VI. — À l’archevêché de Cambrai
Cambrai, le 23 décembre 1904
— Les deux projets dont vous me parlez, monsieur, j'avoue très franchement que je les trouve détestables à la
(1) M. Sonnois,
lecture; quant à vous dire ce que je pense de la séparation des Églises et de l’État, je n’ai pas, pour l'instant, d'opinion faite, et je ne puis en avoir.
Pour se faire une opinion, il faut attendre que le gouvernement ait précisé, non pas ses intentions; nous les devinons, mais ses volontés; il faut attendre que la commission ait terminé son travail, et même que le texte de loi soit adopté par la Chambre. Pour me servir d’une expression vulgaire qui rend mieux ma pensée, nous savons bien qu’il nous pend quelque chose au bout de l’oreille, mais nous ne savons pas quoi, et pour dire si nous le décrocherons il faut savoir d’abord si ça nous plaira ou nous déplaira.
Comment se fera la séparation de l'Église et de l'Etat ? Sera-ce simplement la suppression du budget des cultes ? Sera-ce la disparition complète des curés en tant que fonctionnaires relevant encore par un côté de l’État ? Y aurat-il un ministère des cultes ? N’y en aura-t-il plus ? Sera-ce un régime de loyauté, de franchise ? Sera-ce au contraire un régime d’oppression, d’entraves et de fourberies ? Autant de questions qui maintenant sont encore des mystères; voilà pourquoi je vous réponds qu’il est prématuré de vouloir vous donner une réponse et qu’à mon avis, sur un terrain aussi délicat, il est prudent de s'abstenir.
Vous paraissez désirer beaucoup connaître ma pensée en ce qui touche la location des immeubles consacrés au culte. Ce côté du problème semble avoir pour vous une très grande importance ; permettez-moi de vous dire que, pour moi, j y attache un intérêt tout à fait secondaire. En effet, les ae dans lesquels nous célébrons nos cérémonies peuvent se diviser en deux catégories: 1° Les immeubles soi-disant à l’État, c’est-à-dire ceux qui appartenaient au clergé avant la Révolution, qui lui ont été enlevés par la violence, mais qui, depuis, sont légalement la propriété de l'État, puisque la loi, qui purifie tout, a purifié et ratifié des actes que la saine probité réprouve, et que, depuis, nousmêmes nous les avons acceptés pour admissibles, puisqu’en compensation nous émargeons au budget; 2° les immeubles qui, comme le Sacré-Cœur de Paris et tant d’autres, mont été construits que par des libéralités personnelles et particu-