L'ÉTAT ENTREPRENEUR DE MESSES
pelle à la paroisse entière le souvenir de leurs parents défunts. »
L’évêque de Tarentaise demande : « Que deviendront toutes ces fondations après la suppression du Concordat? » Je lui réponds en prenant en main le projet Combes : l’État, sous le nouveau régime, se fera le gérant bénévole et obligatoire de toutes ces fondations postérieures au Concordat et antérieures à la séparation. L'article 3 est formel et ne comporte aucune exception. « Les biens mobiliers... ayant appartenu... aux fabriques... seront concédés à titre gratuit aux associations qui se formeront pour l'exercice d’un culte. »
Je prie les libres-penseurs les plus décidés, ceux qui prennent au sérieux la séparation des Églises et de l'État, de vouloir bien considérer les conséquences peu banales auxquelles peut conduire cet article 3. S'il ne s'agissait d’un sujet si grave et qui engage les consciences, il y aurait ici une ample matière à plaisanterie. Je ne céderai pas à la tentation.
Voilà donc l’État qui met la main sur un titre mobilier appartenant à une fabrique. Ce titre a pour but d'assurer des messes aux morts d’une famille déterminée. L'État en concède la jouissance à l’association cultuelle qui continue l’œuvre de la fabrique, mais il ne se dessaisit pas du titre lui-même. Il n’exige pas qu’on lui donne un tant pour cent sur ce revenu. Il fait la concession & à titre gratuit ». C’est déjà quelque chose qu’il ne veuille rien toucher sur les messes dont il s’attribue la gérance laïque. Mais il exercera scrupuleusement cette gérance.
Il ne fera la concession à l’association que « pour une période de dix années, et à charge d’en rendre compte
Raoul Allier
à l'expiration de cette période ». A cette date, et quand les comptes auront été rendus, l'État verra s’il lui convient de concéder à l’association, pour une période demême longueur ou d’une longueur moindre, l’administration de ces messes pour les morts. Il faut espérer, pour les familles dont il aura ainsi pris les intérêts, qu’il commencera par examiner, avec son incontestable compétence, la qualité des messes célébrées.
Le projet Combes est à la disposition de qui veut le lire. Le premier venu est en état de me dire si j’en présente une caricature. Plusieurs de mes lecteurs seront plutôt tentés de supposer que tout cela se trouve bien dans l’article 3, que c’en est une conséquence logique, mais inattendue, et que les rédacteurs du projet mavaient pu songer à des choses aussi extraordinaires.
Je comprends cette supposition. Maïs elle est inadmissible. Si la majorité de la population était étrangère au culte catholique, si les messes pour les défunts étaient chez nous des cérémonies exceptionnelles, l’oubli de ce genre de fondations serait, à la rigueur, intelligible. Il ne l’est pas et ne peut pas l’être dans un pays où les protestants sont une très petite minorité et où la plupart des fondations religieuses, auprès des fabriques, n’ont pas d'autre but.
La vérité, c’est que ce détail éclaire d’une lumière crue le projet de M. Combes. J’ai montré, à propos de cet article 3, combien il organise l’immixtion à peu près perpétuelle de l'Etat dans les affaires religieuses. En assumant la gérance des biens appartenant aux corps ecclésiastiques actuels, l’État ne compromet pas seulement le droit de propriété. Il se donne, en outre, un moyen de favoriser ou de gêner, selon son caprice, tel