DISCOURS DE M. EUGÈNE RÉVEILLAUD
Séance du mardi i auril.
M. le Président. — L'ordre du jour appelle la suite de la lre délibération sur le projet de loi et les diverses propositions de loi concernant la séparation des Eglises et de l'Etat.
Je donne la parole à M. Réveillaud dans la discussion générale.
. Eugène Réveillaud. — Messieurs, j'ai le très grand et redoutable honneur, que je n'ai pas cherché, de succéder à cette tribune à l'orateur éloquent, à ' homme d'Etat éminent qu'est l'honorable M. Ribot. J*en sens vivement tout le poids. Aussi, pour me justifier d'inlervenir dans la discussion générale, alors que plusieurs d'entre vous commencent à estimer que cette discussion a déjà beaucoup duré, que ce débat est presque épuisé (Dënryations au centre), et de prendre 'a parole après des orateurs aussi qualitiés et aussi e,ninents que la plupart de ceux que nous avons entendus, j'éprouve le besoin de m'autoriscr d'un autre *'tre que du droit reconnu à chacun de nous d'apporter Jci son opinion personnelle dans un débat de première ,n*portance pour l'avenir de notre pays, pour les intérels moraux, politiques et religieux qui sont engagés ^Hs ce grand débat. Ce titre, j'ai pensé le trouver dans ^ Tait — vous me permettrez de le rappeler — que j'ai eté en quelque mesure le promoteur, l'initiateur de la ^°tion par laquelle cette grande idée de la séparation . es Eglises cl de l'Etat, depuis longtemps agitée dans ' "Vague de manifestations de presse, a pris corps dans
le Parlement par le projet de loi qui nous est soumis et a été amenée au point de précision et de maturité où nous la voyons aujourd'hui. Je veux faire allusion à mon intervention dans la séance du 20 octobre 1902, alors que cette Chambre était saisie d'une proposition de loi d'un de ses membres, M. Ernest Roche, qui nous demandait, nous sommait presque de faire au pied levé, toutes autres affaires cessantes, la séparation des Eglises et de l'Etat en prononçant l'urgence sur sa proposition. Or, cette proposition m'apparaissait, ainsi qu'à plusieurs de mes collègues des mieux disposés pour le principe de la réforme, comme insuffisamment étudiée et mûrie.
Par exemple, l'article 1er décidait que « toutes les Eglises aujourd'hui reconnues et subventionnées étaient ^ séparées de l'Etat » hic et nunc. C'était donc le Concordat^ supprimé en tait ; or, un article subséquent — l'article6prononçait qu' « une loi spéciale aurait à déterminer 1 mode à employer pour la dénonciation du Concordat*^ (On rit.)
Laisser la Chambre se prononcer sur l'urgence de cette proposition, c'était risquer de la faire repousser par la majorité de cette Assemblée et de constituer ainsi une prévention contraire au principe même de la séparation, et cela contre les intentions et les vues de plusieurs d'entre nous qui désiraient que la loi de séparation fût votée dans cette législature même, mais qui se rendaient compte qu'elle ne pouvait l'être qu'a la condition d'avoir été au préalable sérieusement étudiée et préparée. (Très bien', très bien! à gauche-)
Pour éviter donc le risque que le rejet probable à& l'urgence sur la proposition de M. Ernest Roche D^ laissât planer une équivoque sur les dispositions de i-^ Chambre et ne créât même une présomption défavorabl *
au principe qui nous tenait à cœur, je demandai que * proposition lirnest Hoche, ainsi que celle de notre collègue H, Dejeante qui avait été déjà déposée, et celle 4t M. Francis de Pressensé, qui était dès lors annoncée, tasenl renvoyées à une grande commission de trente- 'rois membres que !a Chambre aurait à nommer et qui, Misie de toutes les propositions de même nature, les examinerait au fond, pourrait en provoquer ou en êludier d'autres, pour nous apporter ensuite son rapport avant la tin île la législature.
I>ece côté de la Chambre da droite), on m'interrompit er* (lisant avec une intention d'ironie : « Ce sera un erMerremenl de première classe ». Je répondis qu'à r**'^ sens c'était au contraire le moyen le plus sûr de a i re sortir la thèse séparatiste des limbes de vaines et stériles manifestations purement démonstratives et Platoniques, pour la l'aire entrer dans l'ordre de ta vie, iur la placer sur un terrain pratique et lui donner les "*>oiHeures chances d'aboutir.
La Chambre voulut bien, à une imposante majorité, n>.' donner raison et voter ma motion. L'événement a îuslilié mes prévisions puisque, aujourd'hui, giv.ee aux Kudes de la grande commission par vous élue, grâce k ses travaux rélléchis et sérieux, grâce aussi, il faut le dire, au concours que le Gouvernement a été amené * lui fournir, celle Chambre se voit aujourd'hui saisie d'un projet de loi qui a tout le caractère de maturité, "I* sagesse, de vues pratiques qui permettra à la majorité <lc cette Chambre, acquise, en principe, a ta séparalion. île la voler et de mener celte glande réforme à ■: (Très bicn\ très bienl à gauche.) •J« sa première séance, en effet, la commission des ''cnioirojs, par 17 voix contre 15, prenait la résolution s",vante : « La commission décide qu'il y a lieu de.
séparer les Eglises et l'Etat, et de commencer l'examen des systèmes divers proposés pour remplacer le régime du Concordat. »
La minorité n'a pas refusé son concours à la majorité pour les études, les recherches et les critiques indispensables pour faire un projet qui réglât les points controversés et complexes de cette difficile matière. Aucune obstruction de parti pris n'a retardé les décisions définitives de la commission ; et celle-ci s'est trouvéœ prête quand les événements extérieurs sont venus précipiter la solution et en démontrer l'urgence.
Elle nous apporte le projet que nous avons devant nous, pi ojet complet, digne du sujet, introduit par u^c:
rapport dont on peut déclarer — et je suis d'autant plu
à l'aise pour donner cette appréciation que M. Brian» m n'est pas ici, empêché par une indisposition que noo^ sommes unanimes à regretter — que c'est un monumenm considérable de labeur docte et consciencieux. (7>^J bien ! très bien ! à gauche.)
Qu'il me soit donc permis de dire que je m'honon~^ d'avoir eu l'initiative d'une motion qui a eu déjà dL^ tels effets et est à la veille de nous en donner d'autres-» plus féconds et plus grands encore.
Je pourrais invoquer, messieurs, un second titre ^ votre bienveillance. Jemveux parler de la contributif ** que j'ai pris à tâche d'apporter aux travaux de J-^ commission, en la saisissant, dès le début de ses travau^^-» d'une proposition de loi qui été signée, conjointemec** avec moi, par quinze de mes collègues qui siègent (ï- * ce côté de la Chambre (la gauche), et que le rapporte a bien voulu qualifier avec éloge en l'appréciant en c termes :
« La proposition de M. Réveillaud, présentée 25 juin 1903, est marquée par un caractère vraimei
Vibéral, mais tient compte des nécessités et des droits de la société civile.
" Suivant un plan très net, elle garantit la liberté religieuse et n'y marque d'autre limite que celles demandées par l'intérêt public. »
Les paragraphes suivants du rapport résument et indiquent, dans leurs grandes lignes, le sens et le caractère de notre proposition de loi où la commission a pu prendre quelques-unes de ses inspirations, car j'ai eu la satisfaction de retrouver dans les articles de son projet la plupart des intentions du nôtre. Sur trois ou quatre points seulement, des différences séparent les deux rédactions ; encore sont-elles secondaires, et non essentielles. Sur un point particulier, le rapporteur de la commission déclare même nous avoir fait un emprunt littéral. Il écrit :
• La proposition de M. Réveillaud contient un article dont le principe a été repris et adopté parla commission.
* Il fixe le maximum des valeurs mobilières placées l[i litres nominalifs au capital produisant un revenu le pouvant dépasser la moyenne des sommes dépensées pendant les cinq derniers exercices. »
J'ai repris comme contre-projet notre proposition,
"'"si appréciée. C'est vous djre, messieurs, que le
Projet de la commission, quel qu'en soit le mérite, quel
qu'ait été l'effort fail par ses auteurs pour donner satis-
'aclion à nos intentions libérales, ne m'a pas paru
3ksohimcnt satisfaisant, n'a pas entièrement répondu
1 ' idéal que j'avais dans l'esprit en rédigeant ma pro-
P°sjiion. Il prête le liane à des critiques que j'ai l'inten-
'°n d'exposer. .le m'empresse pourtant d'ajouter que
'e reconnais l'effort très louable, très consciencieux
^t par la commission tout entière pour asseoir ses
resiolutions sur le terrain de la justice et de la liberté.
Si, après que j'aurai défendu mon contre-projet ou les amendements que j'en puis extraire sur les points où il se différencie des solutions de la commission, la Chambre décide de les repousser, je déclare d'avance que je suis tout prêt à me rallier au projet de la commission et à voter non pas seulement le passage à la discussion des articles, mais encore l'ensemble du projet de loi. (Très bien I très bien I à gauche.)
C'est vous dire que je suis foncièrement, jusqu'aux moelles, un séparatiste convaincu. Je l'ai toujours été.
Je l'étais, il y a plus de trente ans déjà, dès mon entrée dans la vie politique. Et quoiqu'il soit peut-être un peu présomptueux de se citer soi-même, je voudrais vous prier de me laisser en fournir la preuve par le citation de quelques passages d'un opuscule que j'ar publié en 1874, sous le titre : Manuel du citoyen. C'étar* un de ces petits écrits didactiques ayant pour but, suivant le conseil que donnait hier M. Ribot au part . républicain, de propager dans le pays les idées qui nous sont chères et de faire l'éducation de nos concitoyens avant d'accomplir l'œuvre législative qui traduit ces idées en réalités.
Un chapitre de ce petit traité était consacré à la* séparation des Eglises çt de l'Etat.
« Cette question, disais-je, delà séparation des Eglisess et de l'Etat est assurément une des plus importantes* qu'on puisse soulever et nous n'hésitons pas à la mettre en tête du programme républicain que nous essayons de tracer.
« Nous avons entendu des esprits fort judicieux, très attachés à la République et à la démocratie, se diviser sur cette question, les uns affirmant que nous n'avions qu'à gagner à proclamer le principe de l'indépendance
îles Eglises à l'égard de L'Etat, les autres soutenant que telle indépendance nous serait funeste.
« La raison de ces derniers était qu'à tout prendre, l'Etat est d'ordinaire plus libéral que les Eglises, que lesbesoinsde domination qui se rencontrent notamment chez les sectateurs militants du catholicisme (Rires ironiques à droite) trouvent dans la suprématie rie l'Etat, consacrée par le Concordat, un frein nécessaire... a M. Charles Ben ois t. — C'est vrai.
M. Eugène Réveillaud. — Je ne m'étonne pas de "Votre adhésion à cette opinion, monsieur Charles ESenoist.
M. Charles Benoist. — Mais je l'ai exprimée aulre- ■xient.
M. Eugène Réveillaud. — « ... que si l'Etat fait, à "Vrai dire, la part fort belle aux ministres des cultes, en les payant sur son budget, en leur édifiant des temples, «Ses autels et des chaires, il y gagne d'être à l'abri des polémiques et des querelles qui ne manqueraient pas «ï* s'élever contre lui de ces mêmes chaires, s'il leur retirait sa tutelle ; que l'Eglise ayant été de tout temps considérée comme un instrumentait! regni, il importe de ne pas enlever à la République, pour le laisser aux n,ains d'adversaires, cet instrument utile, et qu'enfin, s' la liberté perd de ses droits à maintenir le Concordat, *a raison d'État y gagnera... »
" D'ailleurs, ajoutent les personnes dont nous repro- Ihons ici l'opinion, il ne faut pas croire que la suppression du budget des cultes desservirait le clergé en aî»jiauvrissant... Vous y gagneriez qu'ils crieraient à q persécution, au vol d'un bien qui leur était légitiiue- ^eOt du [Très bien I très bien ! à droite), et qu'ils atten-
driraient au tableau de leurs prétendues infortunes des cœurs qui sans cela leur seraient restés fermés. »
Vous voyez que j'exprime très nettement une objection qui avait cours, à ce moment déjà, dans une partie de l'opinion républicaine.
« Craignons de voir renaître en France le fanatisme des individus et les haines de secte à secte. L'autorité de l'Etat étendue sur tout cela est notre sauvegarde à ^ nous, libres penseurs, et c'est aussi la meilleure garantie ^ de la paix publique. Ne lâchons pas la proie pour— 3 l'ombre et payons la dorure pour maintenir aux main&E de l'Etat la chaîne dorée qui nous protège.
« Ainsi raisonnent certains politiques de notre con — j naissance et nous avouons que quelques-uns de leurss motifs sont faits pour nous émouvoir. Cependant, après réflexion, nous nous prononçons par l'opinion contraire œ pour celle qui « lâche la proie » au profit de la liberté^
« Car ce que nous voulons voir surtout dans la ques^s tion qui nous occupe, c'est ce grand intérêt de la liberté de conscience. Le Concordat, c'est à la fois l'abaisseme de l'Etat et l'avilissement de l'Eglise...
« Est-ce dire que l'Etat ne garde pas, dans une certain mesure, son droit de réglementation, de surveillance de police? A Dieu ne plaise! L'Etat a ses lois, qu'il n peut permettre à personne d'enfreindre, pas plus souprétexte de religion que sous tout autre. L'Etat a s^ charges, charge de défendre la propriété, charge d protéger la sécurité des personnes, charge de veiller l'observance des mœurs. Il ne saurait tolérer des pré dications, ni des maximes, ni des religions qui contr^^ viendraient à tout cela. D'accord. Mais en dehors d ce domaine, les opinions lui échappent. L'Etat n'a pa charge d'âmes, et toute ingérence de sa part dans
matières qui ne relèvent que de la conscience est une usurpa lion. »
Mon but, en reproduisant ces lignes, n'est pas, uniquement, de prouver que je n'ai pas changé d'opinion depuis trente ans, que je suis resté fidèle aux principes de toute ma vie — beaucoup d'entre nous peuvent se rendre la même justice; —je veux aussi montrer que ces objections que nous rencontrons aujourd'hui devant nous, qui ont trouvé des interprètes éloquents dans cette discussion en la personne de M. Ribot et, avant lui, de M. Charles Benoisl et de quelques autres, étaient dés ce temps-là d'expression courante, et nous étaient opposées par certains républicains qu'on peut qualifier d opportunistes, j'emploie ce mot dans son meilleur sens. Eh bien! oui, au temps où j'écrivais ces lignes, il y aurait peut-être eu, je le reconnais volontiers, quelque, péril à faire la séparation; j'admets que le pays, au 'L'ndcmain de la guerre de 1870, sous le régime de 'Assemblée nationale, n'était pas encore prêt pour cette Scande réforme. Maïs il y a trente ans passés de cela, e* depuis lors la réforme a eu le temps de mûrir ; le P3>s a pu s'instruire et former sou jugement; il s'est "'struit des causes et des elfels de nos désastres mêmes. cet|e fatale guerre de 1870 n'a-t-elle pas été attribuée, avoc apparence de raison, à l'ingérence et l'influence ''e l'impératrice, instrument du parti clérical... (Interrt*j3lions à droite.)
^bi. Fabien-Cesbron. — Personne ne croit plus à Celte légende.
id. Eugène Kéveillaud. — ... disant à propos de c^lle guerre : « C'est ma guerre à moi, je la veux. »
M. Charles Benoist.— C'est Bismarck qui l'a voulue; l* l'a faile a sonheureetill'a préparée pendant longtemps.
M. Arnal. — Rappelez- vous la dépêche dEms.
M. Eugène RéveillaucL — Nous avons souffert depuis lors de l'ingérence, de l'influence persistantes du parti clérical dans nos affaires intérieures et nous l'avons toujours trouvé l'adversaire de la République, de la démocratie et des idées modernes. (Très bienl très bien l à gauche.)
Gambetta en jugeait bien ainsi : par deux fois, à Lille et à Romans, aux deux extrémités du pays, afin qu'on l'entendit bien, pendant la période néfaste du 16 mai, il signalait le péril, indiquait d'où était venu le mot d'ordre qui avait abouti à renverser le gouvernement populaire de Thiers et à lui substituer le gouvernement du maréchal de Mac-Manon, le « gouvernement de combat », qu'on a appelé aussi le « gouvernement des curés ». — « Le cléricalisme, disait Gambetta, voilà l'ennemi ».
M. Julien Goujon. — Il n'a pas dit : « La religion, voilà l'ennemi ».
M. Eugène Réveillaud. — Nous sommes d'accord,, et vous verrez tout à l'heure, mon cher collègue, que je distingue très nettement le cléricalisme et la religion* Gambetta n'a visé en effet que le cléricalisme, c'est-àdire, autant qu'on peut définir le mot, l'exploitation de l'idée religieuse, de la religion mise au service des. intérêts et des ambitions du clergé. Le cléricalisme ainsi caractérisé, — et si je voulais mieux marquer ma pensée, je dirais : l'ultramontanisme ou mieux encore le jésuistisme, qui en est l'agent, — a toujours été, en effet, contre le progrès républicain, contre le programme de la Révolution ; il a toujours représenté en France le parti et les idées contre-révolutionnaires.
Le peuple, qui voulait, lui, l'affermissement de la
la loi m; siirAHA'L'inN 249
République, qui ne voulait pas renoncer aux conquêtes, ni aux principes de 1789, le peuple a bien vu que le parti clérical était constamment prêt à saper l'édifice qu'il voulait construire ou compléter.
Dès lors, par la faute de ce parti et de ses agissements, le pays s'est de plus en plus détaché et du clergé et <âcs congrégations qui faisaient cause commune avec lui et il en est arrivé — les dernières élections l'ont a ssez montré et déjà les élections précédentes l'avaient inrtiqué — à manifester très nettement son opposition ^* u cléricalisme, à chercher les moyens d'en finir avec s»«n ingérence abusive, et, se disant que le clergé lirait Sa force du Concordat, à souhaiter la rupture du lien •concordataire qui unissait, qui enchaînait l'Rtat a l'Eglise, représentée par un clergé militant, hostile à •*us institutions. (Très bien ! 1res bien ! à gauche.)
Pour ne pas remonter plus loin que les dernières élections, comment oublier cette campagne violente, furieuse, que le parti clérical a menée contre tous les r«publicains dont on a dénaturé et calomnié les intentons, contre le Gouvernement, représentant la majorité "o Parlement et issu de ses suffrages? Vous vous sou- Venez de ces affiches dans lesquelles le gouvernement 'Je -M. Waldeck-Rousseau était qualifié de ministère de ^ranger.
M. le baron de Boissieu. — C'était la vérité. M. Eugène RëveiUaud. — Non, ce n'était pas la 'é^ïtè, mon cher collègue.
fieL le baron Boiasieu. —L'affaire Dreyfus l'a prouvé. ^st de l'actualité.
fttf. le Président. — Messieurs, cette discussion se ^Ursuit dans le calme, et je puis dire, dans la dignité ; faut continuer. (Très bien\ 1res bien])
M. Eugène Réveillaud. — Pour mon compte, c'es une véritable guerre au couteau qui m'a été faite dan: l'arrondissement que j'ai l'honneur de représenter.. (Exclamations sur divers bancs à. droite.)
M. Braud. — Il en a été partout de même.
M. Eugène Réveillaud. — J'entends dire qu'il en i été partout de même, et ce n'est que trop vrai.
Cette guerre acharnée, cette campagne de mensonge: et de calomnies, qui consistait à nous présenter commi les alliés, les agents même de l'étranger, ne pouvai évidemment qu'indisposer, indigner, exaspérer no électeurs, ceux qui nous ont donné leur confiance, e accentuer leur éloignement du parti clérical, officin de ces calomnies.
Pour répondre à l'objection qui a été faite par plusieur orateurs : que le peuple n'a pas été consulté, n'a pai manifesté son sentiment sur la séparation, je dirai, e m'excusant encore de prendre ma circonscriptio comme exemple, que, dans cette campagne d'accusation calomnieuses dirigée contre moi, on est allé, peut-êtr parce que je me rattache à la religion protestante e qu'on savait — je n'en avais pas fait mystère dans me professions de foi — que j'étais partisan de la séparatio des Eglises et de l'Etat, on est allé jusqu'à prétendr que si j'étais élu, les églises seraient fermées, les prêtrechassés de France.
M. le comte de Pommereu. — On avait raison.
M. Eugène Réveillaud. On avait tort. Mais par votr» interruption : « On avait raison I » voyez quel argumen vous me fournissez ! Si vraiment le suffrage universe a pu croire, a pu admettre que le succès de ma candi dature et de celles de nos collègues qui se plaçaien sur le même terrain que moi impliquait que les église:
LA LOI Di; SI>AI;.
devaient être fermées, que les prêtres devaient en être expulsés, c'est donc que le pays, que tout au moins les parties du pays qui nous ont élus et qui ont donné à dos amis la majorité dans celte Chambre, seraient prêtes pour une séparation plus que radicale, draconienne, pour une solution véritablement révolutionnaire, pour une rupture violente des rapports de l'Etat et du clergé.
M. le comte de Lanjuinais. — C'est qu'on ne l'a pas cru.
M. Eugène Réveillaud. — J'ai du moins le droit de conclure que si nous apportons au pays, ce qui est notre intention, non pas une loi qui irait, comme on nous en accusait faussement, jusqu'à fermer les églises, à empêcher l'exercice du culte, à enlever les temples, les lieux de culte à ceux qui les détiennent actuellement, mais une loi sage ayant pour effet de dénouer pacifiquement le lien concordataire, tout en garantissant la liberté des consciences et des cultes — nos adversaires, qui nous ont accusés d'intentions beaucoup plus violantes, seront mal venus à nous taxer d'intolérance, •andis que nos partisans, nos amis, les républicains hostiles à l'ingérence cléricale et résolus d'en finir avec elle auront lieu d'être satisfaits de nous voir exécuter "os engagements. J'affirme donc que la séparation, cette Blinde réforme, depuis si longtemps inscrite dans le Programme républicain, va changer, avec l'approbation •to pays, le régime des rapports de l'Etat et de l'Eglise. "'affirme qu'elle est actuellement, surtout depuis les Olanifestations que vous savez, de la curie romaine, aPi-6s la prétention provocatrice du pape d'intervenir 7**ns nos relations étrangères comme dans nos affaires ■ntérieures, — une cause gagnée devant l'opinion
publique, un fruit mûr, assez mûr pour que nous puissions le cueillir. (Très bienl très bienl et applaudissements à gauche.)
J'aborde maintenant une question particulière, qui a été soulevée par les discours ou les interruptions de quelques-uns de nos collègues, notamment de MM. Groussau, Denys Cochin et Georges Berger, je veux parler de l'opiniqn des protestants en général sur la séparation.
On a prétendu — de très bonne foi, j'en suis convaincu — que la majorité des protestants était contraire à cette mesure. J'ai soutenu l'avis contraire sans persuader mes contradicteurs qui ont maintenu leurs dires. Or, vous avez pu lire comme moi, dans le Matin d'avanthier, une déclaration signée de M. Lacheret, pasteur de l'Eglise réformée de Paris, président de la commission permanente du Synode général des Eglises réformées synodales de France. M. Lacheret est certainement l'homme le plus autorisé pour dégager, pour exprimer, sur ce point, l'opinion vraie de la majorité des églises protestantes.
M. Georges Berger. — Après M. Jalabert.
M. Eugène Réveillaud. — Laissez -moi dire. Je parle de l'opinion des corps constitués des Eglises protestantes, non de tel ou tel protestant pris individuellement. D'ailleurs si je voulais parler du peuple protestant, je pourrais faire remarquer que son avis s'est également affirmé par des pétitions; j'en ai déposé moi-même un grand nombre sur le bureau de la Chambre, ainsi que Ta fait, de son côté, mon honorable collègue et ami, M. Albert Le-Roy. Il résulte de la masse de ces pétitions, signées, en certaines régions, par tous ou presque tous les électeurs protestants, que ceux-ci sont favorables,
leur grande majorité, à la séparation. Mais je ne parle en ce moment que des organes représentatifs des églises prolestantes.
M. Georges Berger. — Permettez- moi une interruption.
M. Eugène Réveillaud. — Très volontiers. M. Georges Berger. — 11 y a d'autres pétitionnaires <=M vii disent tout le contraire Vous citez M. Lacheret; »■ «jud riez- vous citer M. Jalabert, doyen honoraire de la inculte de droit de Nancy?
M. Eugène Réveillaud. — Je connais beaucoup M!. Jalabert. qui est mon voisin et ami de Versailles; «l* sais que lui, personnellement, est contraire à la séparation et partisan du Concordat, mais que voulezvous? Quelle que soit l'autorité de M. Jalabert, son L>iiinjun n'engage que lui et, si vous voulez, ses amis; rasais nous parlons en ce moment du sentiment de la ■saajorilé des protestants de France.
Une concession que je puis encore vous faire. Monsi«ur Berger, c'est que les corps élus dont je vais reproduire les délibérations représentent les protestants dits reformés, les protestants qui appartiennent et la vieille Eglise huguenote, tandis que l'Eglise luthé- "enne, l'Eglise de la confession d'Augsbourg, s'est, au coitiraire, par ses organes officiels, prononcée plutôt contre la séparation.
M. Georges Berger. — Complètement.
W. Eugène Réveillaud. — Mais il y a une propor- . l,°n dans ce pays de 7ti0.000 réformes à GU.OOO lulhc- 1 "^rjs et si je démontre — et je vais le faire — que les I e|Ofi]iés st. sont en grande majorilé, par les décisions e leurs assemblées électives, par ceux qui ont qualité l"0l|r les représenter, prononcés en faveur de la sépa-
±54 LA S£f AKAT10* DES ÉGLISES ET DE L'ÉTAT
ration, j'aurai fait, je pense, la preuve qui m'a et demandée.
Voici donc ce qu'écrit au Malin M . Lacheret :
€ XL Denys Cochin, après M. Groussau, vient d'affii mer à la Chambre que les protestants comme lf catholiques sont contre la séparation des Eglises et c FEtaL
* Ces messieurs ont été mal renseignés.
e Leur affirmation peut s'appliquer à l'Eglise de confession d'Augsbourg * — voilà pour vous, Monsiei Berger — • mais en ce qui concerne l'Eglise réformés rien ne permet de dire qu'elle s'est inscrite en fai contre la décision solennelle du synode général ■ 1872 se déclarant «c convaincu que l'Eglise réformée ■ France est disposée à accepter avec confiance, en qui la concerne, la séparation d'avec l'Etat quand L pouvoirs publics la jugeront nécessaire pour tous 1 cultes. »
M. Lacheret m'a d'ailleurs envoyé une note compl mentaire de cette lettre au Matin. Cette note rappel également l'avis du synode générai officieux, représe tant les deux tiers du protestantisme réformé qui s'e réuni, il y a deux ans, à Anduze, et qui a pris une dé bération conforme à celle du synode national de 187' elle est ainsi conçue :
« En attendant la séparation de l'Eglise et de l'Etal laquelle il est favorable en principe, persuadé que, cette éventualité se produisait, les fidèles feraient le* devoir; mais, reconnaissant que ce serait une cri grave à traverser... »
A droite. Ah ! ah !
M. Eugène Réveillaud. — Je n'ai jamais conter ce point. Je reprends : « ...le synode invite les Egli^
LA LOI DE SÈPi
à se préoccuper de toutes les mesures qui pourront, eu pareil cas, assurer leur existence et leur avenir. » On a parlé également des consistoires; M. Berger a semblé dire que les consistoires s'étaient prononcés autrement que les synodes. Or voici encore, sur ce point, les renseignements que m'apporte la communication de M. le pasteur Lacheret, qui a puisé ses informations aux sources les plus sûres :
« En 1003 et 1904, les consisloires ont fait connaître leur sentiment dans des délibérations qui ont été transmises au Gouvernement ; ces délibérations ont été prises, pour la plupart, soit au lendemain de la proposition de M. Francis de Pressensé, soit après le dépôt du projet de loi de M. Combes. Elles se ressenleol des craintes très vives que les prolestants éprouvaient alors, particulièrement pour l'état de leur régime presbytérien et synodal. »
M. Julien Goujon. — Très bien !
M. Eugène Réveillaud. — « Il est d'autant plus remarquable qu'aucune délibération ne se prononce contre le principe même de la séparation des Eglises el de l'Etat, que plusieurs consistoires déclarent nelle- Oient qu'ils sont « favorables au principe de la séparalion... » (Consistoires de Mon caret et du Vigan); « que !e principe de !n séparation est la base de la société "it'ilcrne i?t é^idcment celle des Eglises réformées >• l'-*élil)0ration du consisloirc dc.Iarnacj; que « le réginie ('e la séparation est conforme aux traditions de l'Eglise ^formée » (Consistoires de Paris, de Crest (Drôme), de la Trembladc (Chareiitc-Inlêricure); <■■ qu'il est dans ies traditions du protestantisme el des sociétés modères)) (Consistoire de Meaux); « qu'il est le seul régime "•^rnial qu'autorise la conscience chrétienne » (Con- Blstoire de Saint-Jean-du-Gard); enfin (Consistoire de
i*V> a ï-lFAKàïIi» !>£> Èr.LlîES ET DE i/ÉTAT
Saint-Péray f Ardèche . qne « la séparation est conforme aux traditions de l'Eglise réformée de France et qu'il la souhaite vivement. »
< Un seul consistoire, dans ces derniers temps, celui de Dieppe, qui comprend deux églises, trois pasteurs, et une population de 3.500 protestants, a demandé, paraît il. aux députés de la Seine-Inférieure de « retarder le plus possible une éventualité aussi pleine d'imprévu. »
La conclusion de ce qui précède est évidente; après cette sorte de référendum, organisé dans les Eglises réformées, auprès des corps constitués et autorisés pour parler en leur nom. rien ne permet de dire que t l'Eglise réformée de France par ses divers organes se ^ soit inscrite en faux contre la délibération solennelle s du svnode national de 1870.
M. Georges Berger. — Vous avez parlé de M. La — . cheret, voulez-vous me permettre de vous lire ces quelques mots que vient de ra'écrire hier une grandi autorité protestante. M Jalabert?
M. Eugène Réveillaud. — Assurément !
M. Georges Berger. — Je vous remercie de m^ permettre de dire un mot.
Voici ce qu'écrit M. Jalabert :
« M. Réveillaud estime que l'opinion générale de^=f protestants est dans le sens de la séparation ; je croi^» connaître mieux que lui les sentiments de nos coreligionnaires que j'étudie depuis cinquante-neuf ans et je suis convaincu que si on procédait à un référendum, les neuf dixièmes de nos Eglises demanderaient le maintien de l'union, et je crois que ce chiffre serait j dépassé. » j
J'ajoute que des lectures que vient de faire M. Ré-
veUlaud H résulte que le dixième seulement des consistoires de l'Eglise réformée s'est prononcé en faveur du principe de la séparation. Encore est-il vrai de <iiie que ces consistoires formulent d'expresses réserves en ce qui concerne les disposilions du projet élaboré parla commission. (Applaudissements sur divers
M. Eugène Réveillaud. — Je respecte beaucoup, .1 *l- l'ai <lii déjà, la personnalité de M. Jalabert. Je suis c^onvaincu qu'il voit les choses comme il les dit; mais ï «s les vois autrement que lui. Je persiste donc dans inon opinion et j'ajoute que les documents que je viens ** "apporter à la tribune permettront à la Chambre de « faire une opinion éclairée et de tirer elle-même la '«inclusion de ce différend. (Marques d'approbation à &*toshe. — Interruptions au centre et à droite.)
11 est temps d'ailleurs de mettre lin à ces dialogues et d'élever le débat à des considérations plus générales, Aussi bien me proposé-je de montrer que la séparation des Eglises et de l'Etat n'est pas seulement dans le programme des libres-peoseut's, qu'elle doit cire aUssi dans le vœu des protestants conséquents et logiques, qu'elle doit élrc dans le vœu lies catholiques sincères, pourvu qu'ils ne soient pas ullramonlaius, et ^e ious les chrétiens dignes de ce nom.
Messieurs, il me souvient d'avoir entendu, au con- Brtsdu pnrli radical et radical-socialiste qui s'est tenu * Toulouse, l'honorable président de la commission, h'erdinand Buisson, qui s'était chargé du rapport celte grave question de la séparation, dans une traie élude que j'aurais voulu retrouver, mais eux qui assistaient au congrès n'auront pas le souvenir, rappeler que la séparation était, is seulement « dans le courant du mouvement
général de l'histoire moderne », comme Ta dit M. Char les Benoist, non pas seulement dans la ligne de 1; Révolution française, en sa dernière législation, mai encore dans la ligne de la grande révolution religieuse qui a été accomplie par le christianisme authentique par le christianisme primitif.
Les sociétés antiques ont toutes uni jusqu'à les con fondre l'idée de l'Etat et ridée de la religion, commi Ta démontré M. Fustel de Coulanges dans ses belle: études sur les civilisations primitives.
« Chaque tribu, chaque gens, chaque famille, écrit il, avait son dieu et son patron spécial. Le ritues appartenait au père, qui le transmettait au fils. L» famille était une association religieuse. Son chef avai un triple pouvoir, pouvoir religieux, politique e domestique.
« Les associations de tribus, de familles, qui soc devenues des cités, des peuples, sont également de* associations religieuses. Chez les Hébreux, comm chez les Péruviens, chez les Grecs comme chez le= Romains, qu'il s'agisse de Moïse ou de Nu ma, l'idée dB pouvoir apparaît dans la légende sous la forme d'un* dictature religieuse.
« Chaque peuple a ses dieux à lui qui le protégera spécialement et le défendent contre ses ennemis. L— divinité des cités ne devait pas être adorée par 1er étrangers. Il fallait être Athénien pour entrer dans 1* temple d'Athénée. L'ennemi qui attaquait une vill^ essayait de la faire abandonner par ses dieux et d'enlever leurs statues : Ulysse dérobe la Pallas des Troyens. Montrer de l'indifférence ou du mépris pour les dieux de la cité, c'est commettre une trahison, le plus grand des crimes de lèse-patrie. De là les pénalités terribles contre le sacrilège. Dans cette forme de civilisation, il
>" a unilé du pouvoir religieux et politique. Tout César est pontife. »
I.e résumé (le cet exposé, c'est que dans la cité antique il fallait avoir la religion de la cilé, de l'Etat, on s'en exiler.
M. Charles Benoist. — C'est la même chose pour le droit.
M. Eugène RéveiLlaud. — Maints exemples classiques projettent ia lumière sur cet état du monde antique, sur l'absolutisme de ces religions exclusives il lyranniques jusqu'à la cruauté. Agamemnon, le roi des r©is, obligé de livrer sa fille Iphigénie au couteau du sacrificateur quand l'oracle a demandé ce sacrifice (Interruptions à droite), Socratc condamné à boire la ciguë, les Romains livrant leurs vestales, les Césars souverains pontifes en même temps qu'empereurs, &ont des illustrations assez connues, et que je ne fais qu'indiquer, de ce mélange, de cette confusion des deux pouvoirs.
C'est seulement avec la venue du Christ qu'une nouvelle ère va s'ouvrir pour l'humanité. C'est lui qui, *e premier, apporte au monde la notion d'une religion en esprit et en vérité, qui n'est pas limitée par des ""ornières, d'un culte spirituel qui n'est pas localisé dans le temple de Jérusalem ou sur la montagne de «riiîm, mais qui, élevant l'adoration du Dieu, père de '"us les hommes, au-dessus de toutes les divisions de Wbus et de peuples, abaissant, supprimant toutes les l'arriéres devant la fraternité humaine, adresse a tous les hommes de toute race, de toute langue et de toute Hiflion, l'appel à la fraternité humaine qui découle de la paternité divine. A cette conception si nouvelle tics rapports de la divinité et des hommes se rattachent dés ce moment l'affranchissement, les droits des
consciences individuelles, la séparation des deux pouvoirs religieux et civil ; c'est déjà, dans son germe, ls doctrine de la séparation de la religion et de l'Etat.
Je n'ai pas besoin de rappeler l'invitation si connue que Jésus fait à ses disciples de rendre à Dieu ce qu est à Dieu, à César ce qui est à César, et cette autra parole également bien connue : «c Mon royaume n]es. pas de ce monde. • Ces paroles n'ont pas tardé à pro« duire des conséquences nouvelles; les premières assemblées chrétiennes constituées, selon cet esprit e= cet enseignement du Christ, ont eu en effet ce caractère d'être des assemblées ou « Eglises » libres, volontairesséparées à la fois du sacerdoce et de l'Etat. Imaginez vous l'apôtre Paul et ses compagnons attendant leuz salaire du budget de Néron, ou Pierre attendant d« prélever son traitement et celui des disciples auxquels il imposait les mains, sur les sicles du temple d« Jérusalem *?
La séparation complète d'avec l'Etat fut donc la près mière forme de l'existence et du fonctionnement des Eglises, dans cette période du christianisme primitL où l'esprit du Christ, esprit de liberté et de vérités inspirait ses disciples. Tel fut le régime, en concordance avec cet esprit, inauguré par la religion nou velle. Aussi peut-on dire que les premières Eglises onété de petites républiques démocratiques et j'ajouterai même sociales, car elles ont essayé, (comme il arrivs dans l'Eglise de Jérusalem au temps de sa premier» ferveur), un régime d'égalité complète, un communisme élémentaire, en mettant en commun tous les biens de fidèles. Cette phase démocratique a duré pendant le trois premiers siècles de l'ère chrétienne, durant toutcette période héroïque où le sang des martyrs était ls semence des convertis.
LA LOI HE SEf'AHATION
t'est seulement à partir de Constantin que ce régime a changé; l'Eglise accepte alors ou même recherche la protection et les faveurs tle l'empire. Les évêques, surtout ceux des villes capitales comme Rome, sont comblés d'honneurs et de dignités. Pourtant, à celte époque, qui est celle du concile de Nicée, il n'était pas encore question de papauté, d'épiscopal universel. La primauté d'honneur de i'évêque de Rome, qualifié aussi de « patriarche », est limitée, par le sixième canon du concile de Nicée, aux églises siiburbicaires, c'est-à-dire aux églises qui étaient dans Je ressort du Préfet de Rome. Elle est exactement de même ordre et de même nature que la primauté que le concile accorde au patriarche ou évèque d'Alexandrie sur les églises ^'Egypte, au patriarche ou évéque d'Antioche sur les egHses des provinces adjacentes de l'Asie. C'est seulement dans les siècles suivants que I'évêque de Rome t-[cnd ses prétentions et que la papauté commence à se ■fesser comme l'héritière du titre et des attributions re'igieuses des ponlipees maximi qu'avaient élé les Césars. Oubliant les préceptes du Christ sur les caractères de la vraie grandeur dans le royaume de Dieu, 1,s prétendent constituer d'abord un épiscopat univer- Sel à leur profit, en attendant de transformer cet épisc°Pat en une royauté universelle et prépondérante.
Le document dans lequel les prétentions et les "^bitions de la papauté ainsi constituée s'affirment ^ut-ètre le plus orgueilleusement, c'est la bulle Unam """«tom du pape Roniface VIII. Je n'en lirai qu'un e°Ujrt passage, mais il est de prix, pour démontrer c<J,nbien nous voilà loin des enseignements du Christ et «le l'esprit d'égalité et d'humilité de l'Evangile.
* ...L un et l'autre glaive » — il s'agit du glaive tem- °rel et du glaive spirituel que le pape prétend détenir
262 LA SEFARJkTEOS DES ÉGLISES ET DE LÉTAT
à la fois — appartiennent en propre à l'Eglise, ava cette différence que Ton doit être exercé pour l'Egli: et Tautre par l'Eglise, celui-ci par la main du prêtr celui-Ià par la main des rois et des soldats, mais su Tant le bon plaisir et la bonne volonté du prêtre. Mail faut que de ces deux glaives, l'un* soit placé son l'autre, et 1 autorité temporelle doit être soumise à puissance spirituelle et, comme inférieure, réduite reconnaître la supériorité de l'autre.
* En effet, suivant une expression de saint DenLi c'est une loi de la divinité que les choses les plu basses sont, pour les médiates, amenées à l'obéissant des plus hautes. Il n'est donc pas selon Tordre a l'univers que toutes choses soient égales et immédiatemais les choses viles doivent être ramenées à Tord. par les médiates, et les inférieures dominées par 1» supérieures. Quant à la dignité et à la noblesse de c» puissances respectives, il faut reconnaître que la puL sance spirituelle domine la puissance terrestre de même hauteur que les choses de l'esprit domines celles de la nature... Quiconque donc résiste à cetpuissance ainsi ordonnée, résiste à Tordre de Dieu lu: même, à moins qu'on ne prétende avec Manichée qu" y a deux principes, opinion que nous jugeons fauss et hérétique, attendu que Moïse n'a pas dit : « Dan les principes (in principiis), mais : dans le princip {in principio), Dieu créa le ciel et la terre. »
« En conséquence, nous disons, déclarons, définis sons et prononçons que toute créature humaine es soumise au pontife romain et que cette croyance es nécessaire au salut. »,
M. Charles Benoist. — Méfiez -vous des bulles d Boniface VIII. Plusieurs sont fausses.
M. Eugène Réveillaud. — Celle-ci est absolumen
aulhenlique, mon cher collègue; elle a été signée à I .£ilrnn, pendant la tenue du concile de Rome en 1302, et c'est par une application de la doctrine qu'elle énonce que le royaume de France fut transmis de Philippe le Bel au prince Albert d'Autriche. Celte bulle audacieuse fui rejetée par les Elats généraux. Benoît XI la révoqua, ce qui nous rappelle que l'infaillibilité des papes n'avait pas encore été érigée en dogme. Je Vous accorde d'ailleurs, monsieur Charles Benoist, que, depuis lors, cetle fameuse bulle a été classée parmi les extravagantes.
M. Charles Benoist. — Ne vous en servez donc pas, monsieur Ré veilla ud.
M. Eugène Réveillaud. — Je m'en sers comme *l'un document dont un désaveu posthume n'a pu enlever la valeur.
La France a été à ce moment, et pour son honneur, le lerrain des luttes et des résistances contre ces prétentions absorbantes et dominatrices de la papauté. Je n'ai pas besoin d'insister — car vous pouvez vous en référer au rapport si documenté de M. Briand — sur celle période des démêlés du pape avec Philippe le ^el, ni de rappeler la défense énergique de Philippe 'e Bel, déclarant net, en 1297, qu'il ne tenait sa royauté lue de Dieu seul et affirmant ainsi, de façon catégorique, l'indépendance du pouvoir temporel vis-à-vis de la papauté.
Ce qu'il suffit de retenir, c'est que le principe de
. '"dépendance des pouvoirs, civil et religieux, n'a
Jamais été complètement perdu de vue dans la chré-
,enté d'Occident, même aux siècles les plus téné-
rt*Ux du moyen âge ; c'est aussi que les prétentions
. 0tninatrices du siège de Rome n'ont jamais été éta-
'*s sans conteste. Je rappelle au surplus que les
instincts démocratiques des origines du christianism se perpétuèrent à cette époque du moyen âge et trou vèrent un refuge dans les petites associations des Vau dois ou «Pauvres de Lyon », des Cathares ou Albi geois, des Pauliciens, des Bulgares, des Bonshommes petites gens, braves chrétiens qui, récitant l'Evangil dans leur langue maternelle, s'inspiraient de ses pri ceptes et se sentaient unis à Dieu et à leurs frère sans éprouver la nécessité de se laisser conduire o< dominer par un clergé ou par le pape.
Nous arrivons ainsi à l'époque de la Réforme, c grand mouvement réformateur du seizième siècle ft assurément, personne ne le niera, un mouvemen démocratique, un mouvement de protestation conte les prétentions à la domination de la papauté.
La France a été, à le bien voir, le berceau de cet*" grande Réforme du seizième siècle, car avant qn Luther n'affichât ses thèses audacieuses sur les port* de la cathédrale de Wittemberg, Le Fèvre d'Etaples près d'ici, dans la vieille Sorbonne, professait £ milieu de disciples, parmi lesquels Farel, qui devs être le Réformateur du pays de Montbéliard et de principauté de Neuchâtel, cette grande doctrine de justification par la foi, dont on a pu dire qu'elle a é= le principe rénovateur, le ferment de la Réforme, caractéristique du protestantisme.
La France s'est trouvée un terrain très préparé po« cette semence et, en quelques années, une grande pat tie de notre peuple, dans toutes les classes de société, depuis les princes du sang comme les Condcomme Henri de Navarre, en passant par les simple gentilshommes ou par les bourgeois des villes, par le artistes, comme Bernard Palissy, par les chirurgien: ou les clercs, comme Ambroise Paré, jusqu'aux car
de ors de laine de Meaux, jusqu'aux paysans du Languedoc, du Daupliiné, du Vivarais, de la Saintonge, du Poitou el de beaucoup d'autres provinces, une grande partie du peuple de France, dis-jc, embrassa avec enthousiasme les idées nouvelles.
De celle pénétration des idées, des principes de la Réforme, on vit sortir aussi de nouvelles communautés qui s'organisèrent spontanément, librement, sans autre précédent que celui qu'elles pouvaient chercher dans les Eglises primitives, sur la base de l'élection par les fidèles des pasteurs et conseils d'Eglises, Taçonnant ainsi le modèle du régime parlementaire qui est devenu celui des Etats modernes.
A ce moment donc, en i'ace de la vieille conception païenne de l'union ou de la contusion des pouvoirs de l'iïgltse el de l'Etat, qui s'était reformée, nous l'avons vu, au sein de la catholicité, nous retrouvons la conception chrétienne de leur séparation, non pas complète encore ; car, comme on peut le voir par l'action de Calvin, à Genève, les prolestants, sortis à Peine du catholicisme, ne se dégagèrent pas tou: d'obord de l'idée que le pouvoir civil devait son concours au pouvoir spirituel, ou ecclésiastique. On veul et *±e la cité, pour son bien moral, soit soumise spiri *-* «llenient aux décisions du consistoire ; mais *^»us rappelé]1 que ces petites républiques du x e*«, comme celles du moyen âge, étaient très étroites, *~«s fermées, très autoritaires ; il n'est pas étonnant ^ *Je les églises qui s'organisèrent au sein de ces cités J^**i'dassent quelque chose de l'empreinte même et de esprit de leur milieu.
M. le baron de Boissieu. — Calvin était autori- 'ire!
M. Eugène Ré veillaud. — Oui, Calvin était autori-
taire, je viens moi-même dele rappeler; et je reconnus aussi que le consistoire de Genève commit avec lui crime qui fut la grande tache du protestantisme seizième siècle, crime que les Genevois sont le sp miers à déplorer, comme le prouve le monum expiatoire élevé récemment à Genève — le
d'avoir brûlé Michel Servet. — Mais il faut voir pour être tout à fait juste, un mauvais reste du catl licisme persécuteur (Exclamations à droite) sur genoux duquel Calvin avait été élevé ou, si vous Yt mez mieux, un reste de cette vieille erreur de Tan quité païenne à laquelle, deux siècles plus tard, Jea Jacques Rousseau sacrifiait encore quand il consû rait que Michel Servet « avait été hérétique au dognrr^ de sa profession de foi civile et qu'il avait été jnsl ment condamné non comme impie, mais comme in! ciable et comme incapable d'aimer réellement les loi la justice et d'immoler au besoin sa vie à son devoii « Que si quelqu'un, écrit Jean-Jacques Rousseau, apr avoir reconnu ces mêmes dogmes, se conduit comnrr^» ne les croyant pas, qu'il soit puni de mort. » (Dictic*^^>> naire philosophique, à l'article « prêtre »).
M. Georges Grosjean. — On retrouve cette dcr^^c trine dans les discours de Robespierre.
M. Eugène Réveillaud. — Parfaitement, mon cl collègue, et non seulement dans les discours de Rob< pierre qui fut un fidèle disciple de Jean-Jacques, mi dans les actes des constituants ; c'est à cette éc< qu'ils prirent cette idée de la constitution civile clergé, rêvant d'une Eglise d'Etat, d'une Eglise cons tutionnelle, d'une religion dont l'Etat patronnerait L doctrines et le culte public, en retour du serineprêté à sa constitution, en même temps qu'il subve: donnerait son clergé.
Cela changea seulement vers la fin de la Convention, quand les conventionnels Furent enlin revenus de l'erreur initiale de la Révolution en matière de culte, par l'impuissance où ils reconnurent qu'aboutissait la manie du pouvoir civil de légiférer sur les affaires religieuses. Mais il fallut encore quelques années pour arriver à celte constatation. Aprèsîe clergé constitutionnel et assermenté, on avait essayé du culte de l'Etre suprême, la Convention proclamant en tète de sa constitution: « Le peuple français reconnaît l'Etre suprême et l'immortalité de l'âme » et enfin, par une dernière aberration qui mit le point final, du culte de la déesse Maison.
M. Prache. — C'est là que nous en sommes.
M. Eugène Réveillaud. — Je reviens à la Réforme pour retrouver sous la plume d'un grand poète anglais, l'auteur du Paradis Perdu, qui fut en même temps un grand théologien et un homme d'Etal, le conseiller écouté de Cromwell, celte idée qu'on peut appeler '"■dée du monde nouveau, la grande thèse de la liberté lui doit être accordée â toutes les opinions, à tous 'es cultes. Je veux rapporter ici ce mot profond de John Milton:
M. Julien Goujon (Seine-Inférieure). — Il élail *Veugle.
M. Gabriel Deville — Cela n'empêche pas de bien Parler.
M. Eugène Réveillaud. — «Quand même, dit-il, tous les vents de doctrines seraient déchaînés sur le monde *ï la vérité est au milieu, nous n'avons rien à craindre. L.oissons la vérité et le mensonge su prendre corps à c«-»rps; qUi a jamais entendu dire que la vérité ait été
défaite, mise à mal, lorsque la rencontre a été lo&^ale sur le terrain de la liberté "? »
Voilà, formule par cet acte de foi en la liberté, er» la puissance de la vérité contre tous ses adversaires , le prino pe fécond des temps nouveaux, l'idée normale qui doit régler désormais les rapports de l'Etat, des consciences et des Eglises. C'est cette norme, c'est ce principe que nous consacrerons dans cette législature en votant cette grande loi, la plus grande qui ait *& délibérée et votée depuis un siècle, cette loi des ^ séparation du temporel et du spirituel, de l'indép» ^n* dance réciproque de l'Etat et de l'Eglise (Très bi^^n*très bien ' à gauche).
Cette doctrine, est, je le répète, conforme au p^cincipe chrétien, à la doctrine évangélique, c'est le ret^^ur aux enseignements du Christ et des apôtres.
Elle a subi une éclipse du fait des circonstances politiques, des persécutions dirigées contre les réformateurs et coutre les réformés, persécutions qui -on* oblige les petites républiques comme Genève, la « d'té de l'esprit », suivant le mot de Michelet, à devenir de petites citadelles armées, des « rocs » de combat £ et ce n'est pas évidemment dans les temps de guerres civiles et religieuses que les semences de liberté p^" vent donner tous leurs fruits.
Nous retrouvons cette doctrine, s'affirmant, après des tâtonnements qui durèrent deux siècles, dans 1* législation des Etats-Unis d'Amérique, de cesancienOcs colonies fondées par des Indépendants, par les persécutés pour cause religieuse, qui avaient quitté l'A0" gleterre et les Pays-Bas, pour chercher dans le nouveau monde une terre propice à la manifestation <*e leurs idées particulières. Ils avaient commencé, e11* aussi, par être intolérants; mais, répondant à la p^*1'
LA LOI !>E SEPARATION 2b9
s généreuse de Guillaume Penn, le fondateur de ;tat de Pensylvanie qui ouvrit son territoire a tous > proscrits, à tous les hommes quel que fût leur culte,
finirent par comprendre que la pleine liberté devait ■e le régime des Etats modernes, et vous le savez, issieurs, à partir de 1789 la constitution des Etatslis a supprimé les dernières traces de la prédomince de certains colles exclusifs, et a décidé que « le ngrés des Etats-Unis ne pouvait faire aucune loi ur établir une religion ou en introduire le libre exerce. »
le me rappelle avoir entendu une conférence de
Edmond de Presse usé, ce grand libéral, comme il a : qualifié à celte tribune (Applaudissements au cen- ) ; ii disait, parlant justement de celle législation des its-Unis sur les cultes, sur la religion : « Qu'y a-t-il □s le code des Etats-Unis sur cette question? Une Lje blanche. Rien que cela, mais tout cela 1 » kl. Julien Goujon. — Et les dix-huit articles de la lice des cultes?
kl. Eugène Réveillaud. -- Cette doctrine a été celle s meilleurs esprits chrétiens dès le commencement
dix-neuvième siècle.
511e s'est trouvée formulée surtout cl développée
s éloquemmenl dans les pages d'Alexandre Vînet,
grand penseur et le grand écrivain de la Suisse inçaîse. Malgré ma crainle de multiplier les citations, us me permettrez de le laisser parler lui-même; land je me trouve d'accord avec des hommes éminls, j'aime mieux vous apporter l'expression de noire nsée sous la forme meilleure qu'ils ont trouvée que us la forme inférieure que je pourrais lui donner oi-mème (Lise: ! lisez .').
27M LA >KPARATI05 des églises et de letat
Voici donc ce qu'écrit Vinet dans son Essai sur tes manifestations des convictions religieuses :
* Si Ton vous demande : « Que voulez-vous que I* religion devienne sans l'appui de FEtat ? » nous répc^n" drons simplement: Qu'elle devienne ce qu'elle pour^cr-a; qu'elle devienne ce qu'elle doit devenir ; qu'elle vi si elle a de quoi vivre ; qu'elle meure si elle doit ra< rir ! Elle est venue dans le monde pour prouver l'esprit est fort plus que la matière, fort sans la matièi fort contre la matière; je ne dois pas l'empêcher prouver cela. Si elle ne peut subsister par elle-mênrrrne, elle n'est pas la vérité ; si elle ne peut vivre que d'i tifice, elle n'est elle-même qu'un artifice ; si elle est Dieu, il lui a été donné comme à Jésus-Christ, « d'ave la vie en elle-même *> ; il faut qu'elle le montre ; c'( son premier mandat, c'est le sceau indispensable de divinité...
« Nous déclarons hautement que, pour ce qui no a$ concerne, nous cesserions de croire au christianisme^6* du moment que noib ne le croirions pas fort au-dess "^^ws de celte épreuve.
»< Vous voyez des défections, des abjurations, des tenr"^11' pies déserts, des vies sans frein, un peuple sa^^35 Dieu ï II est étrange de parler ainsi quand on cre^1"* posséder la religion de Dieu ï Où donc est votre fo ^? Quelle idée vous faites-vous de l'objet même de vot ^e foi? Si vous croyez véritablement, vous ne craindr^^2 pas que l'air de la liberté et de la sincérité qui'cr ^ l'élément de la vérité, devienne jamais pour elle \~M n air empoisonné et mortel.
« Ravisez-vous, rassurez-vous; et surtout garde &>' vous d'arguer du mal que vous avez fait vous-mèir* e et de venir nous dire : « Nous avons, par notre sy^ ~ tème, rempli l'Eglise de prétendus croyants dont I ^
n n'est qu'un préjugé et peut-être une peur ; t nous échapper dès qu'ils seront livrés à eux- , et chargés (le pourvoir à leur subsistance spi- ! ; aidez-nous à les retenir, tels quels, dans l officielle et à remplir celte Eglise de fidèles blés à eux. » — Non, le mal ne saurait servir on au mal; la vérité, le droit ne se prescrivent
; avez pu lire dans le rapport de l'honorable and une pensée de Lamennais au temps où il ttaché à l'Eglise catholique, où il professait des opinions ultramonlaines, et qui conclut de
js les hommes de religion doivent comprendre
n'a besoin que d'une seule chose: la liberté; e est dans la conscience des peuples, non dans
des gouvernements; elle redoute de la part de leur dangereuse protection, car le bras qui
pour la dérendre s'efforce presque toujours de fir. •>
eu venir à des auleurs moins solennels, moins i et plus modernes qui expriment cependant stement la même pensée, laissez-moi vous lire urt entrefilet de l'écrivain spirituel qu'est aély.
■îvail, ces jours-ci, dans le Siècle:
)damer que la séparation serait un désastre, roclamer que l'Eglise ne peut pas vivre en
sans l'appui de l'Etat, et que par conséquent loliqucs ne croient pas aux promesses de Jésus-
ni à la vitalité de leur religion.
suis persuadé que l'Eglise catholique gagnera up à la séparation. Elle a fait ses preuves,
tantôt vingt siècles, de souplesse et d'aplabili té.
Pourquoi, le lendemain de la séparation, qui changera son sort plus dix fois séculaire en France, n'acquerrait-elle pas les organes qui assurent déjà sa puissance et son influence dans d'autres pays? Pourquoi les catholiques français seraient-ils plus mous, plus inhabiles que les catholiques suisses ou allemands, qui ont trouvé le moyen de vivre et de conquérir non seulement le respect des autres Suisses et des autres Allemands, mais encore une influence quelquefois prépondérante ? Est-ce que les préceptes du Christ sont comme le tabac et les téléphones ; est-ce qu'ils ont besoin du monopole de l'Etat ? (Sourires).
« Non ! non ! Avant dix années d'ici, les amis même incrédules de l'Eglise se féliciteront qu'elle ait é"tè séparée de l'Etat qui l'énervé, qui l'alanguit, C5 ui abaisse le niveau intellectuel de son recrutement.
« D'ailleurs, de deux choses l'une : ou bien elle ^& d'institution divine, ou bien elle est le produit d"^ ^n bluff séculaire et audacieux. Si elle est d'institut»- <>a divine, elle doit se rire de l'effort des hommes. D^"ns le cas contraire nous n'avons rien à perdre à sa dis;^É?a" rition ! »
On peut s'étonner qu'un écrivain politique hun^noristique aperçoive si nettement les vérités qui r -^ s" tent cachées pour les chrétiens qui font profession de croire à l'action de Dieu dans le monde et qui s» m doute souscrivent à cette grande parole de Pasc^^; « Le bel état de l'Eglise quand elle ne s'appuie cf **e sur Dieu ! »
Ainsi, par respect des consciences chrétiennes, de l'indépendance de l'Eglise et de l'indépendance de l'Etat, la séparation s'impose.
« Elle s'imposerait, parce que, nous dit Lamennais, l'Eglise veut accomplir ses destinées. De quel droit
3tat peut-il l'en empêcher? Si ces destinées sont érilleuses pour lui, il saura intervenir, pensent njourd'hui les partisans de la séparation. » Je tire celte phrase du rapport de M. Briand... M. Boutard. — C'est intéressant.
M. Eugène Réveiilaud. — ...« Pourquoi l'accomplisîment de sa destinée que réclament les catholiques •oyants, serait-il périlleux pour l'Etat, si la religion, les églises qui la représentent sont renfermées par i loi dans leurs limites propres, par exemple si les •sociations que la loi a créées se renferment dans ce ai sera leurs attributions, dans les limites du culte :>nl elles auront à assurer l'entretien ? » Messieurs, j'aborde ce que je pourrais appeler le ïntre même démon sujet : la question de la nature, e la force propre et de l'influence de la religion : iJluence, Force, qui peuvent être très grandes et très ;tloutables. je le reconnais, pour la société civile, lais qui peuvent cependant être contrôlées : c'est ici ne le'correctiF d'une législation de police des cultes impose par la considération que l'Etat a le droit êdicter aux clergés, aux Eglises, aux associations :ligicuses. l'obligation de se renfermer dans leurs mites, et de ne pas usurper sur le terrain de la polique. {Très bien ! très bien I à gauche). Vgus savez, messieurs, que le mot religion vient de eligare, qui veut dire relier, et vous avez vu ce [u'ètait le lien religieux dans les républiques et dans '6s cités antiques, combien il était étroit, combien il slait dur et presque impossible à briser. Kh bien 1 il Ï a dans la religion qui procède du Christ ou qui se r*clame de son nom, deux conceptions possibles du lien religieux, comme il y a deux sortes de liens pour rattacher les personnes ou les choses entre elles. Il y
a les liens de la violence et de la force brutale, comr les nœuds, les cordes, les menottes ou les chaînes ; cette sorte de liens extérieurs qui enchaînent les hoi mes malgré eux et les obligent à suivre sans adhésL de la volonté, je comparerai, si vous acceptez ce syi bolisme, les rites, les pratiques et les ordonnances d Eglises. Ce sont les liens, tout extérieurs et le pi souvent sans efficacité morale, des cultes qui ont re: placé l'esprit par la lettre et la liberté spirituelle p l'autorité dogmatique ou ecclésiastique.
Mais il est un autre lien, un lien invisible, immatéri spirituel, et plus fort cependant que toutes les cord et toutes les chaînes qu'on peut imaginer ; c'est le li de l'amour (Mouvements divers) dont le chantre gnon que disait « qu'il est plus fort que la mort. »
Eh bien, la religion que le Christ a apportée au mon ne connaît que ce lien-là. C'est une religion de frati nité, une religion d'amour. Dieu y est défini « espril et lumière, mais il est également défini oc amour. » le grand précepte que le Christ a donné à ses di ciples, c'est de s'aimer les uns les autres.
M. Meslier. — Ils ne l'ont guère écouté dans la suil des siècles !
M. Eugène Réveillaud. — J'en conviens. Mais c n'est pas la faute du Christ si sa religion a été, par I' suite, dénaturée et corrompue. Le signe qu'il a doïïQ* et auquel on doit reconnaître ses vrais disciples, d n'est pas le signe de la croix, comme on l'enseigne daD* le catéchisme romain, c'est « ce signe : Qu'ils ateD de l'amour les uns pour les autres ».
M. Guilloteaux. — On dirait véritablement qu1 nous sommes au prêche aujourd'hui î
M. Eugène Réveillaud. — J'entends une interr^t
,ui veut cire spirituelle et qui me Fait croire que son auteur fait plutôt son bréviaire tie La Libre Parole, de la Liberté ou de )' Intransigeant que de l'Evangile. iOn rit |
M. Guilloteaux. — Je n'ai nullement l'intention de vous attaquer, monsieur Réveillaud ; je constate seulement que vous feriez un excellent pasteur.
M. Eugène Réveillaud. — Voilà le mol que j'attendais. Sur la foi d'une légende en formation, lancée ou accueillie par les journaux que je viens de citer, vous m'attribuez le litre, d'ailleurs très honorable, de pasteur. Puisque vous le répétez sur la foi d'autrui...
M. Guilloteaux. — C'est une simple ligure de rhétorique.
ftl. Eugène Réveillaud. — ... Laissez-moi démentir cette qualification. Sans doute si j'étais pasteur, voire théologien, je n'en rougirais pas, me rappelant que dans les assemblées législatives, depuis la grande Constituante, il y a eu tels pasteurs qui ont eu un rôle , assez éminent. {Très bien ! très bien I à gauche); je l rappellerai le souvenir de Habaul-SainlHIienne qui l'ut 1 pasteur à Nîmes, lils du grand pasteur du désert Paul 1 Rabaut. et qui, charge du rapport pour la rc l varice de l'étal civil et de laliberté dcsjuifs, commença | wn discours en disant : o Je suis ici le représentant ■l'un grand peuple, t Ce peuple dont il parlait, c'était Wc peuple des huguenots, ce peuple persécuté, proscrit ■fendant plus d'un siècle, dont on avait rase les leml'l*s et sur lequel on avait pensé mettre la pierre tom- P'c de rétouflemenl définitif.
lJ'aivu àTroyes, gravée par le ciseau de Girardon, |-des5ous de la statue de Louis XIV, une inscription ^ parmi les litres pompeux dont on saluait la gloire
f£~ églises et ni: l état
du grand roi. se trouvait celui d'avoir exterminé l'hérésie (extincla hteresis). On pensait l'avoir exterminée en effet; les jésuites y avaient travaillé de leur mieux. Avec leurs procédés ordinaires ils avaient conduit celte campagne de destruction et de mort; et cependant, à l'aurore de la Révolution, il y avait encore assez de protestants dans cette région de la sénéchaussée de Ninies pour députer à la Constituante Rabaut-Saint- Etienne qui, nommé peu après président de l'Assemblée, envoyait à son vieux père encore vivant ce message ; * Mon père, le président de l'Assemblée nationale est à vos pieds. »
Je pourrais citer aussi le pasteur Athanaae Coquerel qui a illustré cette tribune dans les assemblées de la seconde République, et enfin Edmond de Pressensé dont je rappelais tout a l'heure le souvenir inoubliable pour ceux qui l'ont personnellement connu. Donc, si j'étais pasteur, je répète que je n'en rougirais pas; sans doute même en serais-je fier ; mais enfin, je dois à la vérité de dire que je suis un simple laïque et c'est à ce litre de laïque que j'ai figuré comme dépulé aux assemblées synodales de l'Eglise prolesliinlc. Je suis, si vous voulez, un protestant croyant qui necraint pas d'affirmer sa foi et d'en rendre témoignage à l'occasion; mais je suis si peu sacerdotal que je chéris l'idée qui aura peut-être des applications dans un avenir prochain, après la séparation que nous allons faire, l'idée d'églises dans lesquelles il n'y aura pas de clergé. L'action d'un clergé n'est pas essentielle, en effet, à la pratique de la religion surtout chrétienne; il n'est pas indispensable que le prédicateur de l'Evangile ait été consacré, et, ace point de vue, je rappellerai a mon interrupteur — cela va peut-être lui paraître énorme — que non seulement les apôtres, pécheurs du
lac de Tibériade, ou Paul, tisserand, fabricant de lentes, étaient des laies, mais que le Christ lui-même, qu'il fait profession, je pense, d'adorer, était un laïc, car il appartenait à la tribu de Juda et non à la ti-ïbu sacerdotale de Lévi. Cette observation que le Ohrist était un laïc m'amène a dire que s mes en train de laïciser l'Etat, un temps viendra peutêtre où les vrais chrétiens trouveront qu'il y a 1 •aïciser aussi les églises.
^A. le lieutenant colonel du Halgouet. attendant vous laicisez le Christ.
R4. Eugène Réveillaud. — Je disais,
<i«and cette interruption m'a écarté de mon sujet, qu'ui
Etat moderne, qu'une République démocratique n'j
tien à craindre des enseignements d'une religion dont
te premier commandement est l'amour de Dieu et le
second l'amour du prochain, dont la doctrine demande
8v»x citoyens de s'aimer les uns les autres et d'exercer
tes uns vis-à-vis des autres les préceptes de bonté, de
fraternité et de solidarité.
M. Maurice Binder, ironiquement. — Vous nous le prouvez tous les jours.
M. Eugène Réveillaud. — Nous faisons de notre mieux, mon cher collègue.
Cette religion-là peut être très forte; car elle tient aux entrailles mêmes de l'humanité.
L'homme a clé défini « un animal »... (Mouoemenls divers.) ... Laissez-moi finir — la définition est de M. Jules Soury — « un animal métaphysicien et religieux ». Tant qu'il restera cet être préoccupe de l'audelà, que l'infini tourmente et qui ne peut vivre sans une foi el sans une espérance immortelle, la question religieuse jouera toujours un râle très important dans
les sociétés humaines ; nous aurons à nous intéresser à son développement, comme il arrive aux Etats-Unis, où l'Etat républicain, qui se désintéresse des Eglises particulières, s'intéresse cependant aux progrès de la religion, ne serait-ce que pour établir des statistiques exactes sur le nombre des Eglises et de leurs fidèles, chose que nous avons trop négligée chez nous ; car pour le dire en passant, nous n'avons pas eu de recensement des cultes depuis 1872.
Au centre. — C'est vrai. Très bien !
M. Eugène Réveillaud. — Si la religion, comprise et définie comme je l'ai fait, représente une influence morale et sociale énorme et qui n'est pas près de finir, nous avons, nous, républicains, à ménager cette influence en proclamant bien haut que, si nous ne faisons la guerre au cléricalisme — et sur ce point nous ne faisons que nous défendre contre un ennemi mortel de nos institutions — nous entendons du moins être respectueux des idées religieuses et des droits de toutes les consciences.
M. Boutard. — On ne fait pas la guerre au cléricalisme. Le Gouvernement met les moines à la porte et les fait rentrer par la fenêtre ! Ce n'est pas là une guerre, c'est une comédie !
M. Eugène Réveillaud. — Le parti républicain, loin de confondre la religion avec le cléricalisme et de s'attaquer au sentiment religieux, a donc intérêt à ne pas s'aliéner cette force immense, quoique latente et impondérable. Et si vous me permettez, mes chers collègues, de vous apporter ici une citation nouvelle, et qui vous intéressera, écoutez ces paroles de notre éminent collègue M. Jaurès qui a su rendre éloquemment justice à la légitimité des religions et aux
puissances de fécondité et de vie qu'elles portent dans leur sein.
« Je n'ai jamais cru, disait-il à la Chambre en 1895, que les grandes religions humaines fussent l'œuvre d'un calcul ou du charlatanisme; elles ont été exploitées dans leur développement par lesclasses et par les castes; mais elles sont sorties du fond même de uniauité, et non seulement elles onl été une phase nécessaire du progrès humain, mais elles restent encore aujourd'hui comme un document incomparable «le la nature humaine, et elles contiennent, à mon «Us, dans leurs aspirations confuses, des pressentiments prodigieux et des appels à l'avenir qui seront peut-être entendus. ».
L-a vieille chanson des légendes naïves, dont M. Jaurès nous parlait encore, pourra, dans l'avenir, se c»anter sur des airs nouveaux, plus savants, plus en lisrtïionje avec les découvertes, avec les données de la cosmogonie moderne, mais l'humanité, métaphysique religieuse de nature, voudra toujours entendre cette musique divine de la foi, de l'amour et de l'espérance inhnie. (Très bien ! très bien ! sur divers bancs.)
Oui, l'homme cherche et cherchera vraisemblablement toujours, au delà des faits matériels les plus précis, au dek\ des vérités mathématiques les plus évidentes, une évidence plus haute, une réalité moins contingente que les phénomènes de ce monde matériel.
Au risque d'abuser encore de votre patience (Parlez ! parlez !i, je voudrais vous apporter encore l'opinion n des plus grands savants de notre temps, de Louis Pasteur. Vous savez combien Pasteur apportait de conscience dans l'observation des faits et des lois. On aurait pu attendre de lui qu'il glorifiât uniquement les
iv1 -a y-:, a at::> i^ks églises et de l'état
résilies de la nature matérielle ; or il est justement de ^^e ceux qui ont affirmé et célébré le pluséloquemmentet -S' -*ce ia façon la plus raisonnable le monde surnaturel, «- -*» j'entends le monde invisible et moral, le monde de Tau- — x delà :
4 Hn chacun de nous, dit-il, il y a deux hommes, le savant, celui qui fait table rase, qui, par l'observation, l'expérimentation, le raisonnement, veut s'élever à la connaissance plus exacte de la nature, c-t puis l'homme de sentiment, l'homme de foi ou de doute, l'homme qui pleure ses entants qui ne sont plus et qui croit qu'il les re verra.
<. L'espérance humaine, poussée par une force invincible, ne cesse jamais de demander : Qu'y a-t-il au delà *? Veut-il s'arrêter, soit dans le temps, soit dans l'espace ? Comme l'endroit auquel il s'arrête n'est qu'une grandeur finie, plus grande seulement que celle qui a précédé, à peine commence-t-il à l'envisager que d J
revient l'implacable question, et il ne peut faire taire ^~
ce cri de son àme. Il ne sert de rien de répondre : - *
« au delà ce sont des espaces, des temps, des grandeurs sans limite. » Nul ne comprend ce langage. Celui qui proclame l'infini— et personne ne peut y échapper — accumule dans cette affirmation plus de surnaturel qu'il n'y en a dans toutes les religions réunies.
« Tant que le mystère de l'infini pèsera sur la pensée humaine, des temples seront élevés et, quelle que soit la divinité à laquelle on les consacre, vous verrez de hommes agenouillés. »
Je demande d'ailleurs à ceux qui pensent à co battre et qui voudraient bannir la religion de l'Etat, la société...
LA LOI DE 51 l'Ali. VI [ON
M. Maurice Binder. — Ce sont vos amis politiques ej ui tiennent ce langage.
M. Eugène Réveiilaud. — Monsieur Binder, mes assois politiques prouvent en ce moment i 1*^ ccueil qu'ils font à cet exposé de mes idées, même s'ils ne les partagent pas, qu'ils savent être respecl«-» «us de la sincérité de mes convictions ; c'est i 1»- «z»mtnage à leur rendre. Ils savent et je ne le leur ai js» »3ais caché...
IM. Maurice Binder. — Ils sont désespérés d ci talions !
34. Eugène Réveiilaud. — Je souhaite que P -^^-rtagiez, je ne dirai pas le respect qu'ils me témoi' K«^».entà cet égard, mais tout au moins le sentiment 1 «-J»'ils ont de ma parfaite sincérité . .
ZM. Maurice Binder, — Je ne l'ai jamais mise en J -«rituel
^3S. Eugène Réveiilaud. — Je vous en remercie et ^ ne vous demande plus que de vouloir bien m'êcou- :e?i *- sans ra'inlerrompre.
—Je demande, disais-je, à ceux qui se font un nions-
r ^s de la religion, parce qu'ils l'ont jugée sur les su-
P^^= rslilions qui en sont la caricature, s'ils eonsenti-
r=^ Sent à bannir de la République le grand poète, le
ft ^^ aind républicain, le grand lutteur de la pensée, le
S- *~"Jind préparateur des jours meilleurs que fut Victor
*jgu, qui a terminé son testament philosophique en
. * sant : « Je demande une prière à toutes les âmes ;
3^ crois en Dieu. »
La citation que je veux faire de lui sera courte, elle *** élira quelques perles de poésie sur le fond gris de **«* débals :
Un souffle épure notre fange, Le monde est à Dieu, je le sens ; Toute fleur est une louange Et tout parfum est un encens.
La nuit, on croit sentir Dieu même Penché sur l'homme palpitant, La terre prie et le ciel aime Quelqu'un parle et quelqu'un entend.
M. Maurice AllarcL — C'est essentiellement la doctrine panthéiste ! Cela n'a rien à voir avec votre Dieu ! (Interruptions à droite et au centre).
M. Eugène Réveillaud. — Mon cher monsieur Allard, quand ce serait du panthéisme, je ne vous apprendrai pas que le panthéisme est au fond du bouddhisme, ce qui n'empêche pas le bouddhisme d être une religion, la religion de 400 millions d'habitants de notre planète. Or quand je parlais de religion tout à l'heure, quand je disais la force du sentiment religieux et l'intérêt que nous avons, nous républicains, à compter avec ce sentiment, à le ménager dans nos lois et dans nos rapports sociaux, je ne parlais pas de tel ou tel symbole religieux en particulier : déiste, panthéiste, chrétien d'esprit ou chrétien seulement de nom. Sans me prononcer ici sur le point de savoir par quelles transformations le sentiment religieux peut passer dans l'avenir, ni quelle sera, dans les siècles futurs, la forme définitive des religions de l'humanité, je disais simplement que l'humanité se rattacherait toujours, dans sa masse, voire dans son élite, comme le montrent les grands noms contemporains que je viens de citer, à quelque concept religieux...
M. Maurice Allard. — Philosophique !
LA LOI UE SErABATION
M. Eugène Rèveillaud. — Je dis qu'aux credo s ou aux dogmes anciens, s'ils viennent à disparaître, épuisés, succéderont toujours de nouveaux symboles, des concepts nouveaux, jeunes de vie et de fécondité, et que, par conséquent, ce serait une naïveté de penser bannir la religion de l'Etat futur aussi bien que ie sentiment religieux de l'âme humaine. (Applaudissements au centre, à droite et sur divers bancs à gauche, — Humeurs à l'extrême gauche.)
Comme la nature, comme toutes choses, la religion évolue. Lamartine disait au prêtre de son temps :
ï"*aÎ3-nnus ton Dieu plus grand si tu veux qu'on l'adore 1
Notre idée de Dieu est certainement plus large, plus grande que ne l'était celle que se faisaient de lui nos aïeux,
Nos petits-fils, nos arriére-neveux, dans les associations de culte qu'ils Fonderont, auront peut-être à agran- ™* encore, à élargir cette idée; ils auront sans doute à ('epoiiiller, à débarrasser l'idée chrétienne elle-même "e beaucoup de mousses, de lierre, de gui, de plantes parasites qui sont venues à travers les siècles se semer 0" se greffer sur l'arbre, bienlôt vingt fois séculaire, de la religion de Jésus-Christ.
C'est possible, mais ce que j'affirme de toutes les fibres de ma convictiou, c'est que toute l'humanité de l'avenir jusqu'à la fin de ses destinées, comme toute l'humanité du passé, aura toujours en elle une foi, un idéal, des aspirations supérieures aux vulgaires réalités d'ici-bas. Je crois qu'elle ne sera jamais athée, monsieur Allard, mais qu'elle sera toujours religieuse, sous une forme quelconque, ou grossière ou épurée. (Très bien .' très bien l à droite était centre. — Interruptions à l'extrême (fauche.)
M. Maurice Allard. — C'est une affirmation personnelle.
M. Meslier. — Qu'en savez- vous, monsieur Ré veilla ud ? Qui vous donne le droit de faire cette affirmation ?
M. le Président. — Tout orateur a ce droit.
M. Maurice Binder. — J'avais raison, monsieur Ré veillaud, de vous dire que vos doctrines déplaisaient à vos amis.
A V extrême gauche . — Votre religion est philosophique.
M. Eugène Réveillaud. — Vous êtes beaucoup plus croyant que vous ne le pensez vous-même, monsieur Allard. (Très bien ! très bien ! à droite et au centre. — Exclamations à V extrême gauche.) Je vous mets au défi de sortir de vous-même, de faire une affirmation relative au monde phénoménal ; je vous défie de parler de biologie ou d'une science naturelle quelconque sans commencer — comme l'avoue M. Letourncau au début de son traité sur la Biologie — par faire ou par sousentendre un acte de foi au témoignage de vos sens. (Applaudissements au centre et à droite.)
Vous croyez à la matière, c'est entendu ; pourquoi m'interdiriez-vous de croire à l'esprit qui anime la matière? ..
M. Maurice Allard. — Vous confondez religion et philosophie, monsieur Réveillaud. La religion n'est que la caricature de la philosophie. (Mouvements divers.)
M. Eugène Réveillaud. — Certaines religions, je vous le concède.
M. Maurice Allard. — La religion n'a rien à voir avec l'infini ; elle solutionne le problème de l'infini par une facétie. (Exclamations à droite.)
LA LOI DE SËPAHATIOS ÏÏ8B
M. Eugène Réveillaud. — Vous croyez à la force et à la matière, disais-jc, vous croyez, au monde extérieur et phénoménal. Laissez-moi vous dire que votre foi s'arrête ainsi o l'écorce, à l'apparence, à ce qu'on pourrait appeler la fécule qui entoure le germe de vie et ne sait pus voir la sève dans l'écorce, la vie dans le germe et, — sous les apparences, les formes extérieurs cl passagères, — les réalités profondes, substantielles, éternelles, île l'esprit. (Applaudissements à droite, °<* centre et sur divers bancs à r/auche.ï
Bfl. Maurice Allard. — N'interprétez pas une pensée Philosophique, nous ne pouvons pas la discuter ici.
ûtf. le Président. — L'orateur a le droit de dire toute «a pensée.
- fcî. Eugène Réveillaud. — Je m'empresse de reconnï*ître, avec vous, monsieur Allard, que ce n'est pas •Ci ie lieu de prolonger ce dialogue et j'ajoute que si vom voulez que nous ayons sur ce point — car je crois ** Votre parfaite sincérité comme vous croyez aussi à 'a mienne — que nous ayons dans une autre enceinte.,.
M. Hémon. — Vous y monde 1
ralea
dire dans un
M. Eugène Réveillaud.
tradictoirc...
. une conférence
M. Mulac. — Pourquoi, Suv plusieurs bancs. — No
Ulei n! n
rs?
m ! ici !
M Eugène Réveillaud.
je me tiendrai à
entière disposition. (Très bien I très bien 1) M. le baron de Boissieu. — Ce sera un nouveau
colloque de Poissy. M. Eugène Réveillaud. — Le colloque de Poissy
28o LA SÉI'MtATIOX DES ÉGLISES ET DE L'ÉTAT
fut fort intéressant et les sujets qu'on y aborda ne son j pas encore épuisés (Très bien ! très bien !) Sur divers bancs. — Reposez- vous !
M. le Président. — Si la Chambre y consent, ls séance sera suspendue pendant quelques minutes pou* permettre à l'orateur de se reposer. (Assentiment.)
(La séance, suspendue à quatre heures moins vin g* minutes, est reprise à quatre heures moins cinq).
M. le Président. — La séance est reprise. La parole est à M. Réveillaud pour continuer son discours.
M. Eugène Réveillaud. — Messieurs, j'ai parlé de la religion en général en montrant qu'elle n'est pas, en soi, contraire à l'esprit qui est celui de notre devise républicaine : « Liberté, Egalité, Fraternité », puisqu'on peut dire même que cette devise a été tirée de l'Evangile et qu'elle a été celle du christianisme avant de devenir la devise de la franc-maçonnerie et de la République.
Mais si la religion, conçue comme union des hommes entre eux, comme union des hommes avec Dieu, ne peut être considérée comme une force hostile à la démocratie, s'il peut être, au contraire, très souhaitable que la démocratie s'assure. le concours de l'influence utile et excellente que cette force peut exercer, la question se précise maintenant en ce que nous sommes en France non pas en présence d'une religion idéale, de la religion chrétienne telle qu'elle émane de l'Evangile du Christ, que Renan a appelé « un principe inépuisable de renaissances morales » et qui est aussi un principe de réforme et de renaissance sociale, mais en présence d'un état particulier du christianisme, en face d'une Eglise qui s'appelle catholique, par où elle affirme
LA LOI DE SÉfAKATION 287
sa prétention d'être universelle, prétention qui ne se jus ti- Re d'ailleurs pas dans les faits, puisque tout le nord et l'orient de l'Europe, toute l'Asie et toutes les puissances de l'Amérique du Nord, du moins lous les Etats- Unis d'Amérique, l'Australie et l'Afrique du sud échappant à cette catholicité. Chez nous, quoique une très grande partie, la majorité probablement des Français, soii virtuellement détachée d'elle, celte Eglise n'en l»*~«tem! pas moins êlre une religion d'Etal et édifie cette prétention sur son passé, sur son union séculaire a"Vec l'Etal et sur le fait du Concordat qui lui a. rendu la- plupart de ses privilèges de l'ancien régime, sous F***^texle qu'elle était « Ja religion de la majorité des '"**~îançais ».
Il est donc naturel que j'envisage la question des rs* pports de l'Etat républicain avec celle religion parti e*»lière.
RI. Deschanel, dans son beau discours qui a inau- St> ré cette discussion, nous parlait des 98 p. 1(10 des Cailholiques qui sont en France.
Si ces catholiques étaient des catholiques suivant le CîMéchisme romain, suivant le Syllabus, suivant Ils I» i~-clenlions d'un clergé pénétré d'ullramonlanismc, ^*ejjnllicanisé solls l'influence des jésuites, il serait bien ■*MiUle d'essayer de faire la séparation de l'Etat et de 1 église ! Nous ne pourrions pas briser la chaîne de ^^tre servitude. Oui 1 Si les 98 p. 100 des catholiques *4<ji sont en France étaient des catholiques romains, **llraniontains, faisant profession d'être subordonnés à 'autorité du pontife qui siège à Rome, je le répète, il ferait inutile de proclamer la liberté religieuse : nous ^^rions asservis pour l'éternité. (Mouvements divers.)
Mais, pour l'aire ce calcul, pour établir cette proportion, je remarque qu'il luul compter comme catholiques
les neuf dixièmes des députés qui siègent dans cett< Chambre ; mon interrupteur de tout à l'heure, 1'hono— « rable M. Allard, qui probablement a été baptisé, eW~ aussi M. Dejeante, et je puis bien dire : presque tou^s ceux qui sont ici et la presque totalité de leurs élec — teurs. (Interruptions à droite.)
La vérité, c'est que le catholicisme romain, marquée de l'empreinte du Gesu de Rome, n'est que la religion M d'une petite minorité de Français.
Seulement, cette petite minorité, grâce à l'action des -s jésuites..
M. Dèche. — Il n'y en a plus depuis 1827.
M. Eugène Réveillaud. — Croyez-vous?... grâce à leur action dans le clergé — car ils sont arrivés à anéantir le gallicanisme pendantle dix-neuvième siècle...
M. Meslier. — Très bien ! C'est vrai.
M. Eugène Réveillaud. — ... comme ils avaient espéré anéantir le protestantisme et le jansénisme au dix-septième et au dix-huitième siècles, cette petite minorité très habile, enthousiaste et rusée à la fois, comme Michelet Ta êcrità propos de Loyola, est arrivée à chasser l'esprit gallican de l'Eglise de France et à substituer partout son enseignement, sa doctrine, à la doctrine des libertés de l'Eglise gallicane. Comme Tartufe, dans la comédie de Molière, les jésuites sont arrivés à une heure, dans notre histoire, où ils ont dit : « La maison est à moi, je le ferai connaître ». Ils l'ont fait connaître, en effet, s'installant en maîtres dans le domaine de l'église de France et prenant la direction de tout le mouvement clérical, antirépublicain, dans ce pays .
Quand je dis : antirépublicain, il faut s'entendre, car, à un moment, après avoir inspiré toutes les manœu-
■vres, toutes les batailles de la réaction, ils se sont avisés qu'ils avaient peut-être fait fausse route et, constatant la fermeté du suffrage universel, la force avec laquelle le sullrage universel affirmait, dans toutes ses consultations, sa volonté de maintenir la République en France, ils ont alors, suivant le mot de Charles Dupuy. changé leur fusil d'épaule; el ce sont eux qui ont inspiré ce qu'on a appelé la manœuvre du ralliement.
M. Charles Benoist. ■ — C'est absolument inexact, nionsieur Réveillaud. J'ai bien connu ce que vous appe- 'ez la manœuvre du ralliement. Permettez-moi de vous d're que la politique de Léon XIII n'a pas eu du tout ' Tigine que vous lui attribuez.
fid. Eugène Réveillaud. — Vous savez, monsieur *-harles Benoist, qu'à Rome on dislingue entre le pape "Jane, qui est là pour la façade, acl pompam el reprœs*?ntationem, et le pape noir, le général des jésuites, *1<JÏ est le véritable inspirateur, le vrai moteur de *°utc la politique romaine.
3M- Dèche. — Où avez-vous pris cela ? Il faudrait des Preuves pour dire des choses semblables
JM. Charles Benoist. — Dans l'affaire du ralliement, J pape noir, s'il existe, n'a été absolument pour rien. rout a été voulu, mené et fait par le pape blanc tout seul.
3M. Meslier. — Cela nous suffit; cette affaire ne le rel{ardait pas.
Sff. Charruyer. — Comment le savez-vt Benoist ?
M. Charles Benoist. — Parce que j'étais à Rome à ce moment-là, et que j'avais des moyens de le savoir.
ce m
M. Maurice Allard. — Vous n'alliez pas au Vatican?
M. Charles Benoist. — Je vous demande pardon, j'allais beaucoup au Vatican.
M. Meslier. — Vous allez vous compromettre.
M. Charles Benoist. — Je suis alors tout compromis. Mais c'est une vérité historique que je tiens à établir : les jésuites n'ont été pour rien dans le ralliemeixt»
M. Eugène Réveillaud. — Je crois que la thèse «^e M. Charles Benoist est contraire à la réalité secrète <E^S faits. En tout cas, M. Charles Benoist ne peut pas co "**" tester que le gallicanisme a été exterminé en France e* M . Ribot parlait de l'indépendance que le clergé ^-**f France avait conquise. Je trouve que là où il parh —
d'indépendance, il faudrait parler de mort; car 1 - '
comme partout où ils passent, les jésuites ont fait mort. Si je ne craignais de prolonger ce débat, je poui rais apporter ici les véhémentes dénonciations d Michelet ; mais elles sont dans vos mémoires et je croi qu'il est inutile que j'insiste.
Oui, c'est l'évidence même, le jésuitisme estunprin — ' * cipe de mort, aussi bien pour les Eglises que pour les^^ peuples. 11 maintient seulement ce qu'on pourrait ap- — peler : l'écorce, l'apparence formelle, l'organisation & extérieure, le rite, l'organisme de l'Eglise, mais il ' étouffe l'esprit, qui est la vie.
Heureusement, cette contagion jésuitique, qui est un principe de mort, n'a pas encore gagné, contaminé et corrompu tous les catholiques de France ; et s'il n'y a plus de catholiques gallicans dans le clergé, il y en a encore, et beaucoup, dans les masses profondes de notre pays, parmi ces 98 p. 100 de catholiques, qui le sont parla grâce de leur baptême. Ce sont ceux-là que Littré appelait — l'expression a été rappelée par M. Ribot dans
son discours d'hier — les « catholiques du suffrage Universel ».
Voici comment il définissait ce catholicisme selon le suffrage universel, dans sa revue, la Philosophie positive, de septembre 1879 :
« Sans entrer dans le détail des signes qui le caractérisent, je me borne à un seul, parce qu'il a déjà une grande portée et qu'il possède une complète notoriété, je veux parler des élections qui nomment les membres de la Chambre des députés, les conseils généraux et les municipalités.
« Sur ce terrain, le catholicisme selon le suffrage universel met de côté toutes les distinctions de religion et de doctrine entre les candidats et il ne se souvent que de leurs opinions politiques : il se porte indifféremment sur des catholiques, sur des protestants, sUr des juifs, sur des libres penseurs, pourvu qu'ils satisfassent à un certain programme, qui varie sans dôme selon les circonstances, mais qui pourtant a toujours un tond identique, celui de respecter les conditions essentielles de la vie moderne, telle que l'a faite *a Révolution.
« En revanche, il exclut presque absolument tout ce Sltti est clérical, ultra mon ta in, jésuite, en d'autres termes tout ce qui professe une hostilité implacable contre l'établissement du régime laïque au sein de l'Etat... "3tis l'église, devant la chaire, au confessionnal, à la Première communion, au sacrement du mariage, a extrême-onction du lit de mort, il accepte chrétien- °ettient l'autorité de ceux qui distribuent la parole de "'eu. Hors de là, il n'a plus aucun préjugé contre les dissidents, contre les hérétiques, contre les incrédules, et il leur confie, s'il les juge d'ailleurs dignes de con- ^ancc, ses plus chers intérêts temporels. Je livre ce
cas remarquable aux méditations des intolérants à toutes les catégories. »
J'ai tenu à refaire cette constatation que nous son mes en présence d'un pays qui n'est pas, quoi qu'on ^ dise, soumis dans sa conscience aux dogmes de l'égli£ de Rome, aux dogmes qui ont trouvé leur formulai* dans le Syllabus. C'est pourquoi nous pouvons, sa*^ trop nous inquiéter, envisager cette grande révoiutic* de la séparation des Eglises et de l'Etat, cette ruptu* du lien concordataire qui établit autour de l'Eglise c^ tholique, autrefois gallicane mais devenue romain* comme une sorte de barrière protectrice, de haie tutë laire.
Si vous me permettez une image, je vous rappellera* ce vieux chêne de la forêt de Fontainebleau, que beau* coup d'entre vous ont pu voir, et qu'on appelle « la Pharamond ». Cet arbre vénérable, doyen de la forêt a été non seulement entouré d'une grille, mais encore recouvert d'une sorte de carapace en zinc pour le protéger contre la pluie, contre lès tempêtes qui pourraient le faire tomber en poussière.
Pour moi, le Concordat est cette carapace, cette armature de zinc ou de fer qui a protégé le vieil arbre vermoulu, au point de vue spirituel, contre la poussée des jeunes tiges et surgeons qui, s'ils avaient pris leur libre croissance et leur plein développement, seraient entrés en concurrence — c'est la lutte pour l'existence — et auraient probablement achevé de tarir la sève du vieil arbre. {Très bien ! très bien ! à gauche).
Avec le régime de la séparation, nous pouvons et nous devons envisager qu'il se produira des mouvements religieux dont nous pouvons à peine nous faire une idée et qui seront, dans leurs fins et dans leurs
tendances, contraires à l'Eglise romaine, contraires aux enseignements du Gcsu.
Il s'est produit à l'étranger beaucoup de mouvements "le réveil ; nous en avons vu en Angleterre, an pays de *-*alles ; il y a eu aux Etats-Unis d'Amérique, ce qu'on appelé les Camp meetings. En Autriche, en Bohême, ^sl le mouvement los von Rom (hors de Rome I) qui — développe en ce moment même. Un mouvement *ialogue eût pu se produire aussi en France...
M. le comte de Lanjuinais. — C'était un mouve- "*^* «rit politique.
M. Eugène Réveillant!. — ... mais on doit consta- ^^^^ i que notre pays a été, au contraire, pendant toute la *- "*— irée du dix-neuvième siècle, frappé de stérilité, qu'il **- -a rien produit au point de vue religieux. I! faut attri- * *jer cette stérilité, cette impuissance à l'action du ' — - ^CDncordat qui a été desséchante. C'est par le Concor- *■ ^^*t qu'ont été étouffés tous les essais de schisme, tous
s mouvements qui out essayé de se produire, depuis schisme de la « Petite Eglise » et le schisme de
ibbé Chatel jusqu'au schisme du père Hyacinthe.
curires à droite.)
M. Dèche. — Ils n'ont pas eu beaucoup de succès.
M. Eugène Réveillaud. — Vous souriez, mais je
aintiens qu'à la suite de la proclamation de l'infailli-
lité du pape, une réforme religieuse, un schisme se s ^Ssrait certainement produit en France, comme il s'est E^*ouuit en Suisse, en Hollande, en Allemagne, s'il n'y ^-"Xrait pas eu justement la barrière, la clôture du Con- ^■^rdat.
M. Dèche. — En Suisse, le schisme n'a pas duré.
M. Eugène Réveillaud. — Il dure encore, et à Ge- **«ve, à Neuchatel, à Berne, dans beaucoup d'autres
3&i LA SÊFAftATIOX MS ÉGLISES ET DE i/ÉTAT
ailles, tous pouvez assister à on culte catholique tioaal qui n'a ptns rien à faire avec Rome.
Un homme qui a honoré le Parlement, le cath cisme libéral et le parti conservateur, Montalemb écrirait, le 7 novembre 18®, la lettre suivante ad sée an professeur Dcdhnger, de Munich :
€ Très cher ami, je tous jure que si j'entrevoyais moyen quelconque pour moi, simple laïque, d'< admis au Concile, rien ne m'arrêterait
€ Tout misérable que je suis, j'essayerais de me t ner jusqu'à Rome, dussé-je périr en route, et qu même, une fois arrivé, je ne dusse point obtenu parole ; mais j'irais, ne fût-ce que pour protester ma présence, par le triste et intrépide regard d parle Bossuet, contre les bassesses qui vont . se { duire et qui risquent de triompher.
€ Vous admirez sans doute beaucoup l'évêque d1 léans, mais vous l'admireriez bien plus encore si v pouviez vous figurer l'abîme d'idolâtrie où est tomb clergé français ; cela dépasse tout ce qu'on aurait s'imaginer aux jours de ma jeunesse, au temps Frayssioous ou de Lamennais. Le pauvre Mgr Ma pour avoir exposé des idées très modérées dans langage plein d'urbanité et de charité, est traité pu queinent dans les journaux soi-disant religieux d'h< siarque et d'apostat par le dernier de nos curés ! tous les mystères que présente en si grand non l'histoire de l'Eglise, je n'en connais pas qui égalé dépasse cette transformation si prompte et si comp de la France catholique en une basse-cour de Tant meradu Vatican. J'en serais encore plus déses] qu'humilié, si comme partout, dans les régions illu nées par la foi, la miséricorde et l'espérance n laissaient entrevoir à travers les ténèbres . »
Quand des hommes comme Montalembcrt, comme 'e P. Gratry, comme Mgr Darboy, l'archevêque de Paris, quand Dupanloup lui-même ont porté ou transmis à Rome des paroles de protestation contre ce dogme nouveau de l'infaillibilité contre lequel s'était toujours élevée l'Eglise gallicane ; quand on sait que des hommes de Toi et de talent comme eux ont dû subir ensuite, quand il a été promulgué, |la pression de ce nouveau dogme, ont dû lui donner une adhésion du bout des lèvres, — contre leur conscience, on peut le croire, — il est bien permis de se demanderai, sous un autre régime que le régime concordataire — qui empêchait toute gestation d'idées religieuses nouvelles, toute manilestation d'un culte dissident, en dehors du moule des trois ou quatre Eglises officielles qu'autorisait le Concordat, — il ne se serait Pas produit à ce moment-là un mouvement semblable 3 celui du vieux calholicisme allemand ou suisse que je rappelais tout à l'heure.
La vérité, c'est que, sous ce régime bâtard et étouffant du Concordat, des hommes de talent, des chrétiens vivants, des prédicateurs éminents, comme le *^ère Hyacinthe, se sont vu refuser par Jules Simon *u<-mème le droit de donner des conférences religïeuses.
Le P. Hyacinthe lui-même, je le répète, en 1877 — J si ici le document — sévit refuser successivement ï*ar MM. de Marcère et Jules Simon le droit de faire ** Paris des conférences sur « des sujets de morale et °-e doctrine chrétienne ». Jules Simon lui répondit, Près un mois de réflexion, « qu'il ne saurait luiappare,Hr de permettre ce qui paraissait devoir constituer "° véritable enseignement religieux, en dehors des Or»ditions auxquelles un enseignement de cette nature
est soumis par la loi lorsqu'il s'exerce publiqueir Et il invita l'ex-P. Hyacinthe à se borner à des de morale !
Voilà où nous en étions, où nous en sommes e d'après la loi sur les cultes, à l'heure qu'il est ! été le régime de la France pendant tout le dix- neu siècle. J'ai ici des dossiers dont je vous éparg lecture et qui prouvent que ce n'est que par tolé et par une tolérance précaire que les Eglises ont pu se constituer sur différents points de Fi D'autres ont été naguère encore momentanément dites. Encore une fois, en dehors des cultes of: classés par le Concordat, nous n'avons pas l'aveu est humiliant pour la France — pendant t dix-neuvième siècle et jusqu'à ce jour, la véi liberté religieuse, la vraie égalité des cultes. La tion qui se pose est : si, dans cette ère nouvel! sera enfin celle de la liberté, au lendemain de la ration, il ne se fera pas un travail qui sera à ] le travail de dislocation de cette Eglise romai cette Eglise catholique qui a subi, pour son d; joug de l'ultramontanisme, et le travail de pous: nouveaux cultes, de nouvelles organisations relig qui briseront ce moule de l'unité factice sous 1 comme sous une chape de plomb, l'avenir religi aussi l'avenir politique de notre pays pourraien écrasés. (Très bien ! très bten ! à gauche).
M. Deschanel paraissait, l'autre jour, traiter 1 ment la question des schismes possibles ; il disî ces questions-là étaient en réalité bien secon< que nous avions mieux à faire, au vingtième sied de nous intéresser à ces querelles confessionnel de nous préoccuper de schismes ou de réformes gieuses.
te voudrais sur ce point — ce sera ma dernière citaon — vous apporter l'opinion du grand penseur et a grand historien, du vaillant républicain, (car il connut l'exil pour sa foi politique), que fut Edgar Quinet. Cette citation me parait fort justement caractériser 'état d'esprit de ces élégants sceptiques de notre temps qui refusent aux questions religieuses jusqu'à ceile mesure d'attention qu'on donne à tant <Ie bagatelles oiseuses, mais qui sont par cela même de purs jouets dans la main du directeur jésuite qui confesse ltïurs femmes et dicte le catéchisme à leurs enfants.
■ L'esprit romain, écrit-il, a si bien épuisé, dépensé,
t^ari en nous les sources de la crédulité qu'il nous est
•désormais impossible de croire à autre chose qu'à ce
cj »jc nous avons vu. Nous obéirons parce que nous
&"voas obéi, nous assisterons à telle cérémonie parce
«lue c'est la coutume. Nous Ferons à l'occasion tel
Sicile, tel geste, parce que d'autres les ont faits avant
■sous. Nous accepterons ta foi ancienne, parce qu'elle
o st une habitude, une convenance . Mais que le miracle
spontané de la parole nouvelle jaillisse de nos poitrines,
que notre argile desséchée se réveille et entante la vie,
c est là ce qu'il est difficile d'imaginer. .
"Il est risible'— disent quelques libéraux —de supposer que la France puisse changer de religion. Ce St'rait supposer que la religion est prise au sérieux, *'■ entre nous, nous avons trop d'esprit pour cela. « *^e pourrait-on pas leur répondre : « Vous avez raison ~* prendre souci du ridicule ; cela semble être le °ntîenient de votre profession de foi. Mais si c'est là °tre grande affaire, ne craignez-vous pas, à la fin, Mu'i] v ajt quelque ridicule à prendre partout en main défense de tousles droits et à ne pouvoir en établir "cun parmi vous ; à convoiter ardemment la liberté
et à embrasser assidûment la servitude ? Ne craigneztous pas que cela aussi puisse prêter à rire ai monde ? »
Cependant Quinet insiste sur l'opinion que nous n» pourrons jamais détruire les vieilles formes de religion, lors même qu'elles sont arrivées à cette période dogmatique, où l'on peut dire qu'elles touchent à leur I' fin, si nous ne les remplaçons pas par quelque chose |*de meilleur, par une religion plus épurée.
M. Lucien Mille voye. — Laquelle ?
M. Eugène Réveilland. — Dans l'ordre religi^** comme dans l'ordre politique on ne détruit que ce CfP l'on remplace. C'est la thèse qu'il a soutenue en mai- ** page de ses ouvrages et notamment dans son li"^^ magistral sur la Révolution.
«t Les révolutionnaires, écrit-il à propos de la gue? ^** de Vendée, n'obtiennent un triomphe apparent qtu en renonçant à leurs propres idées pour se plier à cet- -^cs de leurs adversaires ; ce qui semble indiquer que catholicisme n'aurait pu être vaincu que par une au "&& forme du christianisme. La Révolution n'aurait J^ entamer l'ancienne religion qu'en lui opposant tt- je autre foi positive. »
Ce fut d'ailleurs l'idée qui, un moment, traver^-*a l'esprit de Bonaparte; il se posa à lui-même la questic^11 de savoir s'il n'opposerait pas le protestantisme ^^u catholicisme romain contre lequel protestaient à -*^c
moment — vous avez en tendu la citation de Mme C^^ Staël — les hommes qui l'entouraient, les législateurr"^ du Tribunat, du Corps législatif, du Sénat, ses géne^^ raux même, et s'il ne rétablirait pas en France, s* n'appuierait pas du moins le rétablissement du pro testantisme préférablement au catholicisme : « J'avais le choix », — dit-il, dans un passage du Mémorial dt
l LOI DE SÉPARATION 599
Sauile-Hélène qui préeède immédiatement la citation •V* nous a lue l'autre jour M. Barthou, — « j'avais le <*oix à ce moment — c'est-à-dire en 1801 — entre le catholicisme et le protestantisme, et la France m'aurait P'us volontiers suivi si j'avais embrassé le protestantisme... {Exclamations à droite).
A droite. II s'est bien gardé de le faire.
M. Eugène Réveillaud. — C'est Napoléon qui parle, messieurs ; si vous le voulez, inscrivez-vous en faux Contre son opinion !
« ... Le courant des idées me poussait alors dans -etie direction. »
M. Maurice Allard. — Savez- vous ce que M. de >Jarbonne a dit alors à Napoléon ? Il lui a dit qu'il n'y ïvait pas en France assez de religion pour en faire lieux ! (Mouvements divers).
M. Eugène Réveillaud. — Je suis très heureux de votre interruption. Elle explique pourquoi la France, bêlas ! est restée, pendant tout le dix-neuvième siècle &t jusqu'à ces dernières années, la terre d'élection, ^'adoption et d'envahissement des congrégations. Il **5 avait pas assez de religion vraie en France pour se défendre contre la propagation envahissante des i<Jperstitions malsaines et abêtissantes. Permeltczïici de dire que cette question m'angoisse aussi de l^"voir s'il y a aujourd'hui assez de religion en France *«^ur en faire plusieurs.
Il est certain qu'après la tourmente de la llévolution * n'y avait pas beaucoup d'esprit religieux en France.
M. Maurice Allard, - Il y en a encore moins L<jjourd'hui.
M. Eugène Réveillaud. — C'est une question con- *~wversable. Nous l'examinerons.
Mais si je m'applaudis de ce fait que la réforme religieuse, que le protestantisme n'a pas été favorisé par l'intervention, par la puissance de Bonaparte, je crois pourtant, comme il l'a dit, que la France l'aurait plus volontiers suivi s'il avait embrassé le protestantisme. Combien de nos compatriotes, catholiques de nom, sont en effet protestants sans le savoir !
J'espère qu'une nouvelle réforme libératrice de Rome pourra s'accomplir un jour dans notre pays où, quoi qu'on dise, il y a encore des germes de foi qui ne demandent qu'à pousser et à donner des fruits de vie. Oui, j'espère que cette réforme religieuse se fera, car elle est absolument nécessaire si nous voulons nous débarrasser du catholicisme, de la religion du Syllabus. En tout cas, on peut dire que le sort, que l'ave- i nir de la loi de séparation que nous allons faire dépen- 1 dra de la réponse qui sera faite par les événements à | cette question.
M. Maurice Sibille. — Nous républicains, nous n'avons pas à favoriser telle ou telle religion ; nous n'avons qu'à garantir la liberté à tous les citoyet*8' quelles que soient leurs croyances ! (Applaudissement au centre et sur plusieurs bancs à gauche).
M. Maurice AUard. — M. Réveillaud veut n*>uS faire changer de religion. Nous, nous ne voulons &^\ plus de la religion catholique que de la religion p testante. (Applaudissements à Vextrême'gauche).
M. Eugène Réveillaud. — Que vous le voul ou non, vous ne pourrez pas empêcher, quand vo aurez proclamé la liberté, de voir pousser et se mul plier, comme fruits de cette liberté, les schismes et 1-^ réformes.
Je répète que cela est tout à fait souhaitable dar^
intérêt de nos institutions. La République serait tnena- :ée avant qu'il soit longtemps si elle trouvait en face Telle, comme une forteresse inébranlable, celte unité iu catholicisme romain a jamais consolidée.
J'avais annoncé la fin de mes citations, mais il en esl pourtant une dernière que je liens à faire. Je l'emprunte à Renan. Avec la fine clairvoyance et l'esprit d'analyse que personne ne lui contestera, il a Tort bien vu et indiqué que les schismes se multipliant au sein îles églises d'autorité sont la meilleure garantie ; de la liberté et de l'indépendance civiles. Parlant des empereurs romains et en particulier des Antonins, il montre que les persécutions légales auxquelles ils se sont prêtés ont fortifié l'Eglise catholique alors en formation plutôt qu'elles ne l'ont affaiblie et voici ce qu'il déclare au sujet de celle poli'ique des Antonins (Mouvements divers au centre). Si je lis cet extrait, c'est pour en tirer une conclusion pratique que je vous recommande et qui sera a sa place quand nous aurons * discuter sur le régime des associations religieuses.
Renan donc écrit :
* La persécution à l'état permanent, tel est le résumé 'e l'ère qui s'ouvre pour le christianisme. On a pensé lu'il y eut un édit spécial ainsi conçu : Non licet esse 'hi-islianos, mais cela n'est point nécessaire a suppo- !er. Les chréliens étaient, par le seul fait de leur "ïsteiice, en contravention avec la loi sur lesassocia- »ons.
« ... A leur forte préférence pour le culte national, e joignait, chez les grands empereurs du deuxième 'ècle, la crainte des hétéries, cu?(us illt'citi, ou associa- 'ons susceptibles de devenir des factions dans les illes.
« Un simple corps de pompiers était suspect. Même
les associations ad sastinendam tenuiorium inopiam ne sont permises qu'aux villes qui ont, à cet égard, des chartes particulières. Combien il eût mieux valu laisser les associations libres !
« ... Ces associations aspiraient à naître de toutes parts ; l'Etat fut pour elles plein d'injustice et de dureté. Il voulait le repos à tout prix, mais le repos, quand l'autorité le fonde sur la suppression des efforts privés, est plus préjudiciable à une société que les troubles mêmes auxquels on prétend obvier par le sacrifice de toute liberté...
« Certes, d'après nos idées, Trajan, Marc-Aurèle eussent mieux fait d'être tout à fait libéraux, de concéder pleinement le droit d'association, de reconnaître • les corporations comme capables de posséder, sauf en cas de schisme, à partager les propriétés de la corporation entre les membres en proportion du nond^ des adhérents de chaque parti. »
M. Charles Bos. — C'est la loi des associations **e 1901 !
M. Eugène Réveillaud. -— Nous retrouverons c^*e question, monsieur Bos, et votre observation sera ê*- ** place, en effet, quand nous viendrons à la discussi-011 des articles.
« Ce dernier point eût suffi pour écarter tous -^cS dangers. Les corporations sans lien avec l'Etat ne sC^n jamais bien redoutables à l'Etat, quand l'Etat re^^c réellement neutre, quand l'Etat ne se fait pas juge ti0^ dénominations, et, dans les procès qu'on porte devs^^. lui pour la possession des biens, observe la règle ^^^ partager le capital social au prorata du nombre. »
C'est une indication qu'on peut donner à la Commis^sion de séparation.
M. Gayraud. — Vous pourriez ciler là-dessus l'empereur A u ré lie n .
If. Eugène RéveUIaud. — Vous le citerez, mon cher collègue.
n De la sorte, toutes les associations dangereuses pour la paix du monde sont facilement dissoutes, la division les réduira en poussière; l'autorité de l'Etat peut seule faire cesser les schismes dans les corps |de genre; la neutralité de l'Etat les rend incurables, [ème libéral est le plus sûr dissolvant des assois trop puissantes. »
confiance, moi aussi, messieurs, dans la liberté, et je suis persuadé que la solution la plus libérale possible du grand problème qui est posé devant nous sera la meilleure solution qu'il nous faudra choisir, de préférence aux autres qui se présenteraient sous le couvert d'une législation draconienne, avec la pensée de répondre aux attaques du parti clérical par une Politique de combat.
Uans les amendements que j'ai proposés, dans la Proposition de loi que j'ai présentée et dont j'aurai '"occasion de développer dans quelques jours l'esprit e* les articles, je demande que la liberté la plusgrande soit laissée aux associations du culte, que la transition sOit ménagée du régime actuel au régime qui suivra la séparation . C'est pourquoi je suis d'avis de laisser aux Eglises qui sont en possession la jouissance des édifices dt» culte moyennant un loyer purement fictif et symbolique. {Mouvements divers). Je crois que nous devons "ous adresser aux Eglises avec des pensées d'apaisement, l'olivier de paix à la main. Si à ces intentions de Paix, à ces avances de conciliation, le parti militant de l'Eglise répond par la guerre, s'il continue les campagnes d'attaques et de calomnies qu'il a dirigéesdans
le passé contre les républicains, nos suc cesse ors on nous-mêmes, si nous vivons encore, pourrons faire des lois de police des cultes susceptibles de nous protéger. i&r4\\ii::<!tfoi!$ au centre et à droite).
Mais à chaque jour suffît sa peine. Pour le moment j'affirme qu%il est de l'intérêt du parti républicain de donner à la toi que nous allons faire un caractère foncièrement libéral, large et généreux.
Oans ces condition, nous n'aurons rien à craindre : le pays approuvent la loi que nous allons faire ; et cette loi de séparation, qui sera l'entrée dans une ère nouvelle, la préface d'un régime nouveau, dont j'attends, pour ma part, une libre et féconde éclosion des idées religieuses dans le meilleur sens du mot, ce régime-li sera*,»
M, le marquis de Rosanbo... un régime de guerre civile î
M. Eugène Réveillaud... non, pas un régime de guerre civile, mais un régime d'apaisement et d'affranchissement a la fois. 11 ne tiendra qu'à vous, messieurs de la droite, de répondre à nos avances de paix V** une attitude de paix qui vaudra mieux d'ailleurs, p£*uT vos idées mêmes, que cette attitude de bataille qui nf vous a jamais réussi. Ainsi cette grande réforme dep*^s si longtemps désirable, s'accomplira, j'en ai la conViC"
tion, à Thonneur de cette législature...
-4te M. le marquis de Rosanbo. — Ce sera pour ce^ j...
législature un signe d'intamie ! (Exclamations et bra*^
M. Eugène Réveillaud. ... pour le bien de no pays, pour l'indépendance réciproque des Eglises de l'Etat, pour l'affermissement de la République, po la grandeur et l'honneur de notre patrie républicain {Applaudissements à gauche.)