Discours de M. Aynard. J. O., Chambre, p
peuple. Mais elle a inscrit sur son étendard fleurdelisé les noms bénis de Jésus, Maria ; et l’Église pense à la canoniser. C’en est assez pour qu’elle soit suspecte aux loges ; le jour où elle sera placée sur les autels catholiques marquera son expulsion des places publiques ; dès lors, il sera interdit de lui élever des statues!
Sur deux points, la majorité a essayé de pallier l’effet, à la fois ridicule et odieux, de l’article 28. Il a été tout d’abord établi qu’il ne saurait avoir d’effet rétroactif et que, par conséquent, croix, statues et autres emblèmes religieux déjà érigés resteraient à leur place. Le Bloc a eu un moment de respect humain : il n’a pas osé faire de son gouvernement un démolisseur de calvaires, un iconoclaste. Lorsqu’une municipalité isolée prend la sacrilège initiative de déboulonner une croix ou un saint, l’opinion publique s'e sent profondément blessée ; il ne fallait pas, à la veille des élections, l’alarmer ainsi dans la France entière. Mais ce qu’on ne peut pas faire par une mesure générale, on le fera en détail, et l’on compte pour cela sur le zèle irréligieux des FF.*. M. Grunebaum-Ballin fait avec une satisfaction non déguisée, la statistique des croix qui, dans un laps de temps assez court, ont été enlevées dans un canton déterminé de la Brie. On espère que ce mouvement se généralisant, des profanations chaque jour plus nombreuses affaïïront dans la poussière les croix, les vierges
LE PRETRE HORS LA LOI
et les saints ; car la loi stipule que tout emblème détruit ne saurait être rétabli. « Supposons, disait M. AufTray, qu’un calvaire ait été supprimé, supposons que, dans une nuit, on ait complètement fait disparaître et la croix et les pierres qui l’entouraient. Il ne s’agira plus d’une réparation, il s’agira d’une réédification complète; 1 » et la loi l’interdit. Et ainsi, une fois de plus, le Bloc compte sur les « apaches » pour faire porter à sa loi tous ses fruits et amener à brève échéance la disparition sur le sol français de tout emblème religieux.
L’article 28 excepte aussi de la proscription les croix érigées dans les cimetières, « sur les terrains de sépulture et les monuments funéraires ; » et par là, il essaie de rassurer les craintes légitimes qu’avaient inspirées aux chrétiens plusieurs projets de Séparation. 11 n’y réussit que d’une manière incomplète; car les explications qui ont été données par M. Briand au cours de la discussion, nous ont prouvé que, meme dans les cimetières, la croix sera proscrite de tout emplacement public; d’où il résulte que seules les concessions privées pourront être marquées du signe rédempteur; seuls les riches pourront dormir à son ombre. Quant aux pauvres qui reposent dans la fosse commune, dans un emplacement public, ils n’en auront pas le droit. 11 sera a interdit à la veuve, à la fille de celui qui