‹ La séparation des églises et de l'ÉtatChapitre 90 sur 189 · M. L'ÉVÈQUE DE SÉEZ · texte numérisé non relu

M. L'ÉVÈQUE DE SÉEZ

retranchés de l’association, vous devrez vous absfenir de tout acte public, de toute démarche extérieure qui serait une violation de votre parole. Au cas où, par peur, par intérêt ou par désir de vengeance, vous commettriez quelque faute de ce genre, le comité directeur de l'association, en vertu des droits qui lui seront conférés par les statuts, vous | inviterait à fournir des explications, et si elles n'étaient pas jugées suffisantes, votre nom serait rayé de la liste des catholiques et vous seriez de tout point assimilés aux hérétiques et aux libres-penseurs, c’est-à-dire à ceux que l'Église ne connaît pas. Du même coup, vous seriez privés de tous les avantages spirituels et temporels qu'impliquent la profession et la qualité de chrétien, et que vous devinez, sans qu'il soit nécessaire de les mentionner ici.

8 mars 1905

Extrait d’une lettre pastorale de M. Bardel, évêque de Séez':

La séparation est-elle possible ? Du côté de l'Église elle ne l'est pas. L'Église a des droits imprescriptibles sur l’homme aussi bien que sur la société. Elle les tient de Dieu et personne ne peut les lui enlever. Que des circonstances particulières lui permettent, l’obligent même à en céder quelques parcelles pour le plus grand bien, elle le fera volontiers. Puissance suprême dans les questions religieuses et dans celles qui, par leur nature, participent à la fois de l’ordre: moral et matériel, elle traite de gré à gré avec les pouvoirs établis. Toutefois, l'État ne peut pas la regarder comme quantité négligeable; il ne doit pas l’ignorer. Elle est l’'autorité de Dieu sur la terre, et cette autorité doit s’exercer sur les âmes qui relèvent de son domaine, sur les corps dans toutes les questions qui se rapportent à la conscience, sur toutes les questions sociales qui touchent au domaine de l'esprit.

Cette vérité est si évidente qu’elle s’est toujours imposée et s’imposera toujours aux nations. Cherchez un peuple qui ignore l'Église. IL n’y en a pas. Et quand des hommes mal

. l'enquête du Siècle

renseignés nous parlent de l'Amérique, on peut répondre qu'ils n’en connaissent ni l'esprit ni les œuvres.

«On croit généralement, dit Claudio Janet, que la religion en Amérique est uniquement une affaire privée et que, dans la confection des lois d'administration, les pouvoirs civils agissent comme s’il n'existait point de religion vraie ayant la mission de diriger toutes les actions des hommes. Rien n’est plus faux que ce point de vue. La triste maxime que la loi est athée et doit l’être, qui, depuis 1870, a presque constamment inspiré notre législation, n’aurait pas pu être articulée en Amérique sans soulever une réprobation unanime. Le christianisme y est véritablement la religion nationale. Loin d’être confiné, par la loi ou les préjugés, dans le domaine de la conscience privée et du foyer domestique, il est resté, au moins jusqu'à nos jours, la première des institutions putes Et les faits prouvent la vérité de ces paroles. »

Et ainsi semble-t-il qu’il devrait en être de tout État soucieux des intérêts vitaux d’un pays. La séparation de l'Église et de l'État équivaut, pour l'État, à une déclaration officielle d’athéisme aussi bien pratique que spéculatif. L'État ne connaît plus la religion ; l'État élabore ses lois, dirige la société, établit ses programmes d'enseignement, distribue, par des milliers de bouches, .la nourriture dé l’intelligence à toute la jeunesse française, mais la religion est soigneusement éloignée, écartée sans merci de ce travail qui contribue à la formation d’un peuple.

De bonne foi, a-t-on calculé les conséquences d’une semblable méthode? Mais elle sape la base de Pédifice qüe l’on ‘veut élever !.. La loi a pour fondement la justice éternelle, immuable, qui domine l’homme, règle ses droits, lui prescrit ses devoirs et garantit toute liberté légitime contre les appétits et les convoitises. Or, cette justice où la trouvez-vous, sinon dans la religion? Qui linspirera, qui la gardera toujours saine, pure, sans alliage, sinon la religion ? Venue de Dieu, comme la justice elle-même, la religion en est la gardienne contre les passions des hommes et leurs propres entraînements.

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