‹ La séparation des églises et de l'ÉtatChapitre 39 sur 189 · Z PE · texte numérisé non relu

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l'enquête du Siècle

décider les Églises protestantes à la devancer volontairement pour leur propre compte. S'il n'avait dépendu que de moi, elles se seraient entendues pour dire à l’État : « Nous refusons le pauvre million et demi que vous nous octroyez; nous déclinons tout caractère officiel. Vous savez que vous n'avez rien à craindre de nous, ni comme accumulation de richesses, ni comme action politique. Jamais, nulle part en France, nous n’avons usé de notre liberté pour détruire la liberté d'autrui; jamais, nulle part en France, nous n’avons voulu associer l’État, ses ressources et sa puissance, à notre désir, d’ailleurs légitime, de rendre nos croyances prépondérantes. Tout au contraire, en vertu de nos traditions et de nos principes, nos pères ont été et nous sommes nousmêmes des champions de la liberté de conscience, du respect mutuel des convictions, en un mot, de la justice. Dès lors, tout ce que nous demandons, c’est d’être traitées non pas comme des institutions ennemies de l’État, cherchant à le maîtriser, à l’asservir, pour en faire l’exécuteur de leurs volontés et pour s'assurer l’universelle domination, mais comme des institutions amies de l’État, soumises à ses lois et se plaçant sous sa sauvegarde,en un mot, comme toutes les autres associations libres de citoyens. »

Il me semblait que l’État aurait dû approuver ce langage et cette attitude, et même en remercier nos Églises. Mais on a bien voulu m’aflirmer de plusieurs côtés, que mon idée, — elle avait été exprimée, il y a plusieurs années, dans le journal l'Église libre et dans la Critique philosophique de M. Renouvier, — n'avait aucune valeur pratique, aucune chance d'aboutir et qu’en définitive j je n'avais rêvé qu'un beau geste.

Je n’en suis pas encore convaincu. Je reste persuadé que des Églises vraiment chrétiennes et protestantes ont plus à perdre qu'à gagner au maintien de leur union avec l’État. J’estime que l'acte courageux et énergique d’une séparation volontaire, aurait appris à nos législateurs ce qu’ils ignorent ou veulent ignorer, c’est qu'il est injuste d’assimiler les Églises protestantes à l'Église catholique et de leur appliquer à toutes le même traitement.

Car, tel est, pour moi, le vice fondamental du projet

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