Compte-rendu du Couvent de 1894 , p
confisqués et vendus à l’encan! Môme sécularisés, les anciens religieux étaient traqués comme des congréganistes, les tribunaux voyaient s’asseoir sur les bancs d infamie des prévenus d’un nouveau genre; des religieux en soutane, des sœurs avec leur chapelet ! Où donc était la liberté ?
Les élections générales venaient de se faire; la lutte avait été ardente. La pression officielle s’était exercée d’une manière plus violente qu’aux plus beaux jours de l’Empire ; les votes avaient été extorqués à la plupart des humbles fonctionnaires, les subventions de l’Etat enlevées à quiconque était soupçonné d’hostilité ou de tiédeur à l’égard du Ifioc. La délation avait été organisée sur tout le territoire, dans toutes les administrations; les fiches se couvraient d’infâmes calomnies attaquant leurs victimes dans leur situation matérielle et leur honneur. Après les élections, la guillotine sèche de la majorité avait fonctionné et de nombreuses invalidations avaient fait violence au suffrage universel. Une fois de plus : où donc était la libertés
La b rance était profondément divisée: d’un côté, les triomphateurs d’autant plus insolents dans leur victoire qu’ils l’avaient chèrement achetée, et décidés a traiter leurs adversaires comme des vaincus réd uits a merci, sans ménagements, sans pitié, persuades d ailleurs que la force primant le droit, il leur suffisait d’avoir la majorité pour faire les lois
à leur gré, pour faire le droit 1 ! De F autre, les vaincus irrités d’une défaite qu’ils attribuaient à la déloyauté et aux mensonges et se préparant déjà à de nouveaux combats pour la défense de la justice et de la liberté. Où donc étaient, au milieu de ces luttes au couteau ces mœurs de liberté, cette tolérance qui devaient présider à une séparation libé¬
rale?
C’est pourquoi les catholiques se méfiaient de tout projet de séparation ; c’est pourquoi, aux applaudissements des amis de la paix sociale, M. Ribot déclarait à la Chambre que plus que jamais, en nos temps troublés, une séparation loyale et honnête était impossible. C’est pourquoi aussi, dans un magnifique discours auquel sa trahison ultérieure devait donner un éclatant démenti, M. Deschanel déclarait qu’il n’accepterait jamais la séparation ni d’un ministère aussi violent que celui de M. Combes, ni d’une majorité aussi sectaire que celle du Bloc.
Il ne restait plus que la séparation maçonnique. Celle-là rencontrait dans la Chambre l’atmosphère de haine et d’intolérance qui allait hâter son éclosion. Aussi bien la majorité du Parlement n’é-
1. « Nous sommes la puissance législative, nous avons le droit de créer, de faire un droit nouveau », s'écriait le 10 avril 1905, un des membres de la majorité, M. Allard. ( Journal Officiel, p. 1293.)
< Le droit c'est nous qui le faisons! disait un autre ministériel, M. Zévaès. ( Journal Officiel, p. 1849.)
tait-elle qu’une majorité maçonnique, tenant ses pouvoirs des loges beaucoup plus que des libres suffrages des électeurs et résolue à transformer en lois toutes les décisions du Grand Orient.
Le bloc qui venait de triompher en 1902 était l’œuvre à laquelle la maçonnerie avait longuement travaillé, depuis plus de vingt ans, dans l’ombre de ses loges. C’est ce que proclamait l’orateur du convent de 1903, le F.*. Massé, député de la Nièvre :
« Si le Bloc a pu se constituer, c’est uniquement parce que dans nos loges, des républicains et des libres-penseurs, appartenant à des écoles diverses et parfois opposées, ont pu se rencontrer, se connaître, s’estimer... Si le Bloc a pu se maintenir, c’est grâce à ce que, dans le monde maçonnique, nous avons appris la discipline intellectuelle et morale... C’est la discipline qui a eu raison des tergiversations des hésitants, qui calme l’ardeur des impatients et règle la marche de l’armée républicaine. Sans elle, il n’y aurait pas au Parlement de majorité b »
Et il avait raison puisque partout les députés ministériels avaient été choisis par des comités dits de défense républicaine et que ces comités étaient tous des émanations des loges. Au lendemain des élections de 1902, le président du convent maçonnique, le F.*. Blatin, le constatait avec une satisfaction non déguisée : « C’est grâce à l’organisation du Grand