‹ La séparation et les électionsChapitre 114 sur 146 · Avec l’article S, dit M. Ferneuil, on a livré les asso · texte numérisé non relu

Avec l’article S, dit M. Ferneuil, on a livré les asso

SCHISME OU IMPUISSANCE

A\<int le vote de l’article 8, les cardinaux français avaient prévu tout cela; car ils ne se faisaient aucune illusion sur les vrais sentiments de la majorité; et dans leur lettre au Président de la République ils avaient déjà écrit : « Ces associations organisées en dehors de toute autorité des évê¬

ques et des curés, sont par là même la négation de 1 organisation de l’Église et une tentative formellement schismatique. Le vice essentiel des associations cultuelles est de créer une association

purement laïque pour l’imposer à l’Église catholique. »

Malgré tous ces obstacles apportés par la loi à leur formation et à leur fonctionnement régulier, les associations cultuelles ont encore excité les susceptibilités ombrageuses du Bloc. Qu’adviendrait-il si par hasard quelques-unes d’entre elles coopéraient loyalement, fidèlement, à l’entretien et au développement du culte, si chrétiens convaincus, leurs membres, se considéraient comme les auxiliaires dévoués et soumis des curés? Déjouant toutes les espérances fondées sur elles, les associations cultuelles ne pourraient-elles pas accroître 1 influence du clergé, renforcer son ministère? Ne constitueraient-elles pas a cote de lui un comité officiel de laïques organisés pour défendre la reli-

ciations cultuelles à l’arbitraire des décisions du tribunal

administratif. » Revue politique et parlementaire, 10 septembre 1005. 1

gion en attaquant ses adversaires. Et si leur nombre augmentait, si elles savaient se soustraire à l'invasion maçonnique, si surtout elles profitaient de la faculté de se grouper en unions et fédérations, quelle force cléricale s'organiserait 1 Ce serait la sainte Ligue étendant ses ramifications sur toute la France, jusque dans les plus humbles villages ! Quelque improbables qu'elles soient, ces éventualités ont effrayé les ennemis de l’Église et ils ont adopté toute une législation pour restreindre le champ d’action des associations cultuelles. « Vous avez proclamé bien haut que les associations cultuelles s’administreraient librement... et vous les entourez de suspicions et vous multipliez contre elles les surveillances et les contrôles! 1 »

Elles n’ont pas la liberté de leurs recettes. La faculté de recevoir des donations ou des legs, que la loi accorde à toutes les sociétés d’utilité publique, l’article 19 le refuse aux associations cultuelles; « car sous le régime de la Séparation, dit M. Briand, il faut maintenir aux associations cultuelles un caractère purement privé. » Et puis, cruelle ironie ! de la part de ces associations qui auront tant de peine à faire face aux lourdes charges qu’on leur impose, on redoute « la création de puissances financières excessives ! » Avec des ressources considérables, l’action de

1. Lerolle; discours du 3 juillet 1903, J. O. Chambre, p. 2676.

SCHISME OU IMPUISSANCE

l’Eglise pourrait se développer; pour la réduire à sa plus simple expression, il faut les limiter autant que possible! « En possession de capitaux trop considérables et de ressources trop abondantes, les associations religieuses auraient pu multiplier les lieux de culte et augmenter hors de proportion le nombre des membres du clergé I »

(/est ce qu il ne faut pas. On a bien proclamé que la loi accorde « la liberté absolue » des lieux du culte; voilà pourquoi on prend des mesures pour que l’Église ne puisse pas en user. C’est toujours le même système : la liberté absolue de mouvement donnée à un corps que l’on a préalablement ligoté !

Les associations cultuelles n’ont pas même le droit de recevoir des dons et des legs pour les irais du culte, l’entretien de ses ministres, la décoration des édifices, l’instruction religieuse des fidèles, le service des inhumations et des tombes, le soulagement des pauvres de la paroisse. La Chambre le leur a refusé en rejetant l’amendement Auffray, le 10 juin 1905 L Par l’intermédiaire de M. Legrand, les progressistes avaient au moins demandé que, puisque dans deux ans, les presbytères seraient retirés aux associations cultuelles, elles pussent au moins recevoir des legs pour l’habitation des ministres des cultes. C’était encore, aux

Page 1