Bulletin du Grand-Orient 1883, p
publics dont l'État disposera , des droits concurrents à ceux des associations confessionnelles C» Ce qui veut dire en style plus clair que F Association nationale des libres-penseurs de France se dispose à disputer aux catholiques la jouissance de leurs églises.
Une pareille entreprise est fort difficile, même chez un peuple qui souffre de F indifférence religieuse; car enfin il ne s’agit plus de la disparition de congrégations qu’il connaît vaguement, mais bien de la cessation du culte , de la désolation des églises , de la destruction de la religion. En allant trop vite ne risquait-on pas d’aviver une foi qui, sous les apparences de la mort, ne faisait que . sommeiller ? C’est la fête de Pâques : avant le jour, tous les clochers de France saluent de leurs graves bourdons ou de leurs joyeux carillons l’aube de la Résurrection; dans les cathédrales grandioses comme dans les plus modestes églises, retentit ce joyeux Alléluia qui bouleversait l’âme sceptique de Faust et réveillait ses instincts religieux depuis si longtemps assoupis. Allez donc dire au peuple que c’est pour la dernière fois, qu’un an plus tard, les églises seront profanées, et FO Jllii séculaire remplacé par les batteries et les coups de maillets de la franç-maçonnerie triomphante ! Bientôt viendra la Toussaint avec son lendemain fu-
1. Bulletin officiel de l’Association des libres-peiiseurs de France , avril 1904.
SPOLIATION ET PROFANATION
nèbre et pendant huit jours, chaque soir, s’élèvera dans la nuit le glas des trépassés. Les églises se revêtiront de noir et, au chant solennel du Requiem et du Libéra , chacun reportera son souvenir vers les morts qu’il a connus, qu’il a aimés ! Il les évoquera un à un; pour tous, il aura une pensée attendrie, une fervente prière ; en Dieu, il s’unira à eux. Dans ce moment à la fois si mélancolique et si doux, allez donc annoncer que c’en est fait du culte des morts et que dans un an, les prières de l’Eglise ne retentiront plus sous les voûtes de nos temples pour rapprocher au sein de Dieu les vivants et les disparus!
On n’ose pas dire ouvertement ces choses à un peuple qui, même lorsqu’il est indifférent et sceptique, garde un souvenir à l’Église qui a fait la France, à la vieille chanson qui l’a si longtemps bercé de ses accents poétiques et doux. Et alors on use d’un grossier stratagème pour surprendre l’âme droite et simple du peuple. On simule dans les rangs du bloc maçonnique des divisions qui n’existent pas et on se partage les rôles pour la comédie que l’on va donner. Aux uns, l’intransigeance absolue : ils formuleront les propositions les plus radicales, prononceront les discours violents et ce faisant, prépareront l’avenir. Gela ne les empêchera pas d’ailleurs de voter toutes les atténuations transitoires que les politiques -jugeront utile d’apporter au plan maçonnique. Les autres au
contraire affecteront la plus grande modération, ayant sans cesse a la bouche les mots de liberté et de tolérance. Ils ne parleront de l’Église qu'avec respect, jureront de défendre ses droits légitimes ; ce faisant, ils rallieront au plan maçonnique, légèrement atténué, les caractères faibles de la Plaine et du Marais et avec leur concours, assureront le vote de la loi. Mais que leurs masques tombent et il sera facile de voir que faux modérés et intransigeants pensent de même et poursuivent le même but : agents aussi dévoués les uns que les autres de la franc-maçonnerie, ils cherchent les uns et les autres la spoliation et la profanation des églises.
Voilà la comédie qui s’est jouée a la Chambre lorsque l’on a discuté le titre III de la loi de séparation sur les édifices du culte.
M. Allard et plusieurs de ses collègues d’extrême gauche sont venus exposer, dans leurs amendements et leurs discours, le programme intégral de 1a. franc-maçonnerie et de la Libre-Pensée. Par son contre-projet, M. Allard demandait la confiscation immédiate et la désaffectation obligatoire de tous les édifices cultuels: cathédrales, églises paroissiales. chapelles, palais épiscopaux, presbytères, en se basant précisément sur ce principe qu’ils étaient propriétés de l’Etat, des départements et des communes : (< Ces biens appartiennent a 1 Etat, aux départements et aux communes... Que demandent
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les municipalités? Elles demandent à entrer le plus rapidement possible dans la pleine jouissance des immeubles communaux et je \tous assure que si la séparation était votée ainsi que je le comprends, ces communes ne seraient nullement embarrassées pour se servir de ces immeubles cultuels... on est tout prêt à lj installer des bibliothèques , des cours , à lj établir toutes sortes d'œuvres sociales , d'œuvres de solidarité 9 d'œuvres véritablement républicaines, ... Cependant, je mets une restriction au droit des communes, lorsqu’elles seront entrées en possession de ces immeubles : je demande que, d une façon générale, elles ne puissent pas les louer à toute association cultuelle ou à tout individu qui voudrait lj exercer un culte ... Je vous assure que de ces églises nous pourrons faire un autre usage qu’un usage religieux et que, lorsque le peuple y tiendra ses assises, lorsqu’il y installera des fêtes civiques, il y aura autant de joie et de splendeur. sous une autre forme, qu’il peut y en aAToir aujourd hui dans les cérémonies de Pâques et de l’Assomption 1 11 ».
Aoila qui est net: on pourra installer dans les
eg
lises des bibliothèques et des cours ; transformer
les cathédrales en loges maçonniques où l’on travaillera assidûment à l’œuvre « véritablement républicaine » de la délation et de l’espionnage : en
1 Discours du 10 avril 1905. J. O., Ch. des dép., p. 1295-1296.
salles (le banquets L où le Vendredi-Saint nos libres penseurs viendront manger du porc, ce qui est encore une « œuvre de solidarité et vraiment républicaine; » en salles de conférences ou la Sœur maç.\ Nelly Roussel prêchera, du haut de la chaire, « la liberté de la maternité » et les beautés du malthusianisme et où, sous les yeux attendris des autorités, M. Sébastien Faure fera le procès de l’armée et du patriotisme ; en salles de concert, où les fédérations ouvrières et les Libres-Pensées chanteront V Internationale avec accompagement d’orgues. On pourra tout faire dans les églises, sauf y adorer et y prier Dieu !
Voilà le programme de la maçonnerie, tel que le F.'. Blatin le définissait dès 1883, et par conséquent celui du F.*. Briand, rapporteur de la commission de là séparation, du F.*. Bienvenu-Martin, ministre des cultes, et de tous les FF.*, qui forment le fond de la majorité ministérielle. Mais il s’agissait, à la Chambre, de faire œuvre pratique et par suite, de doser la séparation maçonnique qu 'actuellement le pays pouvait supporter. L’intransigeance de
1. C’est déjà ce que l’on fait dans les églises confisquées des couvents. Le 1er octobre 1905, la municipalité d’Avranche a offert un banquet, dans la chapelle des Ursulines, au F.*. Bienvenu-Martin, ministre des cultes. La table du mi-, nistre occupait la place de l’autel. La municipalité maçonnique de Besançon se propose de faire une salle de concert de la chapelle consacrée de l’ancien collège des Eudistes, devenu lycée de jeunes filles.
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M. Allard, c’était Y idéal sur lequel il fallait se guider; les propositions politiques du gouvernement et de M. Briand c’était le relatif qui, pour le moment, était seul possible. C’est M. Briand luiméme qui l’a dit : « Mon excellent ami Allard sait bien que le projet de la commission est le maximum de ce qu'on peut obtenir de la majorité actuelle 1 ».
Quelles étaient donc ces concessions transitoires que les politiques de la fr.\ maç.\ allaient faire aux catholiques, vu Y état actuel de la majorité?
Le 7 avril 1903, le F.*, de Pressensé, l’une des lumières de la majorité, présentait à la Chambre un projet de séparation qui réglait ainsi le sort des églises :
Art. 21. « L’État est et demeure propriétaire des cathédrales, ainsi que des archevêchés, évêchés, bâtiments des sémin lires diocésains. Les communes sont et demeurent propriétaires des églises paroissiales et des presbytères...
Art. 22. L’Etat et les communes pourront consentir la location des églises diocésaines ou paroissiales, des archevêchés, évêchés, séminaires ou presbytères leur appartenant, à des sociétés civiles constituées à l'effet de subvenir aux frais et à l'entretien du culte... Au cas où, dans la ville épiscopale ou la paroisse, il n’y aurait pas, au jour de la promulgation de la présente loi, d'édifice adapté aux besoins actuels du culte, l’État et les communes seront, pendant une période de cinq ans.