‹ La séparation des églises et de l'ÉtatChapitre 63 sur 189 · A L'ÉVÊCHÉ DE BEAUVAIS · texte numérisé non relu

A L'ÉVÊCHÉ DE BEAUVAIS

complète de l’iniquité, que sont-ils, sinon des moyens de tromper le peuple et de le conduire peu à peu à tout accepter dans son perpétuel aveuglement. »

Voilà ce que je disais à mes diocésains; et je n’ai pas autre chose à vous dire.

Si l’on tient absolument à séparer l'Église de lÉtat, pourquoi ne pas prendre modèle sur le Brésil où cette séparation existe ? Là-bas, pas de mesures vexatoires, pas d’inquisition, pas de taquineries, pas d’hostilités. L'Église est une association qui respecte la loi, lui obéit, et qui est aussi protégée et défendue par elle comme toutes les associations. Voilà tout ce que je réclame : le droit d'exister consacré par la liberté et la justice. j

On me représente comme un évêque ultramontain et un adversaire de la République. C’est une erreur profonde. Je ne fais pas de politique et je n’en veux pas faire. La forme du gouvernement m'importe peu. Je ne blâäme pas, je n'ai jamais blâmé la République; ce que je blâme, ce sont les décrets, les actes que l’on fait ou que l’on veut faire au nom de la République. Et si une monarchie agissait de la même façon, je blâmerais une monarchie. Quant à la République, à l'institution en elle-même, je la mets au-dessus des actes qu'on fait en son nom et je suis très loin d’être son adversaire.. très loin.

21 décembre 1904 III. — A l'évêché de Beauvais (1)

Beauvais, le 19 décembre 1904

— Je pense, monsieur, beaucoup de choses sur la séparation des Églises et de l’État, mais vous me permettrez de ne rien dire; j'estime, en effet, qu’il serait imprudent de parler alors qu'aucun texte de loi n’est voté et qu’on ignore encore si la séparation des Églises et de l'État aura lieu.

Un évêque, en parlant à un journaliste, ne peut émettre

(1) M. Douais.

l'enquête du Siècle

que des opinions qui lui sont personnelles, il ne peut pas parler pour l'Église de France, et il risque que ses vues ne

concordent pas avec celles de notre chef, le Souverain Pontife; alors à quoi bon s’exposer à déplaire peut-être au Saint-Père ?

Puis, un autre inconvénient : en répondant à vos questions, je peux laisser apercevoir à nos adversaires une fissure dans l’échafaudage de leurs conceptions hostiles, fissure par laquelle l'Église pourrait échapper à leurs coups et qu'ils s’empresseraient de boucher. Voilà pourquoi je préfère me taire.

— Mais, encore, ne pourrais-je savoir lequel des projets, de M. Combes ou de M. Briand, a vos préférences ?

— Le projet de M. Combes est inacceptable; l’autre, heu! heu ! il l’est aussi. du reste la commission semble partager cet avis. Voyez avec quelle anxiété elle taille, rogne, ajoute, rejette... Il faut comprendre ceci : théoriquement, ou le clergé sera salarié, ou il sera libre, ou il sera persécuté. Présentement, il me semble que c’est la dernière hypothèse qui doit être admise. De quel instrument se servira-t-on pour cette persécution? Le Concordat lui-même, si l’on veut serrer les articles organiques, peut être aussi bon à cette besogne qu'une séparation des Églises et de l'État; si l’on avait eu l'intention de faire une séparation loyale on aurait laissé les choses comme elles sont. Ce que l’on veut, c’est persécuter le clergé; dans ces conditions il n’y a qu'à savoir ce qu'avec sa grande finesse Sa Sainteté Léon XIII nous demandait : « Votre clergé est-il prêt à supporter la faim et la prison ? » Et comme nous répondipns affirmaiivement, le Saint-Père concluait : « En ce cas, nous n'avons rien à craindre, la victoire est pour nous. » Eh, monsieur, dans mon diocèse, mes prêtres et moi, je vous le déclare, nous sommes préparés à tous les sacrifices. Vous l'avez constaté vous-même, j'habite une très jolie maison qu'a fait construire pour les évêques M. Jules Simon; eh bien, je la quitterai quand on voudra, et lorsque j’habiterai au coin d’une ruelle une maisonnette où il fera noir et où l’air me sera mesuré, soyez-en persuadé, mes fidèles, mes vrais fidèles ne m'en aimeront et ne m'en respecteront pas moins.

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