DENON
l'enquête du Siècle
qui peuvent à peine payer leur pain; comment feront-ils, ceux-là, pour s'imposer la dîime nécessaire, à la nourriture de leur curé? Dans les villes, nous pourrons encore arriver à combler le déficit, mais les campagnes, les tristes campagnes où l’on a tant besoin du secours moral et aussi de la sollicitude du prêtre, comment ferons-nous pour leur garder leurs curés ?
Tout cela, monsieur, est bien malheureux et bien regrettable, mais je veux espérer encore que le Parlement aura la sagesse de ne pas briser le Concordat; encore faudraitil que nos dirigeants comprissent, et, hélas ! il y en a qui sont un peu ignorants. Ce trait, dont je vous garantis l’authenticité, va vous le prouver.
Évèque de Meaux, je m'occupe depuis de longues années d'établir et de publier un monument littéraire de Bossuet; pour arriver à ce résultat, je sollicite l’aide matérielle de ceux que leur position de fortune et leur situation dans le monde me font supposer devoir s'intéresser à une œuvre aussi importante. Dernièrement, je m'adresse à un dirigeant millionnaire pour lui demander sa souscription. Savez-vous ce qu'il me répond? — «Je ne vois pas la nécessité de souscrire pour la publication de livres qui ne signifient rien et ne sont pas utiles à lire. » Toute opinion religieuse à part, oser dire que les phrases de Bossuet ne signifient rien et ne sont pas utiles à lire, est peut-être excessif dans la bouche d’un homme ayant la prétention de jouer au vingtième siècle les grands personnages.
17 Janvier 1905 VIII. — A l'évêché d'Évreux (1)
Evreux, le 14 janvier 1905
— La séparation de l'Eglise et de l’État, c’est un malheur pour lEtat, et c’est un malheur pour lEglise. Voilà, mon-
(1) M. Meunier.