‹ La séparation des églises et de l'ÉtatChapitre 93 sur 189 · DIOCÈSE DE VERSAILLES · texte numérisé non relu

DIOCÈSE DE VERSAILLES

Le premier de ces devoirs est celui de la prière,

À ces prières ferventes nous joindrons, pendant le saint temps du carème, les œuvres de pénitence.

Avant de descendre dans l'arène, les lutteurs antiques s’entraînaient à la victoire par l’abstinence et par des exercices violents. Comme eux, nous saurons nous aguerrir par les privations et par les sacrifices. Nous retrancherons de notre vie, de nos fantaisies, de nos divertissements tout ce, qu'on en peut raisonnablement retrancher, et, avec cet impôt volontaire, prélevé sur nos vanités, sur nos caprices, sur nos sensualités, sur notre luxe, et, s’il le faut, sur notre nécessaire, nous referons le budget de Jésus-Christ, nous le doterons magnifiquement; ce sera le budget du pardon, le budget du rachat de nos âmes, et, s’il plaît à Dieu, le budget de nos prochaines et toutes pacifiques victoires.

Pour obtenir ce résultat, que faut-il ? Nous grouper, nous associer, nous organiser. C’est l’impérieuse nécessité du moment. ‘

A l’heure présente, hélas! les catholiques de France ne sont qu'une multitude éparse, disséminée, sans cohésion, sans conscience de sa force : vraie poussière humaine que le vent de la Révolution disperse aux quatre coins du ciel, parce que ces grains de sable n’ont point de ciment. Ce ciment nécessaire, nous irons le demander à l’association. Qu'’étaient, il y a dix-neuf cents anf, ces chrétientés naissantes, écloses un jour sur notre sol gaulois au souflle enflammé d’un apôtre venu des lointains pays d'Orient? De pauvres petites semences assurément; mais comme elles ont germé! Quelle vitalité dans ces groupements constitués dans l’unité, fortement soudés les uns aux autres, vraies cellules vivantes d’où est sortie, au bout de trois siècles, toute organisée, toute rayonnante d'activité, notre belle Église de France!

Nous devons avoir la fière ambition de faire revivre cette époque glorieuse, et nous y réussirons par l’association. La loi nous le permet : le texte du projet qui sera discuté devant les Chambres françaises prévoit les associations cultuelles. En attendant que nous les établissions partout, préludons aux efforts de demain en fondant dès maintenant,

l'enquête du Siècle

de tous côtés, des groupements religieux, de tout nom, qui seront nos corps d'élite et formeront les cadres nécessaires de la grande organisation catholique de l’avenir.

13 mars 1905

Extrait d’une lettre pastorale de M. Rougerie, évêque de Pamiers :

L'Église, en France, et l'État ne peuvent être séparés ; car leur union repose sur les antiques traditions et sur les droits imprescriptibles des citoyens français. La lutte sera longue et, si l'expression n'était excessive, nous dirions qu’elle sera éternelle, Il faudrait nous enlever, après ce droit d'association dont nous avons déjà parlé, le droit des réunions publiques et privées, le droit de hiérarchie sacerdotale et de gouvernement spirituel, nous empêcher de posséder et de louer, comme catholiques, la moindre parcelle du sol natal pour y bâtir un presbytère et y élever une église, nous proscrire du sol de la patrie. Sans descendre jusqu’à ces extrêmes, ce qui est impossible, nous éprouverons, nos très chers frères, plus d’une défaite ; mais, grâce à Dieu, nous saurons les réparer.

L'esprit de sociabilité entraîne le devoir, autant que la nécessité, des réunions entre citoyens, pour traiter des intérêts communs et poursuivre, par un travail d'ensemble, le but de la société. Le peuple catholique se réunit, au grand jour, dans ses temples pour la prière publique, pour l'offrande à Dieu de ses adorations et de ses hommages, pour l’invocation de sa bonté et de sa miséricorde; là, il ne conspire contre personne ; il appelle sur la société la protection divine sans én exclure personne; au lieu de maudire ceux qui le traitent avec rigueur, il prie Dieu de leur accorder la grâce de la conversion à des sentiments plus équitables et plus humains...

Le peuple a droit à être gouverné librement par ses chefs spirituels. Ceux-ci n’ont pas qualité, nous l’avons dit, pour régir les affaires publiques, pour administrer les départe-

M. L'ÉVÊQUE DE NANCY ET DE TOUL

ments, pour rendre la justice dans les tribunaux, pour commander les armées ; ils s’abstiennent à ce sujet de toute ingérence, de toute prétention ; on les en écarte, du reste, avec un soin jaloux. Leur mission est d'apprécier les doctrines et les tendances des esprits, de combattre celles qui sont contraires à la loi de Dieu, de prêcher la foi et la morale du Christ, de maintenir leur liberté religieuse et celle des fidèles disciples de Jésus-Christ. En cela, ils ne réclament que le droit commun. A quel libre-penseur, à quel sectaire refuse-t-on le droit illimité de les atiaquer et de les combattre ? Pourquoi donc les catholiques et les clercs seraientils privés du droit et des moyens de se défendre ?

C’est le droit de Dieu et son ordre exprès que sa parole soit prêchée; nous n’y pouvons faillir, même au péril de notre vie. C’est aussi le droit du peuple chrétien de n’être pas privé de la parole qui a civilisé l’ancien monde et qui, à l'heure actuelle, élève le niveau intellectuel et moral des peuples jusqu'alors les plus inaccessibles et les plus sauvages. Cest notre droit et notre devoir de le proclamer, faudrait-il y déployer de nouvean l’activité et l’héroïsme des apôtres et des martyrs.

16 mars 1905

Exposé du projet de séparation de l'Eglise et de l’État et de ses conséquences, adressé à ses diocésains par Monseigneur Turinaz, évêque de Nancy et de Toul :

Le gouvernement a déposé sur le bureau du président de la Chambre des députés un projet de loi portant dénonciation du Concordat, suppression du budget des cultes et séparation des Eglises et de l'État. La majorité de la Chambre a déjà accueilli le principe de ce projet.

Je voudrais démontrer aux catholiques et aux libéraux sincères qu'ils doivent, usant du droit inscrit dans la Constitution de leur pays, faire parvenir au Parlement, sous forme de pétition, leurs protestations énergiques.

En établissant cette démonstration, j’use d’un droit incon-

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testable de tout citoyen français, sans m’engager dans les luttes politiques, et j’accomplis ma mission d’évêque. C

S'ilest, en effet, une question évidemment et essentiellement religieuse, c’est bien la question d’un projet de séparation de l’Église et de l'État, conduisant à l’asservissement, puis, par des pentes fatales, à la destruction de la religion en France.

Je donnerai à ma démonstration la forme d’un exposé le plus simple et le plus abrégé possible.

Il ne s’agit, il est vrai, que d’un projet de loi, mais d’un projet proposé par le gouvernement ; et il est à craindre que la Chambre des députés et le Sénat ne le rendent plus rigoureux encore pour les catholiques.

Certainement, parmi vous, il n’en est pas un seul sur mille qui, au milieu des modifications successives des textes, et des dires contradictoires des journaux, ait pu se faire une idée exacte de ce projet. Il est donc absolument nécessaire de vous éclairer sur le débat qui va avoir lieu à la Chambre des députés et au Sénat, et qui décidera de vos droits les plus sacrés et de l’existence de la religion en France.

Ce que le projet propose, sous ce titre de « séparation », ne ressemble en rien à la réciproque indépendance de l'Église et de l'État.

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