‹ La séparation des églises et de l'ÉtatChapitre 24 sur 189 · UN ( PASTEUR · texte numérisé non relu

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se sont librement donnée et qui dérive de leurs principes essentiels. Vous connaissez la nôtre, dont on pourrait dire qu’elle a servi de modèle aux Constitutions de nos républiques modernes. Les fondateurs de l'Église réformée de France, avec leurs convictions hardiment démocratiques, ont réalisé plus de trois cents ans avant la Révolution le régime parlementaire. Chez nous, pas de cléricalisme : les laïques ont toujours la prépondérance du nombre dans nos assemblées délibérantes. A la base, le conseil presbytéral (notre conseil municipal), élu au suffrage universel; audessus le consistoire (conseil d'arrondissement); plus haut, les synodes particuliers (conseils généraux) ; enfin, au sommet, le synode général (notre Parlement) qui agit par le moyen d’une commission responsable devant lui. Ce régime traditionnel peut seul, en maintenant dans notre Église l'esprit et les sentiments religieux, continuer à la préserver du sectarisme. L'article 8 briserait cette organisation ou mettrait les synodes généraux et leurs commissions dans l'impossibilité de diriger l'Église tout entière et de subvenir à tous ses besoins. Ce serait humilier ou réduire, on ne peut parvenir à découvrir pourquoi, ce qui, depuis la Réforme, a fait sa force et son honneur. Elle a toujours eu l'ambition de représenter, en même temps que la foi profonde, la pensée libre ; elle a toujours apporté à la République le concours le plus loyal, et voilà comment on veut la récompenser! Maintenir sur ce point le projet serait agir comme un dictateur qui, disposant de la France à son gré, daignerait lui laisser ses assemblées départementales, mais la priverait de son Parlement et de ses garanties constitutionnelles.

Au lendemain du vote d’une pareille loi, l'Église réformée serait morcelée en tronçons sans liens et sans tête. Il y a plus, beaucoup de ces tronçons seraient condamnés à périr. En effet, les protestants, au nombre de sept à huit cent mille seulement, disséminés sur tout le territoire, sont sans doute assez nombreux et assez riches dans certains départements pour se suflire. Mais dans d’autres ils sont si clairsemés etsi pauvres qu’ils ne pourront vivre que reliés à une fédération nationale, et grâce au secours d’une caisse centrale. Ainsi

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l'enquête du Siècle

tel département comme celui du Jura, du Doubs, du Finistère, de l’Ille-et-Vilaine, de la Nièvre, de l’Allier, ne compte qu’une seule paroisse officielle ; tel autre comme l’Orne, la Manche n’en compte que deux. Quel arbitraire, quelle injustice de séparer du corps de l'Église ces membres si frêles! Encore une fois, dans quel intérêt ? D’autres régions où la population proteslante est plus compacte, comme la Lozère, pour ne citer qu'un exemple, offrent si peu de ressources à leurs habitants que ceux-ci ne sauraient en aucune manière faire face, seuls, aux frais du culte. Et ce sont précisément le plus souvent dans ces régions que se trouvent les plus fidèles républicains. Ils l’étaient sous l'Empire; ils l'ont toujours été d’instinct. Le gouvernement a rencontré chez eux ses meilleurs appuis, et parfois, en face d’une population cléricale et réactionnaire.

Il suffit de signaler ces graves conséquences de l’article 8 du projet gouvernemental pour avertir, il me semble, les esprits justes et clairvoyants du déplorable effet qu'il aurait pour l’avenir de notre Église et pour la République.

Que n’aurais-je pas à dire également sur l’article 9, qui permet bien la constitution d’un fonds de réserve, oui, mais combien dérisoire, et n’atteindrait lui aussi que les associations ne voulant pas ou ne pouvant pas fonder leur vraie caisse à l'étranger! Mais cette lettre est déjà trop longue. Si l’on veut briser nos Églises, qu’on ne vienne pas nous parler de bienveillance. L’ironie serait trop cruelle. Nous ne pouvons croire à un pareil dessein et nous en appelons, avec confiance, du gouvernement mal informé, au gouvernement mieux inspiré et vraiñient juste.

Veuillez agréer, monsieur le directeur, les assurances de ma considération distinguée.

UN Pasteur

24 novembre 1904

M. Benjamin Couve, pasteur de l'Église réformée, président du Consistoire de Paris, membre de la com-

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