A L'ARCHEVÊCHÉ DE CAMBRAI
lières et ont été offerts au clergé pour la célébration du culte, c’est-à-dire qui sont des biens propres.
Pour les premiers, s’il plaît à l’État de se les louer à luimême, libre à lui, je n’y vois pas d’inconvénient, car remarquez-le bien, l'État, c’est les contribuables. Or si l’État loue aux contribuables ce qu’ils ont payé ou ce qui leur appartient, c’est tirer de la poche gauche pour mettre dans la poche droite ; mais je pense que les contribuables ne goûteront pas ce système, car dans le transport d’une poche à l’autre il reste toujours une part pour les agents du fisc.
Pour les seconds, si l’État émet la prétention singulière de louer à son profit exclusif ce qui a été construit sans son concours, ce qui n’a jamais dépendu de près ou de loin de ses coffres, je dirai que l’État oublie le septième commandement de Dieu, ce qui, après tout, ne me surprendrait pas autrement.
Pour moi, monsieur, cette question des immeubles ne me préoccupe pas autant que vous le craignez. On dit la messe partout, nous la dirons dans les chapelles que les gens riches ouvriront dans leurs hôtels, nous la dirons sur un comptoir dans les marchés, nous la dirons sur une herse posée sur deux troncs d'arbres dans les ehamps, nous la dirons toujours quand même el partout.
Croyez-moi, la messe, on la célébrera envers et contre tous.
Est-ce que du temps de la grande Révolution on ne traquait pas bien autrement le clergé? Est-ce que cela a empêché la messe d’être célébrée? Moi qui vous parle, j'ai eu pour professeur un vieux prêtre qui avait vécu ces temps troublés : lui-même me racontait qu’il disait sa messe quelquefois dans une cave, sur un tonneau, quelquefois sur un banc de pierre; deux fois il avait été mis en prison; deux fois il s'était évadé et il avait toujours gardé sur lui les objets sacrés nécessaires à l'exercice du culte. On ne fera pas pire que dans ce temps-là, et cela n’a servi à rien. Mais une question me préoccupe plus que celle des immeubles : c’est la question de la subsistance .de nos prêtres, el je le confesse, si la séparation a lieu, c’est celle-là à laquelle je penserai d’abord. Je suis donc sans appréhension pour
l'enquête du Siècle
l'exercice du culte, mais j'appréhende les moyens à trouver pour faire vivre mes prêtres. Quant au culte, il subsistera, même surtout contre le gouvernement. Si, poussé par de mauvaises pensées, le gouvernement veut tomber dans l’arbitraire, susciter des entraves, fermer les chapelles des particuliers, le chemin sera épineux, mais il sera suggestif. Plus on émonde un arbre, plus il prend de force; c’est un axiome en arboriculture. Coupez des branches de l’arbre séculaire de la religion, vous lui redonnerez de la jeunesse et de la vigueur.
Monsieur, Dieu veut que ses ministres aient à subir des vexations et des à-coups dans leur marche; certes nous aurons nos pleurs et nos grincements de dents, mais le culte survivra. Si le gouvernement veut le supprimer, il peut essayer; je suis sans crainte, le gouvernement luimême ne sera pas le plus fort. Bonaparte l'avait bien compris, et Bonaparte, qui était une intelligence, s’est rallié au culte, quand ila vu qu'il serait vaincu par lui.
Moi, monsieur, j'attends et je ne crains pas.
3 janvier 1905 VII. — A l'évêché de Meaux (1)
Meaux, le 2 janvier 1905
— Je vis très renfermé dans mon diocèse, je ne vous cacherai pas que si je connais peu les opinions des autres évêques, je présume qu’elles doivent se rapprocher de la mienne. C’est avec une véritable peirte gue je verrais annuler le Concordat, et le Parlement prendre au sérieux et discuter les projets néfastes de M. Combes, voire de M. Briand. Mon plus grand désir est que les choses restent comme elles sont. Maintenant, si l’un de ces projets ou tout autre analogue est voté, eh bien, ma décision est. d'ores et déjà irrévocablement prise : dans mon diocèse, nous ne louerons à aucun prix les édifices destinés au culte et qui nous
(1) M. de Briey.