M. L'ÉVÉQUE DE PÉRIGUEUX
II MArS 1905 °
Extrait d’une lettre pastorale de M. Delamaire, évêque de Périgueux :
Il n’y a pas à se dissimuler l’extrême gravité générale des événements qui se déroulent sous nos yeux depuis quelque temps.
. Pour notre part, cependant, nous voulons espérer contre toute espérance, et jusqu’à la dernière heure, que la France, débitrice du clergé catholique auquel elle engagea sa signature ñ y a cent quinze ans, obligée de l'Église à laquelle elle doit incontestablement ce qu’elle a de meilleur, mettra son honneur au-dessus des antipathies passagères qui excitent en ce moment une moitié de ses enfants contre l’autre, et tiendra la parole donnée devant les assemblées de 1789 et de 1801. :
Si cette espérance est déçue, l'épreuve que nous entrevoyons sera redoutable pour vous, nos très chers frères, et remplie d’amertumes de toute sorte.
Vous seriez riches, nous la craindrions moins et nous la bénirions presque, malgré ses rudesses; mais, pour la plupart, vous êtes pauvres.
Vos prêtres sont pauvres comme vous, el ils le sont, vous le savez, depuis la Révolution surtout. Le clergé de France, en effet, qui, après avoir économisé denier par denier, pendant plus de douze siècles, avait, alors, la joie de pouvoir offrir un culte presque gratuit à ses fidèles et des abris hospitaliers à ses pauvres, vil anéantir son trésor, le 2 novembre 1789, et disparaître cette réserve sacrée des offrandes de tant de générations dans le gouffre de la Dette publique.
Aujourd'hui, ce clergé est pauvre et vous voudrez bien remarquer qu’il ne s’en plaint pas, qu'il en est fier, au contraire, parce que c’est le meilleur signe de sa noble indépendance. S'il avait consenti, en effet, à être esclave ou infidèle, il aurait pu peut-être améliorer sa situation matérielle : il ne l’a pas voulu et il a eu raison.
Quoi qu'il en soit, sa pauvreté est un fait et la consé-
l'enquête du Sièele an
quence de ce fait, c’est qu'il lui sera impossible de vivre sans vos aumônes.
Or, pourrez-vous, nos très chers frères, même avec votre grand cœur, les lui apporter suffisantes, au moins d’icilongtemps? Nous en doutons.
Alors, nous aurons sous les yeux le douloureux et angoissant spectacle de nombreuses petites paroisses, celles de 200, 400, 600 âmes, celles plus populeuses qui ne comptent que des ouvriers, forcées de refuser un curé résidant, faute des ressources nécessaires pour couvrir les frais indispensables de son ministère.
Nous en serons réduits à ne plus faire visiter ces paroisses que de loin en loin par des missionnaires, comme l’on fait dans les pays hérétiques où sauvages dont vous parlent les Annales de la propagation de la foi.
II MArTS 1905
Extrait d’une circulaire pastorale des vicaires capitulaires du diocèse de Versailles :
L'Église a prouvé au monde qu’elle pouvait vivre et se développer dans les prisons comme au fond des catacombes. Chassée de partout, la foi se réfugie dans la conscience individuelle comme dans un asile inviolable, et toute la puissance des persécuteurs, comme toutes leurs ruses, viennent se briser contre cet indestructible rempart. La voilà, la vraie, la grande, l’invincible liberté de conscience! Contemplez-la dans les martyrs. C’est celle que les hommes ne donnent pas, mais qui se prend; cellétqu’on ne mendie pas, mais qui se conquiert; celle enfin qui, s'appuyant sur Dieu et sur le droit, brave les foudres de la tyrannie, qu’elle soit individuelle ou collective, que les tyrans s'appellent Néron, Dioclétien, Julien l’Apostat ou la Convention.
Nous ne tremblons pas pour l'Église dé Jésus-Christ, mais nous tremblons pour l'Église de France.
La situation présente est si grave qu’elle RRQ à tous des devoirs plus pressants.
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