‹ La séparation des églises et de l'ÉtatChapitre 40 sur 189 · M. LE PASTEUR L. TRIAL · texte numérisé non relu

M. LE PASTEUR L. TRIAL

Briand et du projet, bien plus inacceptable, du gouvernement.

Évidemment, la célèbre formule de Cavour, « l'Église libre dans l’État libre », n’est plus de mise. Voici pourquoi : Ce que l’Église catholique appelle sa liberté, c’est, —

relisez l’'Encyclique de 1864 et le Syllabus, — c’est : liberté de soumettre les consciences à la loi vivante, au pape vice- Dieu; c’est la liberté de faire de l’État le ministre docile de ses volontés en vue de supprimer les dissidents et les noncroyants ; c’est la liberté d'établir dans notre pays une monarchie absolue, une théocratie. Que l'État se défie de cette Église, qu'il prenne ses précautions contre elle, qu’il ne la laisse pas s'organiser à sa guise sous la direction d’un chef tout-puissant résidant à l'étranger, qu'il s'oppose à l’immobilisation entre ses mains de richesses immenses, qu'il lui supprime certains moyens d’action : l'usage d’édifices incontestablement communaux ou nationaux et son budget de quarante millions, — c’est son affaire. Pourvu qu’en ces divers actes il ne viole pas la justice, il est en cas de légitime défense, et on ne saurait lui en vouloir.

Mais qu’il se défie des Églises protestantes, qu’il prenne des précautions contre elles, qu’il s’oppose à leur organisation toute démocratique et parlementaire, essentiellement nationale, et les empêche de vivre sous le régime presbytérien synodal; qu’il s'oppose à la constitution d’une caisse centrale uniquement destinée à pourvoir aux besoins du culte et dont il pourra contrôler les opérations; qu'après avoir supprimé leur maigre budget, il s'empare de tous leurs temples et de tous leurs presbytères, même de ceux qu’elles ont élevés à leurs frais ; qu'il leur dénie le droit d'exercer la bienfaisance et les dépouille de toutes leurs fondations charitables, c’est là la plus incompréhensible de toutes les maladresses et de toutes les injustices.

Il faut donc dire et répéter et crier à nos législateurs que nos Églises n’ont jamais entendu et n’entendent nullement la liberté à la manière de la curie romaine; qu’elles n’ont jamais prétendu et ne prétendent nullement être un pouvoir traitant d’égal à égal avec l’État; qu’elles ont toujours été et veulent toujours être des associations libres de con-

l'enquête du Siècle

sciences libres, respectueuses de l’ordre établi et soumises

aux lois civiles ; que, bien loin d’être une monarchie absolue, elles ont toujours vécu, elles vivent toujours sous la forme républicaine et n’aspirent qu'à établir parmi les hommes la justice et la fraternité.

Leur appliquer rigoureusement le même traitement qu’à Église catholique, sans doute, c’est faire preuve d’un grand amour de la symétrie, mais aussi d’une maladresse d’autant plus insigne et d’une injustice d'autant plus criante, que la symétrie est et ne sera jamais qu'apparente. Le même article de loi produira, pour l’Église catholique et pour les Églises protestantes, des effets tout à fait différents. Par exemple, l’article 8 du projet gouvernemental, stipulant que les associations religieuses pourront constituer des unions ne dépassant pas les limites d’un département, cet article ne gênera l'Église catholique en rien, maïs déterminera la disparition d’un grand nombre d'Églises protestantes. Estce là ce qu’on appelle un traitement égal? Et qui ne voit que la République réserve ainsi ses faveurs pour sa pire ennemie et ses rigueurs pour ses alliées naturelles ?

Il en est temps encore. Que nos législateurs veuillent bien y réfléchir. Qu'ils ménagent les transitions le plus possible pour séparer les Églises de l'État. Mais, en tous cas, qu'ils laissent aux Églises protestantes, — et aussi aux communautés israélites, — qui n’ont rien fait pour en être privées, la pleine et entière liberté de conscience et toutes les libertés qui en découlent : liberté de la parole et de la presse, liberté d'association, liberté de culte, liberté d'enseigner et de mettre en vigueur leur Œécipho liberté d'exercer la bienfaisance, liberté de travailler à Vihdispensable rénovation individuelle et sociale, liberté, en un mot, d'accomplir la tâche d’émancipation et de perfectionnement que Dieu leur impose. Qu’elles puissent jouir de toutes ces libertés dans la mesure compatible avec l’ordre public et les impératifs du devoir. Ainsi le veulent la clairvoyance et la justice.

Veuillez agréer, monsieur, mes meilleures salutations. TRIAL

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