‹ La séparation des églises et de l'ÉtatChapitre 121 sur 189 · XXI. L'Église wa pas le pouvoir de définir dogmatiquement · texte numérisé non relu

XXI. L'Église wa pas le pouvoir de définir dogmatiquement

J.-L. de Lanessan

article particulièrement vigoureux de M. Léon Plée. Il souligne le caractère de « cette encyclique, qui jette un si cruel défi à toute la civilisation moderne, écrit-il dans le Siècle du 29 décembre 1864, à toute la société, qui remet en question toutes les conquêtes de la raison et de la conscience », et il ajoute : « Les sociétés laïques mises en péril, menacées, anathématisées, ne se laisseront pas renverser sans protestation. » C'était l’avertissement donné à Rome de la séparation de son Église d'avec l’État français, si les successeurs de Pie IX ne

que la religion de l'Église catholique est uniquement la vraie religion.

XXIV. L'Église n’a pas le droit d'employer la force ; elle na aucun pouvoir temporel direct ou indirect.

XXV. En dehors du pouvoir inhérent à l’épiscopat, il y a un pouvoir temporel qui lui a été concédé ou expressément ou tacitement par lautorité civile, révocable par conséquent à volonté par cette même autorité civile.

XXVII. Les ministres sacrés de l'Église et le pontife Romain doivent être exclus de toute gestion et autorité sur les choses temporelles.

XXVIIT. Il n’est pas permis aux évêques de publier même les lettres apostoliques sans la permission du gouvernement,

XXX. L’immunité de lEglise et des personnes ecclésiastiques tire son origine du droit civil.

XXXI. Le for ecclésiastique pour les procès temporels des clercs, soit au civil, soit au criminel, doit absolument être aboli,même

sans consulter le Siège Apostolique et‘$4ns tenir compte de ses réclamations.

XXXII. l’immunité personnelle, en vertu de laquelle les clercs sont exempts de la milice, peut être abrogée sans aucune violation de l'équité et du droit naturel. Le progrès civil demande cette abrogation surtout dans une société constituée d’après une législation libérale.

XLIT. En cas de conflit légal entre les deux pouvoirs, le droit civil prévaut,

XLHIL La puissance laïque a le droit de casser, de déclarer ét rendre nulles les conventions solennelles (concordats) conclues avec le Siège Apostolique, relativement à l’usage des droits qui appear:

RÉSULTATS ET CONCLUSIONS

retiraient pas les menaces dirigées par ce dernier contre toutes les libertés et contre lé pouvoir laïque lui-même.

Se tournant ensuite vers le clergé français, M. Léon Plée lui disait :

L'Église de France va-t-elle s’associer à La prise d'armes de Rome ?.. Et les catholiques modérés ?.… Nous attendons ; si pas une voix ne s'élève, ce sera une leçon pour l'avenir. Nul ne viendra plus nous parler de conciliation. Chacun

comprendra qu’il faut combattre à outrance l'ennemi qui veut s’emparer de nouveau de la société ; l'ennemi qui, la jetant sous les pieds de la domination ecclésiastique, pro-

tiennent à l’immunité ecclésiastique, sans le consentement de ce Siège et malgré ses réclamations.

XLV. Toute la direction des écoles publiques dans lesquelles la jeunesse d’un Etat chrétien est élevée, si Pon en excepte dans une certaine mesure les séminaires épiscopaux, peut et doit être attribuée à lPautorité civile, et cela de telle manière qu’il ne soit reconnu à aucune autre autorité le droit de s’immiscer dans la discipline des écoles, dans le régime des études, dans la collation des grades, dans le choix ou l’approbation des maîtres.

XLVII. La bonne constitution de la société civile demande que les écoles populaires, qui sont ouvertes à tous les enfants de chaque classe du peuple, et en général que les institutions publiques destinées aux lettres, à une instruction supérieure et à une éducation plus élevée de la jeunesse, soient affranchies de toute autorité de l’Église, de toute influence modératrice et de toute ingérence de sa part et qu’elles soient pleinement soumises à la volonté de Pautorité civile et politique, suivant le désir des gouvernements et le courant des opinions générales de l’époque.

XLVIII. Des catholiques peuvent approuver un système d’éducation en dehors de la foi catholique et de Pautorité de PEglise et qui wait pour but, ou du moins pour but principal, que la connaissance des choses purement naturelles et la vie sociale sur cette terre.

LIT. On doit abroger‘ les lois qui protègent l'existence des familles religieuses, leurs droits et leurs fonctions, bien plus, la puissance civile peut donner son appui à tous ceux qui voudraient quitter l’état religieux qu’ils avaient embrassé et enfreindre leurs vœux solennels ; de même, elle peut supprimer complètement ces mêmes communautés religieuses, aussi bien que les églises collégiales et bénéfices simples, même de droit de patronage, attribuer

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clame de nouveau la souveraineté temporelle de l’Église audessus de toutes les souverainetés, aussi bien celle des chefs d'Etat et des peuples que celle du père de famille.

Le 4 juillet 1870, à la suite de la proclamation du dogme de l’infaillibilité du pape par le concile du

et soumettre leurs biens et revenus à l'administration et à h° VOlonté de lautorité civile.

LIV. Les rois et les princes, non seulement sont exempts de la juridiction de lPEglise, mais même ils sont supérieurs à l'Eglise quand il s’agit de trancher les questions de juridiction.

LV. L'Eglise doit être séparée de lPEtat, et lPEtat séparé de Eglise.

LVI. Les lois de la morale n’ont pas besoin de la sanction divine, et il n’est pas du tout nécessaire que les lois humaines se conforment au droit naturel ou reçoivent de Dieu le pouvoir d’obliger.

LVII. La science des choses philosophiques et morales, de même que les lois civiles, peuvent et doivent être soustraites à l’autorité divine et ecclésiastique.

LX. L'autorité rest autre chose que la somme du nombre et des forces matérielles,

LXVI. Le sacrement du mariage n’est qu’un accessoire du contrat et qui peut en être séparé, et le sacrement lui-même ne consiste que dans la seule bénédiction nuptiale.

LXVIT. De droit naturel, le lien du mariage n’est pas indissoluble, et dans différents cas le divorce proprement dit peut être sanctionné par l'autorité civile.

LXVIIT. Eglise n’a pas le pouvoir d'apporter des empêchements dirimants au mariage; mais ce pouvoir appartient à Pautorité séculière, par laquelle les empêchements existants peuvent être levés.

LXXIIT. Par la force du contrat purement civil, un vrai mariage peut exister entre chrétiens ; et il est faux, ou bien que le contrat de mariage entre chrétiens soit toujours un sacrement, ou que ce contrat soit nul en dehors du sacrement.

LXXIV. Les mariages et les fiançailles par leur nature relèvent du droit civil.

N. B. Ici peuvent se placer deux autres erreurs : l’abolition du célibat ecclésiastique et la préférence due à l’état de mariage sur l'état de virginité. Elles sont condamnées la première dans la lettre encyclique Qui pluribus, du 9 novembre 1846, la seconde dans la lettre apostolique Multiplices inter, du 10 juin 1851.

LXXVI. L’abrogation de la souveraineté civile, dont le Saint- , 1

RÉSULTATS ET CONCLUSIONS

Vatican, (1) le bruit courut que le gouvernement impérial se proposait de répondre aux prétentions pontificales par le retrait du corps de troupes français qui occupait Rome et la protégeait contre les ambitions du royaume d'Italie. Si pareille mesure avait été prise, nous ne nous serions probablement pas trouvés seuls en face de l'Allemagne, et Les suites de la guerre de 1870 auraient pu être différentes de ce qu’elles ont été.

Le gouvernement impérial ne fut, malheureusement,

Siège est en possession, servirait, même beaucoup, à la liberté et au bonheur de Eglise.

LXX VII. A notre époque, il n’est plus utile que la religion catholique soit considérée comme l'unique religion de PEtat, à l’exclusion de tous les autres cultes.

LXXVIII. Aussi c’est avec raison que, dans quelques pays catholiques, la loi a pourvu à ce que les' étrangers qui s’y rendent y jouissent de l'exercice public de leurs cultes particuliers.

LXXIX. Il est faux que la liberté civile de tous les cultes et que le plein pouvoir laissé à tous de manifester ouvertement et publiquement toutes leurs pensées et toutes leurs opinions, jettent plus facilement les peuples dans la corruption des mœurs et de l’esprit, et propagent plus facilement la peste de l’indifférentisme.

LXXX. Le Pontife Romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne.

() Voici le texte du décret par lequel le Concile du Vatican signifia aux catholiques le dogme de linfaillibilité : € Le Pontife romain, lorsqu'il parle ex cathedra, c’est-à-dire lorsque, remplissant la charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, en vertu de la suprême autorité apostolique, il définit qu'une doctrine sur la foi ou les mœurs doit être tenue par l'Eglise universelle, jouit pleinement, par l'assistance divine qui lui a été promise dans la personne du bienheureux Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que son Eglise fût pourvue en définissant sa doctrine touchant la foi ou les mœurs, et, par conséquent, de telles définitions du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l'Eglise. » Jusqu’alors, l'Eglise seule, par ses conciles écuméniques, avait pu établir la doctrine de PEglise universelle; par ce décret, le pouvoir de l'Eglise en ce domaine était remis aux mains du Pontife romain. Celui-ci se trouvait revêtu d’une puissance souveraine, absolue, et déclaré infaillible.

Gor 23,

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pas encouragé par nos évêques dans la voie où il paraissait vouloir entrer. La plupart d’entre eux s’inclinèrent devant le dogme de l’infaillibilité, ainsi que tous les catholiques français. En Suisse et en Âllemagne seulement, il se produisit une scission parmi les sujets spirituels de Rome : ceux que l’on appelle les « vieux catholiques » refusèrent d’accepter le dogme nouveau.

Ces faits inspirèrent à l’un des plus éminents collaborateurs du Siècle un article dans lequel fut posé, pour la première fois, devant l’opinion publique, le problème de la séparation des Églises et de l’État :

Où sont, disait M. Taxile Delord, nos évêques français ennemis de l’infaillibilité du Pape ? Ilen est peut-être jusqu’à cinq où six que l’on pourrait citer. — Les ultramontains ont envahi peu à peu tous les sièges épiscopaux en France. Le règne de l’ultramontanisme chez nous date, en réalité, des dernières années de Louis XIV. L’épiscopat, depuis ce temps-là, n’a fait que baisser, à la grande satisfaction des Jésuites, qui héritaient de son influence. Il n’y avait, pour ainsi dire, plus de clergé gallican en 1789. — La Révolution ne trouva que des ultramontains incapables de la comprendre, lorsqu'elle parla aux prêtres de fonder réellement le gallicanisme par la constitution civile du clergé.

Le gouvernement impérial croit peut-être qu'il s’agit de savoir qui l’'emportera du gallicanisme ou de l’ultramontanisme ; il s’imagine que les évêques qui n’admettent pas l'infaillibilité, sont des gallicans : erretr profonde. Le gallicanisme n'existe plus, et nous ne le regrettons guère pour notre part, car il n’a rendu aucun service à la liberté.

La lutte n’est donc plus possible désormais qu'entre les partisans et les adversaires de la séparation de l'Église et de VEtat.

À partir de 1870, le Siècle ne cessa jamais de préconiser la Séparation comme la seule solution des rapports de l'État avec les Églises qui fût conforme aux

RÉSULTATS ET CONCLUSIONS

principes de liberté sur lesquels la République est nécessairement fondée. ù

Toutes les mesures et les lois qui, depuis la proclamation de la troisième République, ont eu pour objet la préparation de la Séparation furent énergiquement encouragées par Le Siècle ou sollicitées par lui. Il applaudit à l’évacuation trop tardive de Rome par les troupes françaises, (1) dont M. Taxile Delord avait dit, le 4 juillet 1870, à la fin de l’article rappelé plus haut : « L’évacuation inévitable de Rome par l’armée française sera le prélude de la bataille » entre le Pontificat romain et l'État français.

Plus tard, il encouragea les Chambres et le Gouvernement dans le vote des lois scolaires de 1881 qui, en imposant à tous les enfants du peuple l'instruction obligatoire et en proclamant la neutralité de l’École en matière religieuse, devait si puissamment travailler à lémancipation des esprits et préparer la séparation des matières de la raison d’avec celles de la foi.

A peine est-il besoin d’ajouter que le gouvernement de Waldeck-Rousseau trouva dans le Siècle, alors dirigé par mon excellent ami Yves Guyot, un concours aussi zélé qu'intelligent, pour la réalisation de la capi-

(1) Cest seulement par une dépêche du 3r juillet 1870 que le gouvernement impérial avisa Plialie de son intention de retirer nos troupes de Rome.

I1 était trop tard. Le 16 juillet, le gouvernement de Florence avait refusé tout concours à Napoléon III, contre la Prusse, en s'appuyant sur l'opposition que la France faisait à l'occupation de Rome par le roi d'Italie. Le 28 juillet, lorsque l’empereur partit pour rejoindre l’armée, l’impératrice, poussée par les évêques ultramontains et le pape, faisait encore une opposition violente à l'évacuation de Rome. Dix jours après, les troupes impériales étaient battues. Rome avait perdu la France.

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tale et double réforme contenue dans la loi du 1° juillet 1907 sur les associations.

Par cette loi, le droit absolu d'association était définitivement inscrit dans notre législation et introduit dans nos mœurs, en même temps que des mesures étaient prises pour mettre fin aux abus des congrégations et faire disparaître toutes celles que les représentants du pays trouveraient dangereuses pour la paix publique et menaçantes pour le régime républicain.

Plus tard, lorsque le gouvernement de M. Combes, agissant en vertu du refus d'autorisation voté par les Chambres, ordonna la fermeture des écoles congréganistes, notre appui ne lui fit point défaut. Nous encourageñmes aussi nos amis à voter la loi du 7 juillet 1904 «relative à la suppression de l’enseignement congréganiste », mais nous eûmes soin de faire observer que si ses effets pouvaient être considérés comme efficaces en ce qui concerne l’existence des congrégations enseignantes, ils seraient à peu près nuls dans le domaine de l’enseignement proprement dit.

Notre éminent collaborateur M. Henri Brisson écrivait dans le Siècle du 30 mars 1903, à propos des écoles congréganistes fermées à la fin de 1902 et qui déjà étaient rouvertes de tous côtés par les soins des partis hostiles à la République : US

A la bonne heure. Nos adversaires du moins ne cachent pas leur jeu. (1) Continuer l’œuvre des congrégations dissoutes par la loi, rendre illusoires les décisions récentes du

(1) l’article de M. Henri Brisson était provoqué par la publication de l’appel suivant du Comité de direction de l’association pour la défense des écoles primaires catholiques où figuraient les noms de MM. de Lamarzelle, sénateur orléaniste, de Mackau, député

RÉSULTATS ET CONCLUSIONS

gouvernement et de la Chambre des députés, maintenir dans la pratique, pour des centaines de mille Français, un enseignement hostile à la République et par elle interdit, voilà le but avoué, hautement proclamé et en partie atteint puisque plus de 2.000 écoles ont été rouvertes où se donne le même enseignement. J

Nos adversaires nous le disent sans détour : les écoles de filles fermées ont été rouvertes et fonctionnent dans le

bonapartiste, de Ramel, député monarchiste, Keller, ancien député royaliste, etc. :

Messieurs et chers adhérents,

L’appui que de toute façon vous avez bien voulu prêter à notre Association pour la défense des écoles primaires catholiques, nous fait un devoir de porter à votre connaissance les résultats que nous avons obtenus, et de vous exposer ce qui nous reste à faire.

Nous avons fondé 120 comités de provinces : 300 correspondants nous viennent en aide et mettent à notre disposition leur activité et leur dévouement; 2.000 adhérents soutiennent et développent notre entreprise.

Nous avons contribué directement ou par l’intermédiaire de nos amis à La réouverture de plus de 2.000 écoles; toutes les institutrices qui nous ont offert leurs services ont été placées par nous, et nous avons répondu à toutes les demandes que nous avons reçues. \

Tout en continuant ce que nous avons fait pour les écoles de filles, nous avons a prendre la même initiative pour les écoles de g'arcons, aujourd’hui que les demandes d'autorisation présentées par les congrégations enseignantes d'hommes ont été rejetées.

Déjà les propriétaires d'écoles de garçons, répondant aux sentiments des populations, s'adressent à nous pour avoir des instituteurs catholiques; nous sommes en mesure de leur en fournir.

Il faut conserver l’enseignement chrétien dans les écoles dont les congrégations sont chassées : cest, en effet, le témoignage le plus efficace de notre reconnaissance el de notre admiration pour elles que d’essayer de continuer leur œuvre.

Tel est Le but que nous voulons atteindre.

Jusquici nous avons pu nous maintenir à la hauteur de notre tâche, mais aujourd’hui les événements nous imposent des obligations et des charges de plus en plus grandes.

Nous espérons que les sympathies qui ont accueilli nos premiers efforts nous suivront dans les difficultés nouvelles de la lutte qwil faut continuer; aussi, C’est avec confiance que nous prions tous ceux qui veulent défendre avec nous la liberté des pères de famille et l’enseignement chrétien, de fortifier, par leur généreux concours, uné résistance légitime et pratique qui ne doit pas faiblir.

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même esprit; on se prépare à rouvrir les écoles de garçons lorsqu’elles auront été fermées en vertu des derniers votes de la Chambre des députés. |

Les procédés sont variés :

Tantôt ce sont les mêmes sœurs ou les mêmes moines qui rouvrent l’école; seulement, ils se sont fait séculariser; ils ont, en apparence, renoncé à leurs vœux; ils en ont été relevés par l’autorité ecclésiastique : ils ont rompu ou du moins ils disent qu’ils ont rompu tous liens avec leurs supérieurs, qu'ils se sont soustrails à la règle.

Ailleurs, comme dans l'Ardèche, à ce qu'on nous assure, les bonnes sœurs se livrent tout bonnement à un chassécroisé. Celles de Neuilly vont tenir l’école de Montrouge, celles de Montrouge vont à Passy, celles de Passy à Courbevoie, et ainsi de suite. Ce n’est plus elles et c’est elles encore.

On nous annonce enfin que, par un procédé qui paraît se rapprocher davantage de la légalité, des instituteurs « catholiques », mais laïques, vont être substitués aux membres des congrégations qui viennent d’être dissoutes. Est-on bien sûr que ce sera des laïques et ce troisième procédé ne sera-t-il pas souvent une application généralisée des deux premiers? On prendra des congréganistes au Nord, on les enverra dans le Midi; en cours de route, on les aura sécularisés et fait changer de vêtements. De toutes façons, la loi et le pays républicains seront bafoués. La mystification que nous voyons se produire pour l’enseignement secondaire, se sera étendue à l'instruction primaire, voilà tout.

Ce n’est pourtant pas habit, le frôc ou la cornette qu’il faut changer, c’est la chose et l'esprit! 'L'habit ne fait pas le moine ; ce qui fait le moine, c’est l’éternelle conspiration contre la République; ce qui fait le moine, c’est la prétention de maintenir la règle des mœurs et le gouvernement des hommes sous le joug de la théologie; ce qui fait le moine, c’est cet ensemble de sentiments et d'opinions qui engendre des formules comme celle-ci : « la banqueroute de la science »; ce qui fait le moine, c’est cette tendance intellectuelle qui pousse un maître de conférences de l’École Normale supérieure à soutenir que le dogme de la chute ét

RÉSULTATS ET CONCLUSIONS

du péché originel est nécessaire aux sociétés et qu'à ce titre l’Église catholique est un gouvernement tout fait auquel il faut revenir ; ce qui fait le moine, c’est la prédication de ce retour au moyen âge; ce qui fait le moine, c’est la recherche incessante des moyens de procurer ce retour par la force; ce qui fait le moine, ce sont ces appels au bras séculier qui, de temps à autre, éclaitent bruyamment et nous révèlent le fond des pensées du maître et des leçons données à l’enfant ; ce qui fait le moine, ce sont ces excitations à la haine adressées à de jeunes cœurs et mises au jour par M. Léon Bourgeois. Voilà ce dont la République ne veut plus. Cest à ce genre d’éducateurs qu’elle entend arracher ses fils et ses filles.

Le 24 avril 1903, M. Henri Brisson revenait sur cette même question, dans le Siècle, à l’occasion du projet de loi présenté aux Chambres par M. Combes et ayant pour objet « la suppression de l’enseignement congréganiste ». Notre éminent collaborateur appréciait ce projet de la manière suivante :

Une loi sur les congrégations, si dure qu’on l’imagine, ne sera jamais suflisante, grâce aux détours qu’elles sauront prendre; c’est par une législation directe sur l’enseignement qu'il faut agir, en proclamant que l’enseignement est un service public et que l'État ne doit le déléguer qu'à bon escient. Autrement l’abrogation de la loi Falloux ne sera qu’apparente, ses conséquences subsisieront; les moines, les frères et les sœurs rentreront dans l’enseignement par telle porte ou par telle fenêtre, sous un masque ou sous un autre. En réalité, la situation sera pire, car, cette fois, la loi aura été faite, non pas comme la loi Falloux, par une assemblée réactionnaire et ultramontaine, mais par des Chambres républicaines. Il y en aurait pour longtemps !

Les faits qui se déroulent depuis deux ans n’ont que trop confirmé la justesse des appréciations émises, au début de 19035, par M. Henri Brisson : la loi du 7 juillet

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1904 s’est montrée impuissante à empêcher la réouverture des écoles congréganistes. Presque toutes sont aujourd’hui en plein fonctionnement, soit avec des congréganistes sécularisés, soit avec des laïques soigneusement choisis par les associations qui ont pris la place des congrégations et fonctionnent sous la direction des évêques. La question de l’enseignement congréganiste reste ouverte; car, selon le mot très juste de M. Henri Brisson, & ce n’est pas l’habit, le froc ou la cornette qu’il faut changer, c’est la chose et l'esprit! L’habit ne fait pas le moine ».

Le résultat le plus important des mesures prises contre l’enseignement des congréganistes, et des lois qui

ont eu pour but de le supprimer, a été de mettre en

lumière l’entente qui existait, à ce sujet, entre les congrégations et le clergé séculier.

Cette entente s’est manifestée non seulement par la reconstitution de l’enseignement congréganiste avec le concours très actif du clergé, mais aussi par la rébellion à peu près générale de l’épiscopat contre les circulaires d'avril 1903, par lesquelles le gouvernement avait ordonné la fermeture des chapelles non concordataires et interdit aux évêques de laisser prêcher les anciens congréganistes dans les églises paroissiales.

Dès ce moment, il parut certain à tous les hommes clairvoyants que la seule solution raisonnable des conflits soulevés entre l’épiscopat français et le gouvernement de la République était la séparation des Églises et de l’État. J'indiquais la nécessité de cette solution dans le Siècle du 9 mai 1903 :

Parmi les nations où règne le christianisme, la France est la seule dont la constitution, les pouvoirs publics et la

RÉSULTATS ET CONCLUSIONS

législation scolaire aient été émancipés de la tutelle religieuse et se montrent aussi respectueux à l'égard des libres penseurs et des matérialistes qu’à l’égard des partisans des diverses religions. Ses codes offrent encore l'empreinte du christianisme en plusieurs de leurs articles ; mais, petit à petit, les législateurs effacent ces marques d’un passé que presque tous les républicains répudient ; le jour. n’est pas éloigné où nos codes et nos lois seront purement laïques comme notre Constitution.

Cependant, la République a conservé le Concordat signé: par Bonaparte avec le Souverain Pontife de l'Église catholique, ainsi que d’autres actes relatifs aux religions réformée et hébraïque, et les prêtres de ces différentes religions sont salariés par l'État. L'heure est-elle venue de déchirer tous ces actes et de rayer du budget les quarante-trois millions qui y figurent, chaque année, pour les dépenses religieuses ? Telle est la question qui, chaque jour, prend un caractère d'urgence d’autant plus prononcé que l’Église catholique se montre moins respectueuse des lois et plus hostile aux institutions républicaines.

En principe, je crois que la majorité du parti républicain dans le pays et de ses représentants dans les deux Chambres est favorable à la séparation des Églises et de l'État, à l’'abrogation du Concordat de 1802 et des actes analogues et à la suppression du budget des cultes.

La mort de Léon XII fut le signal d’une remarquable recrudescence de la rébellion des évêques de France. Il était dès lors évident que la séparation ne tarderait pas à s'imposer, si le successeur du pape défunt n’était pas doué d’un très habile et très prudent esprit politique. J’écrivais à ce sujet dans le Siècle du 21 juillet 1903 :

Les congrégations ont tué l’ultramontanisme en le faisant haïr, le clergé séculier y a puissamment contribué en s’éloignant des principes qui, autrefois, inspiraient sa conduite. Moins il se montre «gallican » ou, pour mieux dire, français, plus il demande au pontife romain les directions de sa con-

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duite, et plus il tend à rendre impopulaires, lui-même d’abord, sa religion ensuite. Voilà très exactement, si je ne me trompe, la situation en présence de laquelle se trouvera le successeur de Léon XIII en ce qui concerne la France. Le pays a pris eh horreur les excès du prosélytisme romain. I se séparera de Rome, il opérera la séparation des Églises et de l’État plutôt que de tolérer, dans l'avenir, la conduite dont il souffre de tant de manières depuis des années …

La situation de la France par rapport à l'Église romaine est nette, précise; elle pourrait se maintenir telle quelle pendant encore un temps plus où moins long, si la papauté se montrait habile et loyale ; elle s’aggraverait avec la plus grande facilité et très rapidement, si le successeur de Léon XII était un malhabile homme ou un prêtre intolérant. Le Conclave qui va se réunir a done le sort de l'Église de France entre ses mains.

Le 2 août 1903, revenant sur la même question, j’écrivais : & Si l'élu du Conclave est un fanatique et un autoritaire, la rupture entre la France et le Vatican ne sera qu’une affaire de peu d’années, » Ce fut, en réalité, l'affaire de moins d’une année, car le 27 maï 1904 la Chambre votait un ordre du jour approuvant «le rappel de notre ambassadeur auprès du Vatican ».

Le nouveau pape avait, dès son accession au pontificat, encouragé par tous les moyens à sa disposition la rébellion de l’épiscopat français ; puis, il était allé jusqu'à s’immiscer dans notre politique extérieure, en formulant un blâme contre la visite faite au roi d'Italie par le Président de la République. A partir de ce jour, il fut évident que la seule solution possible des multiples conflits élevés entre la République d’une part, lépiscopat français et le Vatican de l’autre, serait la Séparation de l'Église et de l'État ?

RÉSULTATS ET CONCLUSIONS & Cepeñdant, le gouvernement était encore si éloigné

de cette solution que Le Siècle fut accusé, à la tribune de la Chambre, par le Président du Conseil d'alors, de faire une politique de « surenchère ». Et cela parce que nous aflirmions la nécessité de procéder sans retard à l’abrogation du Concordat et à la Séparation des. Églises et de l’État.

Dans la séance du 27 mai 1904, non seulement le président du Conseil avait refusé de se prononcer pour ou contre la Séparation, mais encore il avait refusé de dire si le rappel de notre ambassadeur au Vatican était définitif ou provisoire. Au mois de juillet suivant, il était encore hostile à la Séparation. Devant la Commission du budget, le Président du Conseil et le ministre des affaires étrangères refusaient « de se prononcer sur la question du maintien ou de la suppression des crédits pour l’ambassade du Vatican ». Cependant, ainsi que je le faisais remarquer dans le Siècle du 5 juillet 1904, les hésitations du gouvernement et de la majorité ne faisaient qu’encourager la rébellion des évêques et l'hostilité du Vatican.

Jamais, disais-je, l'heure ne fut plus favorable à une rupture diplomatique dont tout le monde comprend la nécessité; jamais non plus terrain ne se prêta mieux à une entente de tous les groupes républicains, à un rapprochement de toutes les fractions du grand parti qui veut émanciper l'État de la domination papale. Il faut espérer que le parti radical comprendra la nécessité qui s'impose à lui d'aborder sans retard cette question, et qu'il ne se laissera détourner de son devoir ni par les menaces d’excommunication ni par les sollicitations intéressées auxquelles il a déjà beaucoup trop obéi, Il y va de son intérêt, autant au moins que de la réalisation de son programme.

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Je faisais allusion, dans ces dernières lignes, au fait qui s’était passé, à la Chambre, dans la séance du 27 mai 1903. Une pression très vive avait été exercée sur les radicaux connus comme partisans de la Séparation pour les empêcher de voter une motion visant l’abrogation du Concordat. Les effets de cette pression avaient été si considérables que le nombre des bulletins favorables à la Séparation était tombé à 146, au lieu de 240 qu’il avait été dans une séance du 19 mai

L’attitude prise par le gouvernement en mai et juillet 1903 aurait pu faire craindre que l’heure de la Séparation ne fût beaucoup reculée ; mais les événements sont toujours plus forts que les hommes. La rébellion des évêques devenait sans cesse plus bruyante ; les encouragements du pape aux adversaires des libertés républicaines plus vifs, si bien que la Séparation devait finir par s’imposer à ceux-mêmes qui s’y étaient montrés jusqu'alors les moins favorables. On n’a pas oublié comment, au mois d'août, le président du Conseil déclara qu'il s’y était rallié. On se rappelle la confirmation qu’il donna de ses sentiments à Auxerre, et dans quelles conditions il déposa un projet de loi sur lequel figurait sa seule-signature. On n’igférait pas que près de la moitié des ministres était hostile à la Séparation, et l’on savait, dans les Chambres, que le gouvernement ferait tout son possible pour retarder ou éviter une discussion dont l'ouverture serait marquée par la dislocation du cabinet que présidait M. Combes.

Cependant, l’opinion publique s'était faite de plus en plus à l’idée d’une séparation prochaine de deux pouvoirs dont les tendances sont trop divergentes pour

RÉSULTATS ET CONCLUSIONS

qu'ils puissent marcher, parallèlement et d'accord, dans une voie pacifique.

La chute du ministère présidé par M. Combes et son remplacement par le cabinet que préside M. Rouvier, auraient pu être considérés comme des faits défavorables à la Séparation. C’est tout le contraire qui se produisit. Ainsi que je le faisais remarquer dans le Siècle du 11 février 1909 :

« Le premier avantage du changement de ministère a été, disais-je, de rendre favorable à la Séparation tous les ministres qui, dans le précédent cabinet, s'étaient prononcés contre elle. Ni M. Rouvier, ministre des Finances, ni M. Delcassé, ministre des Affaires étrangères, mavaient mis leur signature au bas du projet déposé par M. Combes. Ils avaient fait même à la Séparation une opposition tellement vive, dans les Conseils du gouvernement, que M. Combes hésita pendant plusieurs mois à déposer un projet de loi. Il ne se décida à le faire que sous la pression très vive du Parlement et de la presse, et le projet qu’il déposa ne portait que son nom. Les ministres compétents lui avaient-ils refusé leur signature? n’avait-il pas osé la leur demander, dans la crainte d’un refus qui aurait pu être suivi de la dislocation de son ministère? Nous l’ignorons. La seule chose dont nous sommes certain, c’est que la question de la Séparation avait provoqué dans le précédent cabinet une division et des causes de dislocation dont M. Combes était obligé de tenir compte et qui rendaient absolument impossible une discussion prochaine de la réforme.

«La division qui s'était produite dans le cabinet avait eu sa répercussion dans les Chambres. Tous les amis

J.-L. de Lanessan

de la portion modérée du ministère se montraient hostiles à la Séparation. Cette attitude était, notamment, celle de la moitié du groupe de l’Union démocratique avec son président d'alors M. Étienne. Il y avait là une trentaine de membres du bloc qui, d'accord avec les modérés du ministère, ne voulaient pas entendre parler de la Séparation. Or, sans eux, non seulement la Séparation ne pouvait pas être votée, mais encore il était impossible de l’inscrire à l’ordre du jour de la Chambre. M. Combes connaissait aussi bien la division de sa majorité que celle de son cabinet; il était tenu, pour ne pas rendre l’une et l’autre plus profondes encore, d’user de très grands ménagemenits et, en particulier, de retarder autant que possible l’ouverture d’une discussion qui marqueraït la fin de son pouvoir.

«Ses plus intimes amis et conseillers, non moins clairvoyants, n'étaient pas plus pressés que lui-même. J’en connais, parmi les plus notables, qui faisaient tous leurs efforts pour faire ajourner la discussion d’un projet auquel ils n'étaient, en réalité, favorables que dans leurs discours.

«Les sentiments de l’ancien président du Conseil se manifestèrent dans la séance de la Chambre où le ministère dut faire connaître son désir de se retirer devant une minorité sans cesse grossissante. On n’a pas oublié que dans cette séance, M. Combes proposait de ne discuter la Séparation qu'après la loi militaire, après l'impôt sur le revenu, et, peut-être même, après les retraites ouvrières. Il disait, en termes textuels : « IL suflira au Gouvernement d'avancer un peu l’époque ordinaire de la rentrée d’été, de la fixer, par exemple, au 15 mai; et du 15 mai au 15 août vous aurez devant

RÉSULTATS ET CONCLUSIONS

vous trois longs mois pour délibérer ou sur les retraites ouvrières, ou sur la Séparation des Églises et de l'État, suivant l’ordre que vous aurez adopté, et pour achever la discussion de l'impôt sur le revenu. » Il ne s’engageait même pas, on le voit, à demander que l’on plaçât la discussion de la Séparation avant celle des retraites ouvrières. Il indiquait nettement qu’il laisserait à la Chambre le soin de faire le choix. Cependant, il savait qu’une partie de sa majorité, celle dont j'ai parlé plus haut, était décidée à reculer le plus possible la mise à l’ordre du jour de la Séparation et il ne pouvait ignorer que, si la Séparation n'était pas discutée pendant l'été, elle ne pourrait plus l’être avant les élections générales.

« Aussi, dans cette séance du 14 janvier, beaucoup d’amis, autrefois très zélés, du ministère, ne se privaientils pas de protester contre l’ajournement de la réforme qui leur tenait le plus à cœur. Ils répétaient dans les couloirs, en se lamentant : « On ne fera rien, on ne veut rien faire ; il est temps que cela finisse. » Ils le disaient si haut que ce fut la cause de la décision prise par le président du Conseil auquel ils avaient jusqu’alors prodigué leur confiance.

« Il était inévitable qu'un changement de cabinet déterminât une modification profonde des sentiments de l'ancien président du Conseil. À peine dégagé des embarras qui gênaient son allure tant qu’il avait la responsabilité du pouvoir, il s’'empressait, devant le groupe radical du Sénat, de réclamer la mise à l’ordre du jour de la Séparation avant les autres grandes réformes. Il disait textuellement, le 2 février 1904: « On pouvait discuter jusqu'ici sur le rang particulier qu'il convenait d’assigner à chacune d’elles dans la marche des travaux

J.-L. de Lanessan :

parlementaires. Au point de la législature où nous sommes arrivés, il nous semble que l'accord pourrait et devrait se faire entre les groupes de la majorité républicaine des deux Chambres pour inscrire la séparation des Églises et de l'État au premier rang des travaux parlementaires qui suivront le budget. » Il insistaït sur la nécessité de discuter la Séparation « dans le courant de la session présente », par conséquent avant les vacances de Pâques. Il disait de cette réforme qu’elle « doit être un fait accompli depuis plusieurs mois quand arrivera la période du renouvellement législatif », et il ajoutait : « Les autres réformes peuvent s'ouvrir et se développer sans inconvénient jusqu’à la dernière minute de la législature. »

Cette opinion est celle que nous avions émise, ici même, à maintes reprises, pendant le cours du ministère de M. Combes, et qui nous valut d’être accusé par lui de faire de la surenchère. Nous avons été fort heureux quand nous l’avons vu se ranger à notre avis.

Tandis que le gouvernement et la Chambre se préparaient à aborder la discussion du projet de loi déposé par le cabinet que préside M. Rouvier, le Siècle procédaït à une étude attentive, minutieuse, maïs, en même temps, philosophique et élevée, des conditions dans lesquelles la Séparation devrait être opérée pour que la liberté de toutes les religions fût protégée, en même temps que les droits et l'autorité de l’État seraient garantis. Les articles publiés dans le Siècle par notre savant collaborateur, M. Raoul Allier, remplissent au plus haut degré ces diverses conditions. Ils sont entièrement conformes aux principes libéraux dont la politique du Siècle S’est constamment inspirée depuis 70 ans.

RÉSULTATS ET CONCLUSIONS

D'un autre côté, désireux de connaître l'opinion des principaux pasteurs des divers cultes, nous avons ouvert une enquête auprès d’un certain nombre de représentants officiels des Églises catholique, protestante et juive. Tous se sont prêtés avec bonne grâce à nos désirs. Les interviews ou les lettres que Le Siècle a publiées donnent une idée exacte des sentiments qui animent les divers clergés.

Je me suis efforcé de dégager ces sentiments et d’en tirer la philosophie dans quelques articles du Siècle que je reproduis ici, en ne leur faisant subir que les modifications indispensables à la nouvelle forme sous laquelle le Siècle les présente aujourd’hui à ses abonnés et à ses amis.

On ne manquera pas d’invoquer, dans la discussion qui s'ouvre, les opinions émises par les hommes d’État dont la République s’honore le plus, tels que Jules Ferry, Gambetta, Waldeck-Rousseau, et qui tous s'étaient prononcés en faveur du Concordat. Il y a quelques mois, on a publié même un projet de discours préparé par Waldeck-Rousseau, au cours de son dernier ministère, dans le but de répondre à ceux qui réclameraient la séparation des Églises et de l’État. Cette publication étant de nature à troubler quelques esprits de bonne foi, je crus devoir y répondre, le 14 octobre 1904, par l’article ci-dessous :

Je lai souvent dit ici, — et les papiers de Waldeck-Rousseau en témoignent, — la loi de 1901 était exclusivement une loi politique, dans la partie relative aux congrégations. Le but de son auteur était, non de supprimer toutes les congrégations, mais de faire disparaître tout de suite les plus nuisibles, « les moines d’affaires et les moines ligueurs »,

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