‹ La séparation des églises et de l'ÉtatChapitre 89 sur 189 · M. L'ÉVÊQUE DE TULLE · texte numérisé non relu

M. L'ÉVÊQUE DE TULLE

assurée que par une séparation équitable, libérale et ratifiée par le pape. ë

M'autorisant de mes relations, me souvenant de ce que j'ai vu et me rappelant ce que j'ai entendu à Rome même, ce mois de janvier passé, je crois pouvoir aflirmer que le pape Pie X, sincèrement partisan de la liberté, très ami de la France dont il veut passionnément le bien, résolu aussi à soutenir le gouvernement qui est l’autorité et l’ordre, est disposé à se montrer conciliant, pacifique et même large. Encore faut-il que le gouvernement se mette en rapport avec lui et lentretienne de la séparation, s’il veut la séparation. Il lui serait facile de reprendre la conversation, à l'occasion du protectorat ou de la nomination des évêques. Il faut bien pourvoir aux évêchés vacants, qui, à l’heure actuelle, sont au nombre de onze. C’est une affaire courante, simplement, et l’on ne voit pas comment, sinon par un dessein formé, on lui a donné un caractère politique ? N'y a-t-il pas quelque urgence à la traiter, cette affaire de la nomination des évêques ?

5 mars 1905

Extrait d’une lettre pastorale de M. Denéchaud, évêque de Tulle (») :

Quant à la séparation de l'Église et de l'État, c’est une question encore plus grave : ce serait pour la France l’apo-. stasie officielle. Oui, l'Église y perdrait son état civil ou social ; ni ses paroisses, ni ses diocèses ne seraient reconnus ; ni les édifices de son clergé et de son culte ne lui seraient

(n) Les lettres pastorales que les évêques adressent à leurs diocésains à l’occasion du carême présentent, cette année, un intérêt particulier. La certitude dune séparation prochaine provoque maintes considérations, maints conseils et, quelquefois aussi, des récriminations ou des plaintes qui trahissent la diversité des sentiments et des impressions entre lesquels l’épiscopat est partagé. De quelques-uns des mandements qui nous sont parvenus, nous extrayons dans les pages suivantes les passages les plus intéressants.

l'enquête du Siècle

assurés. La France qu’elle a faite avec ses grandeurs, où elle existe depuis quinze siècles, où elle compte parmi ses enfants l'immense majorité des citoyens, lui dirait : Je ne vous connais pas. Vous serez une association comme une autre, pas plus, par exemple, qu'une société de secours mutuels, d’amical souvenir ou de gymnastique. Eh ! mon Dieu, qui sait si la liberté complaisamment accordée à ces sociétés ne subirait pas pour nous de nombreuses restrictions, sans compter la haute surveillance ? Ah! nous voyons bien, dans tous ces projets, la destruction de la maison qui nous abrite; mais nous ne voyons pas encore bien si nous aurons la liberté et les moyens d’en rebâtir une autre.

En tous cas, N. T. C.F., dans l'incertitude où les projets de loi nous laissent encore, nous savons du moins et nous déclarons que, sur toutes ces questions, la parole, décisive pour nous, appartient à l'autorité du Souverain Pontife, dans tout ce qui concerne le culte et le ministère sacrés. Si de graves besoins le demandent, nous aurons des instructions à vous transmettre, peut-être de nouveaux sacrifices à vous demander. Mais, pour subvenir au culte catholique, pour avoir un curé, même dans les petites paroisses, vous serez à la hauteur des obligations et des périls que peut nous créer ce malheureux temps.

5 mars 1905

Extrait d’une lettre pastorale duicardinal Labouré, archevêque de Rennes :

Nous affirmons que nos églises, don des fidèles à Dieu, ont été offertes par eux, que les subsides mêmes versés en appoint par l’État ou les communes ont été acceptés dans la pensée expresse que les édifices du culte demeureraient à la disposition des ministres de ce culte et du Seigneur auquel il est rendu. Passer outre à ces intentions sacrées, faire acheter aux fidèles la permission d’entrer dans les sanctuaires qu’ils ont bâtis de leur argent et de leurs mains,

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c'est montrer que la justice rigoureuse peut faire injure : Summum jus, summa injuria.

. Payer le droit de visiter Dieu, de pleurer près de lui dans vos douleurs, de vous appuyer sur lui dans vos détresses, de lui présenter vos nouveau-nés pour qu’il les sanctifie au seuil de la vie, et vos morts pour qu’il les absolve au seuil de l’éternité, ce serait une amertume qui ne passerait point, un froissement continu du tact religieux chez les plus humbles croyants et dans les masses populaires. Elles n’admettront jamais que le prêtre ne soit plus chez lui dans le lieu saint et que Dieu n’y soit pas sûr du lendemain. Que nos églises restent, s’il le faut, à notre charge, qu’elles deviennent pauvres, nous souffrirons, et nous ne nous plaindrons pas. Jésus-Christ a souvent sur nos autels une croix d'argent que lui a donnée la charité des fidèles, mais c'est avec une croix de bois qu'il a sauvé le monde. Cette croix,-du moins, était à lui.

6 mars 1905

Extrait d’une lettre pastorale de M. Lucien Lacroix, évêque de Tarentaise :

Un devoir strict et impérieux incombe aux catholiques : c’est de se compter et de s’unir. Les esprits les plus éclairés estiment qu'on a peut-être fait fausse route quand, par une indulgence excessive, nous avons fait figurer sur nos registres et regardé comme de vrais fidèles tous ces demichrétiens qui, en dehors du baptême, de la première communion et du mariage, auxquels il est encore de bon ton de se soumettre, ne connaissent plus l'Église et demeurent entièrement étrangers à son enseignement, à ses rites, à ses sacrements, en un mot à toutes les manifestations de la vie catholique. Aussi est-il arrivé que le catholicisme a perdu en solidité et en vigueur ce qu'il paraissait avoir gagné en étendue et en surface. On continuait à se dire et à se croire la majorité; on parlait toujours des 36 millions de eatholiques français; tandis qu’en réalité, sous l’action d’une

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presse violente et pamphlétaire, les classes laborieuses désertaient en masse nos églises et que l'élite intellectuelle, la seule qui fasse l'opinion, rejetait nos dogmes comme contraires au progrès de la science, et allait grossir les rangs de la libre-pensée...

À l'heure qui nous paraîtra propice, nous organiserons, dans toutes les paroisses du diocèse, les associations cultuelles prévues par le projet de séparation, et je vous enverrai, à cet effet, toutes les instructions nécessaires. Dans les feuilles d'inscription qui seront mises sous vos yeux, vous trouverez des formules d'adhésion où seront indiquées vos principales obligations de chrétiens, et au bas desquelles vous aurez à mettre votre signature. On demandera à chacun de vous :

Êtes-vous pour la liberté religieuse, contre la tyrannie de la libre-pensée et des sectes occultes ? 3

Voulez-vous de l’enseignement catholique pour vous et pour vos enfants?

Voulez-vous que les prêtres continuent à préparer vos enfants à la première communion et qu'ils Done vos malades les secours de la religion ?

Êtes-vous décidé, le cas échéant, à contribuer de vos propres deniers à l’entretien de votre culte et à la subsistance de vos prêtres ?

Êtes-vous résolu à ne jamais vous faire représenter, ni dans les assemblées municipales ou départementales, ni dans les assemblées législatives, par des hommes qui seraient les ennemis déclarés de votresfai et de votre religion ?

Si, à toutes ces questions, votre réponse est aflirmative, vous serez admis à faire partie de l'association cultuelle de votre paroisse, et dès ce moment vous jouirez de tous les avantages religieux, moraux et même matériels que l’associalion procurera à ses membres.

Seulement, entendez-le bien, une fois votre signature donnée, il sera indispensable que vous teniez les engagements que vous aurez pris. Sous peine d’être disqualifiés et

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