M. L'ÉVÊQUE DE SÉEZ
.… L’âme est une, et dans son éducation, il n’est pas possible de lui faire suivre, comme dans d’autres programmes, des cycles savamment combinés, mais séparés par des routes parallèles sans communication entre elles, Que l’on s'adresse à la volonté, au caractère, au cœur, à ce qui constitue avant tout l'homme moral, comment le former sans faire intervenir la religion? Parlera-t-on de morale en excluant la religion? Mais de quelle morale? On l’a dit du haut de la tribune française, et la parole a eu d'assez puissants échos dans le pays : « En dehors de la religion, la morale manque de fondement. »
Et à ceux qui nous objecteraient que les catholiques doivent payer leur culte et que l’on ne peut pas obliger les ennemis de la religion à accepter un impôt dont ils ne tirent aucun profit, nous répondrons que dans toute société il y a des services qui ne profitent pas à chacun de ses membres. Les subventions accordées aux théâtres, à certaines branches du savoir humain, à la culture des arts, et à tant d’autres, ne profitent qu’à une élite privilégiée. À première vue, nos campagnes ne peuvent-elles pas demander qu'on les décharge d’un impôt qui ne leur apporte aucun avantage. Et cependant il y a une question de solidarité générale dont la répercussion, quoique lointaine parfois, n’en est pas moins efficace. Il y a la nécessité de satisfaire aux besoins de telle ou telle catégorie de citoyens. C’est l’échange des charges qui permet l’organisation d’une s0ociété où toutes les aspirations légitimes de ses membres doivent trouver satisfaction. Et qui oseraït dire que les sentiments religieux et leur expression cultuelle ne sont pas légitimes, ne répondent pas au désir de la majorité des citoyens français et n’ont pas pour but le plus grand bien ?
. Aussi, sommes-nous autorisés à le dire, le pays ne désire pas ce divorce. Dans ce temps où les majorités tendent de plus en plus à devenir la loi, on peut chercher une majorité en faveur de la dénonciation du Concordat, on ne la trouvera pas. Les programmes électoraux en font foi. Ils sont une petite minorité, les représentants qui Pont ofliciellement demandée devant leurs électeurs.
l'enquête du Siècle
Nous déclinons toute responsabilité pour l'avenir. Sans doute, nous subirons les coups de la force; nous serons bien obligés d'accepter une rupture qui nous sera imposée. Mais qu’on le sache, il est une chose que nous n’accepterons jamais : ce sont les fers que l’on voudrait nous forger en attendant l’heure de la mort légale de l'Église.
Au nom de la conscience lésée dans ses convictions les plus intimes, nous protesterons, et nos protestations ne seront pas platoniques; nous lutterons sur le terrain du : droit et de la liberté, nous poursuivrons sans nous lasser nos revendications ; rien ne nous découragera, car nous aurons pour nous ce qui fait le succès final de toute entreprise et le triomphe dans toute lutte : : la foi qui enflamme, et l'espérance que rien n’abat.
I0O Mars 1905
Extrait d’une lettre pastorale de M. Servonnet, archevêque de Bourges :
Les événements qui menacent de s’accomplir chez nous auront cet avantage de rappeler et de remettre en pratique la doctrine du travail dans toutes les conditions de la société. Nous venons de nommer les membres du clergé : nous les croyons préparés à cette éventualité, à cette nécessité de gagner au moins une partie de leur subsistance par le travail manuel. Mais les gens du monde doivent s’y préparer aussi. Dans nos temps profondément troublés, qui peut garantir un lendemain aux situations les mieux assises en apparence. Il est prudent, pour ne pas dire davantage, d'avoir entre ses mains, au bout de ses doigts, un moyen de se procurer quelques ressources, si cette aisance, si cette fortune venait à être amoindrie ou à disparaître. Et en dehors d’une telle prévision que nous écartons de tous nos vœux, les personnes qui ont des loisirs ne doivent-elles pas les employer au travail, transformer leur salon en atelier, faire assidüment leur journée comme de vaillantes ouvrières, pour contribuer plus abondamment aux œuvres de miséricorde, de zèle et de religion ?