'ai le droit w rappeler ici l'admirable discours d'un homme qui Mail certainement pas un catholique comme je le "lis et comme je déclare l'être, mais qui était en poli- 1<pie d'une bien grande envergure, je veux dire M. Rfters. .le me souviens du discours où il affirmait que k France aurait lort de rompre devant l'Europe avec le monde catholique dans la situation où elle se trouvai! alors... Mais je ne veux pas traiter ici la question rilérieure. Je me contenterai donc, mon cher rappor- ' leur, si vous le vouiez bien, de discuter avec vous. Je serai forcé pour cela de paraître me rendre coupable

d'un défaut dont je suis, j'espère, assez peu coutumii de quelque pédantisme. Je serai obligé de me poser peu en historien, puisque vous l'avez fait vous-mên Je ne le ferai que le moins possible et avec une craii bien naturelle.

... Je ne me permettrai donc pas de critiquer erreurs que vous avez commises et que j'aurais co mises à votre place. Vous avez d'abord été certaii ment victime de votre imprimeur; quel terri! imprimeur, et que de fautes répétées ! (On rit.) Péj le Bref, capétien; les Tuileries sous Henri II; In: cent III en querelle avec Philippe le Bel. Tout cela sont des fautes d'impression malheureuses...

... L'histoire de l'Eglise, je vois bien comment v« vous la représentez ; vous admettez a priori c€ invasion de Rome voulant, dès les siècles les p reculés jusqu'à notre temps, écraser le pouvoir ci s'en emparer, en s'arrogeant tous les droits. Vous l'ii ginez comme une œuvre diplomatique, comme i vaste intrigue fondée au début sur un rien, sur faux, sur un mensonge, et qui cependant, à travers siècles, arrive à de prodigieux résultats.

Votre imagination me fait penser — je vous demai pardon de la comparaison — à un conte d'Hoffma celui de Y Homme qui avait perdu son ombre. Vous s venez- vous? Cet homme que son ombre fatiguait i laquelle il dit un jour : Souffrez que je vous qui Imprudemment il avait donné cette permission l'ombre, s'agitant à son tour, dansant autour de entrant dans sa maison, avait fini par s'emparer p< peu de sa situation, de sa femme, de ses biens, tout ce qui lui appartenait. Voilà le mauvais r d'Hoffmann, l'ombre qui s'était emparé de tout. C ainsi que vous vous représentez l'histoire de l'Eg

t «lu pouvoir civil. (Applaudissements à droite et an

œ titre.)

M. Jaurès. — L'imprimeur a tort ici également, {Protestations à droite.)

Vous savez que je suis de ceux qui vous écoutent le plus respectueusement, mais, en réponse à la petite malice que vous avez décochée au rapport, laissez-moi vous dire que l'imprimeur, ceLle lois-ci encore, a commis une coquille, car le conte de l'homme qui a perdu lonombre n'est pas d'Hoffmann, mais de Chamisso. (Sourires.)

M. Denys Cochin. — Je suis très reconnaissant à H. Jaurès, mais je ne suis pas honteux. J'ai commencé par dire à M. Uriand que je n'étais pas un érudit ; je me suis permis d'ajouter que je commettrais des erreurs, comme il en avait commis aussi. Vous éles Mutent, monsieur Jaurès, nous en avons commis tous le>, deux I

Maintenant, permettez-moi de continuer; je nem'arffle pas à ces petites inexactitudes, et je vous remercie d'avoir relevé celle que j'ai commise.

■levais, monsieur Briand, vous poser une question plus grave. Est-il possible que cette histoire de l'Eglise catholique — notez bien qu'ici j'essaye non pas d'être "u historien, mais un homme de bon sens,— est-il possible que cette histoire ne soit qu'une vaste "ilriguc, appuyée par une merveilleuse diplomatie 7

^ous savons ce qu'a été l'Eglise au moyen -âge. "'ppelez-vous cette belle page de Taine — un homme ffi n'était pas non plus un catholique — au début de son livre l'Ancien régime... Je me demande si ce que 'nus appelez l'envahissement du pouvoir religieux arasant le pouvoir civil, n'était pas au contraire l'an-

nonce d'une bonne parole dé paix et de justice a portée au milieu de la sauvagerie et de la barbarie l'Europe. (Applaudissements à droite et au centre.)

Pouvoir temporel, pouvoir spirituel, les deux exi tent. Mais, messieurs, qu'est-ce que la tyrannie?

La tyrannie, c'est la confusion de ces deux pou voi dans la même main ; c'est le pouvoir temporel, celui d intérêts, voulant pénétrer dans les consciences, da les esprits, dans les raisons philosophiques, voula imposer une croyance, la faire partager de foret Voilà ce qu'on appelle la tyrannie. (Applaudissement droite, au centre et sur divers bancs à gauche. — R meurs à V extrême-gauche. \

Cette tyrannie n'a pas commencé chez nous ; elle débuté avec les Henri VIII, les Elisabeth, les Jacqu* Stuart, avec les rois qui ont voulu, en même temp être des papes, avec les rois qui ont voulu confond le pouvoir civil et le pouvoir religieux. (Applaudis* ments à droite. — Rumeurs à V extrême- gauche.)

... Chez nous, à la fin de la monarchie, cette de trine apparaît, sous l'influence, je crois, de tous c <r cavaliers » qui arrivaient, après la révolution m glaise, avec les rois en exil, apportant le respect re. gieux de ces monarques malheureux et exaltant, £■ dessus de tout ce que l'histoire avait connu, au-dessi de tout ce que la raison pouvait admettre, la personi royale et les édits du roi. C'est alors qu'on vit la rév cation de l'édit de Nantes ; mais je ne crois pas n tromper en disant que ce qu'on appelle un peu léger ment l'institution des libertés gallicanes, qui date * 1682, trois ans avant la révocation, entrait dans même plan...

Mais cette confusion affreuse des pouvoirs, ce Lévi

than de Hobbes, croyez-vous que la i u? J'ai lu ces jours-c

ni,-

i connu ? J'ai lu ces jours-ci un livre bien beau, signé 1 que vous respectez, du nom d'un homme que vous ne m'accuserez pas d'avoir consulté — c'est Kcimond de Pressensé, un bon protestant, un bon libéral et un bon Français. Edmond de Pressensé, lorsqu'il parle de Jean-Jacques Rousseau, dit: « Jean- Jacques Rousseau, c'est Louis XiV en carmagnole «; et il a raison. {Très bien ! très bien ! à droite.)

.. Nous sommes bien loin, me direz-vous, de tout cela, et vous aurez raison. Oui, l'humanité est très loin de ces doctrines absolues.

Je crois que l'exemple des grandes républiques, comme celle des Etats-Unis où, venant de la vieille Europe, catholiques, protestants, israéliles, librespenseurs, ont vécu et travaille ensemble à la prospérité de ce monde nouveau ; je crois que l'exemple de Brands pays libres de l'ancien monde, comme l'Angleterre, où l'on a vu contribuer a la grandeur de la pairie des hommes prolessant des opinions religieuses différentes, permet de conclure à la disparition de ce ¥ieux préjugé atroce, exprimé dansje ne sais plus quel ""aité par ces simples mois : Cujus rei/io, ejus reliyio... Je crois que les princes et tes parlements se sont aperçus qu'il était permis de penser différera ment et Û* travailler tous ensemble à la chose publique; je crois que les haines entre telle ou telle forme de reli- Ston, telle ou telle manière de s'incliner devant la biviDité, se sont éteintes, et que les gouvernements se wniaperçus que ceux qui pratiquaient sincèrement *' lionnélemenl la religion sous ses différentes formes, Wlholique, protestante ou israélile, étaient les uns tl 'es autres dignes de servir ensemble leur patrie et

qu'il y avait, parmi ces différents hommes, de bos citoyens.

Je crois qu'on s'en est aperçu ailleurs, et, surto « parmi les Anglo-Saxons, cette idée a bien vite trions phé !... C'est ainsi que, dans ces grands pays protêt tants, la liberté est comprise.

Nous, messieurs, nous avons les qualités et 1 J défauts de notre race ; nous sommes des philosopha nous sommes des logiciens... Mais nos qualités so^ aussi nos défauts, et je crois qu'au temps où no « sommes, tandis que les autres sont arrivés à cette to7 rance philosophique et politique que j'essayai de décris nous sommes restés un peu trop d'intolérants phiEZ sophes... Interdire à un homme, parce qu'il est prê d'enseigner la physique, la géométrie, est-ce que v croyez que cela soit bien différent du fait de prencH les livres d'un homme pour les faire détruire p^ la main du bourreau ? Voilà ce qu'on voit chez noc— ( Vifs applaudissements à droite et au centre).

Revenant au sujet qui nous occupe plus direc "* ment, si Ton nie demandait : « Mais pourquoi donc J voulez-vous pas accepter la liberté, que vous renco> i trez, que vous saluez dans d'autres pays ? Ne pou rait-elle pas fleurir aussi dans le nôtre?» Je répondra que, dans ces autres pays, l'expérience des dernier ^ années prouve que les mœurs libérales sont miel* établies et j'ai peur que nous ne les trouvions p& encore dans le nôtre.

J'entendais avant-hier, ici, M. Barthou prononcer .ui discours très éloquent et, sur beaucoup de points, trè libéral. Il disait : « Il faut rompre le Concordat, ma* dans un esprit de liberté ; il faut le faire avant 1^ élections, afin que Ton nous connaisse bien et que Yo n'interprète pas faussement notre pensée. »

Je ilis au contraire que je m'en tiens à ce que nous avons, parce que l'expérience du passé me fait craindre que la promesse de liberté qu'on nous l'ait ne soit pas tenue. (Très bien ! très bien ! à droite et au centré).

Jusqu'à nos jours, le Concordat a donné et il donne encore de très bons résultats... On dit qu'il a cessé d'exister parce que certaines difficultés ont empêché la nomination de quelques évêques... Mais quand même il y aurait — et il y en a — des difficultés quant à la nomination de ces évêques, si le Concordat vous semble rompu cnlrc un ministre et un secrétaire d'Etat du pape, ne puis-je pas dire que, dans 30.000 communes de France, le Concordat existe et qu'il fonctionne fort bien et très pacifiquement 1

Est-ce que, dans loutes les communes, le Concordat n'existe pas? El vous voulez le rompre ! Voulez-vous courir cette aventure de retirer à l'Etat le droit qu'il a et qu'il importe à mon avis de lui maintenir dans le choix des évoques? Voulez-vous courir aussi cette aventure si grande de jeter le trouble dans toutes les communes ? Ne prévoyez-vous pas les violences, les "pulsions ? Il faudra bien en arriver la un jour ou ^«utre, car un tel bouleversement ne saurait être acteplé de bonne volonté et tranquillement.

N'avez-vous pas peur des mesures violentes qu'il «mira prendre pour fermer des maisons et jeter dehors certaines gens qui ont l'habitude de les regarder t(Mune leur toit ? Voyez-vous dans deux ans, dans "*t« les communes, dans loutes les circonscriptions, 'uns ces braves curés âgés, infirmes quelquefois, expulsés de chez eux? Envisagez-vous tous ces êvénemcnls?... Vous voulez, dites-vous, prendre des mesures libérales. Si vous voulez aboutir complètement,

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