UNE LETTRE DE MGR. L'ÉVÊQUE DE BEAUVAIS
Vous êtes-vous rendu compte du trouble immense que le nouvel ordre de choses va jeter partout, dans nos campagnes et jusque dans l’intérieur de chaque foyer ?... La foule des gens religieux et des gens honnêtes, que penserat-elle de ce renversement des choses qui touchent le plus intimement à l’âme, à la conscience, à l'honnêteté publique, à l'éducation des enfants, à la moralité de tous, et au besoin de croire et d’espérer du grand nombre ?
Un immense cri d’effroi traversera la France, le jour où la porte de chaque église sera fermée, où les autels seront emportés, les confessionnaux brisés, les fonts sacrés jetés au dehors, les mornes silences de la cloche prolongés ou l’ai- : rain sacré profané et appelant à des réunions banales, à de mauvais plaisirs peut-être.
Ne sommes-nous pas assez près de ces événements pour les bien voir ? et faut-il, pour y croire, que nous en soyons devenus les victimes ? La persécution religieuse sera la conséquence presque nécessaire du nouvel état de choses.
6 mars 1905
Fragments d’une « lettre de monseigneur l’évêque de Beauvais à un député » :
J'entends beaucoup parler de la séparation : c’est le thème habituel; on y revient chaque jour dans la presse et au Parlement. Mais j'entends peu parler de la liquidation, et pourtant, dans l'intérêt de la paix, il faudra une liquidation honnête. La pension en faveur des membres du clergé prévue par le projet de loi, ou les projets que nous connais- ‘sons, n’y est qu'à titre de mesure transitoire et non d’indemnité équivalente.
Appelez-la du nom que vous voudrez, et serait-elle équivalente pour les prêtres en fonctions leur vie durant, on ne peut y voir une liquidation. Une question d'ordre supérieur et d’honnêteté publique domine cette matière : c’est Le respect des contrats.
l’enquêle du Siècle
Un contrat synallagmatique a été passé entre l'Église et l'État en 1802. Je dis un contrat, pour faire écho cette fois aux justes cris des adversaires de l'Église si un publiciste, mal renseigné, se permet de dire qu’en une telle matière l'Église, étant souveraine, n’a ni pu ni voulu s'engager.
Les papes qui se sont succédé depuis 1802 se sont regardés comme tenus; ils ont vu dans l'acte de 1802 un contrat synallagmatique contenant des obligations réciproques. Donc, en justice, le pape ne peut être mis systématiquement à l'écart de la séparation. Il faut l’entente pour la préparer et la réaliser. Il est indispensable que le pape Pie X y donne son assentiment, de même que la signature du pape Pie VIT fut indispensable pour rendre valable Pacte de 1802. Puisqu’il s’agit du culte et des biens de l’Église, c’est sa signature qui donna au contrat une valeur obligatoire devant la conscience catholique. Si aujourd’hui nous nous sentons chez nous dans nos églises, c’est parce que la signature du pape, qui nous y a introduits, nous y maintient. Que la signature du pape manque à la séparation, nous la rezgarderons comme illégitime et violente, et nous ne sortirons pas de nos églises, où la même autorité nous retiendra.
On n’a jamais vu l’une des deux parties liées par un contrat prétendre légitimement le rompre seule et à son profit. Les tribunaux prononcent entre les citoyens d’un même pays : c’est la sanction légale. Parce que le Saint-Siège ne peut pas en appeler à des juges constitués, le droit est-il moindre ou différent. Voyez-vous le gouvernement d’une grande démocratie qui se flatte de ne chercher que la justice, violant tout le premier ce primordial principe ? Si la séparation $e fait, tout le monde a intérêt à ce qu’elle se fasse à l'honneur de chacune des deux parties, l’Église et l'État. La paix ne peut exister qu'à ces conditions. Que si l'État décide tout tout seul, arrange tout tout seul et nous impose les clauses de son arbitraire intéressé, la liquidation engendrera chaque jour les plus vifs dissentiments. Nous la subirons; nous ne Paccepterons pas.
.… Que si le maintien du Concordat n’est plus possible, ce qui n’est pas démontré, la paix religieuse ne pourra être