CHAPITRE VII
Le budget du culte indépendant du Concordat.
Sommaire. — La Séparation de l’an III. — Robespierre et le budget du culte. — Persécution du Directoire. — Les articles 13 et 14 du Concordat sont solidaires l’un de l'autre. — Affirmations fausses de MM. Deville et Bartbou. — Négociation de ces deux articles. — Le « traitement convenable ». — L’Église créancière de l’Etat.
Cette dette nationale qu’est le budget du culte, a été répudiée une première fois parla Convention. Ce fut malgré Robespierre lui-même, qui invoqua pour son maintien, le respect des engagements pris au nom de la nation par la Constituante : « Pouvez-
vous compter pour rien, disait-il à ses collègues, le manquement à la foi publique donnée aux ministres du culte actuels, au nom de la liberté même, parles premiers représentants du peuple?... Ne
craignez-vous pas que leur désastre paraisse même un sinistre présagea tous les créanciers de l’Etat ? 1 »
L Observations publiées à la suite des Lettres à ses com mettants.
Ces paroles honnêtes ne furent pas entendues, parce que la Convention n’obéissait qu’à un sentiment, la haine contre cette religion catholique qu’elle voulait à tout prix abolir. Elle attendit cependant pour décréter cette spoliation la disparition de Robespierre, et ceux qui l’accomplirent, ce furent les thermidoriens, encore plus fanatiques et plus haineux que le tyran dont ils venaient de délivrer la France. Deux mois après le 9 thermidor, le deuxième jour sans-culottide an II (18 septembre 1/94), la Convention votait que l’État n’acquitterait plus « les Irais ni les salaires d’aucun
culte ». Le 3 ventôse an III (21 février 1793), Boissy d’Anglas déposait un rapport concluant à la Séparation de l’Église et de l’État et à la suppression des traitements ecclésiastiques.
Comme la nôtre, cette séparation de l’an III débutait par une injustice, la spoliation du clergé. Elle ne pouvait produire que la violence. Il ne nous appartient pas de décrire la persécution qui s’abattit sur 1 Eglise, sous le régime du Directoire. Elle
l’a été déjà par plusieurs historiens de valeur ; dans chaque province, de savants érudits en ont dressé le long martyrologe; et dernièrement encore, M. 4 a n dal peignait en termes énergiques la haine sectaire qui animait les hommes Vie fructidor: « Leur manie antireligieuse passait toutes les bornes, atteignait le comble de l’absurde et
le ridicule suprême : par arrêté du 14 germinal
an IV. défense de tenir des marchés à poisson les ci-devant vendredis, la guerre au maigre, le poisson prohibé comme contrebande catholique, au giand dommage de nos pêcheries \ a Paris, fermeture de P oratoire établi dans P ancienne chapelle des Calmes, parce qu’on y avait célébré la lete des Rois , à Strasbourg, un marchand condamné à l’amende pour avoir exposé dans sa boutique, un jour d abstinence, plus de poisson qu’à l’ordinaire ; trois cent cinquante jardiniers poursuivis pour avoir sanctifié le dimanche en ne portant pas ce jour-la leurs légumes au marché... On ne pouvait se marier que le décadi... on allait jusqu’à obliger les gens a quitter leurs habits de fête le dimanche et a s endimancher le décadi... on imposa ce jour-là le chômage légal et obligatoire... et l’on eut recours contre les contrevenants à l’amende, à la prison, parfois à la violence sanguinaire... comme à Manosque où la troupe tira sur les paysans 1 ». Pour être complet, il faudrait ajouter a ce tableau de la sottise révolutionnaire, la liste de ses cruautés, les déportations des prêtres à Sinnamary, leur abandon sur les pontons de Rochefort, les prisons trop étroites pour contenir les confesseurs de la
foi!
Voilà comment fonctionna ce régime de la séparation que nos Jacobins dégénérés cherchent à