Rapport. J . O., p
LE PRÊTRE HORS LA LOI
parationf Elle la soumet à un régime hybride qui n’est ni une union régulière avec l’État, ni une séparation loyale; mais une série de tyrannies inspirées par une suspicion et une haine incurables. C’est le clergé, c’est l’Eglise hors la loi!
La raison en est d’ailleurs bien simple; elle a été donnée par le Christ lui-même aux apôtres : « Le disciple, leur disait-il, n’est pas plus que le maître, ni le serviteur plus que son seigneur. 11 suffit au disciple d’être traité comme son maître et au serviteur comme son seigneur. S’ils ont appelé le maître de la maison Beelzébub, à combien plus forte raison appelleront-ils ainsi les gens de la maison ! »
En effet, ce ne sont pas seulement les prêtres et les fidèles qui sont mis hors la loi; c’est la religion, c’est Dieu lui-même! Le franc-maçon croit le moment venu d’écraser l’infâme. Tout ce qui le rappelle l’importune,
et son impiété
Voudrait anéantir le Dieu qu’il a quitté!
Les emblèmes religieux étaient jusqu’ici protégés par l’article 2G2 du code pénal, punissant l’outrage à un objet du culte. » Ce délit est supprimé par la loi de Séparation L Désormais, pourvu que
1. Article 44. « Sont et demeurent abrogés... les articles 260 à 264 du code pénal.
Cf. Grunebaum-Ballin, op. cit., p. 339.
l’ordre public ne soit pas troublé, il sera permis au premier énergumène venu d’injurier et d’outrager les crucifix, de profaner les images saintes, de commettre les plus odieux sacrilèges ! Aucune mesure ne défendra contre de pareils attentats le sentiment religieux ! L’image du crucifix se dresse encore sur certaines places publiques et aux carrefours des chemins. Symbole consolant de pardon infini et d’immortelle espérance, elle plane toujours au-dessus des tombes et des cimetières. « Enlevez-le! enlevez-le! » vociféraient les Juifs devant le Christ. «Enlevez-le, enlevez-le! » vocifère la franc-maçonnerie devant le crucifix !
L’article 28 « interdit à l’avenir d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit. » Oui, il sera permis d’élever des statues aux plus bas malfaiteurs qu’une Libre-Pensée quelconque aura reconnus comme siens. Les pires ennemis de la religion se dresseront en bronze devant les porches de nos églises, comme Renan devant la cathédrale de Tréguier, La Barre devant le Sacré-Cœur ! Qu’importe que cette vue blesse profondément les catholiques ! leur conscience at -elle droit à la liberté, au respect?
Mais qu’il leur plaise un jour de rendre un public hommage à leur Dieu et d’ériger un Calvaire, aussitôt on mettra en avant la liberté de conscience des francs-maçons et des libres-penseurs, et pour
la protéger, on interdira ;iux croyants de planter une croix sur le sol national. Polissons de bas étage avec La Barre et Etienne Dolet, malfaiteurs littéraires avec Renan, révolutionnaires sanguinaires avec Camille Desmoulins, Danton et bientôt Robespierre, concussionnaires, traîtres à l’honneur et à la patrie auront droit à l’apothéose publique. Une seule mémoire sera à jamais proscrite, celle du
Juste, une seule image sera à jamais exclue de nos places et de nos chemins, celle du crucifix ! Tout sera Dieu, excepté Dieu lui-meme !
Quiconque aura été marqué par lui d’un signe prédestiné, sera compris avec lui dans une meme proscription. S. Louis a été l’un de nos plus grands rois ; S. Bernard figure par son éloquence entraînante au premier rang de nos orateurs ; S. Vincent de Paul a aimé et servi plus que quiconque l’humanité. Malheureusement, le bien qu’ils ont fait, une pensée chrétienne le leur a inspiré I Ce sont des saints, et cela suffit pour que la loi les renie et que jamais leur statue ne puisse se dresser sur le sol de leur patrie. « Il sera interdit désormais en France d’élever une statue à S. Louis, à S. Bernard, à S. Vincent de Paul I 1 » N’en déplaise à M. Thalamas, Jeanne d’Arc est notre héroïne nationale; les nombreuses statues qui lui ont été élevées témoignent de l’admiration attendrie qu’a pour elle l’âme du