Questions actuelles , t. LXXVI, p
et des enfants, pour que l’État en facilite la satisfaction.
Qu’importe môme qu’aux yeux de certains, il apparaisse comme une nécessité factice ? De quel droit l’État neutre viendrait-il prononcer l’inutilité des religions en général et du catholicisme en particulier? Quel critérium a la société laïque pour déclarer que l’âme humaine doit se passer de l’idéal surnaturel ? Libre à elle de ne pas donner sa garantie aux religions, mais pourquoi à leur place établirait-elle une irréligion d’Etat ? En le faisant, elle manquerait à son principe même, elle dogmatiserait, elle donnerait à la libre-pensée l’estampille officielle que l’on a retirée au catholicisme le jour où il a cessé d’être religion d’État.
Un gouvernement vraiment neutre doit considérer la religion comme un fait social sur la valeur duquel il n’a pas à se prononcer, mais qu’il ne peut pas ignorer. Un gouvernement vraiment neutre doit considérer le besoin religieux comme une nécessité sociale sur la valeur de laquelle il n’a pas à se prononcer, mais qu’il doit reconnaître. Et puisqu’il est entendu — cela chaque jour davantage — que l’État doit pourvoir avec les ressources communes aux besoins de la collectivité, il n’a pas le droit de subventionner l’instruction, les beaux arts, l’assistance publique, et de laisser de coté la religion. En négligeant de parti -pris le besoin religieux, il exclurait de propos délibéré
NÉGATION DU BESOIN RELIGIEUX
des bénéfices du budget une grande partie des contribuables et mettrait hors la loi toute âme religieuse. Ce serait une mesure d’exclusivisme et d’intolérance à laquelle un état moderne ne devrait jamais se laisser aller. C’est cependant cette intolérance qui a inspiré la loi de séparation et qui est inscrite à son frontispice.
On s’en défend, il est vrai, et. pour donner le change, on présente au contraire cette mesure comme une démarche essentiellement généreuse destinée à libérer la conscience catholique. « Je ne conçois pas les mesures que nous soumettons à la Chambre, comme des mesures d’hostilité, disait M. Briand, mais comme des mesures de libération pour l’Eglise et pour l’Etat. » Et M. Deschanel disait à son tour : « Vous, catholiques, vous allez ressaisir les principales libertés de votre Eglise... Vous allez échapper à cette tutelle humiliante qui met les chefs de l’Église aux mains de ses pires ennemis. De pareilles libertés valent bien, ce me semble, pour des cœurs haut placés, la perte du budget officiel ! 1 »
Ces adjurations éloquentes seraient justes et les catholiques leur auraient répondu, si la loi de séparation leur avait apporté cette liberté que l’on faisait ainsi miroitera leurs yeux. Mais nous n’aurons pas de difficultés à montrer que l’Église en