‹ La séparation et les électionsChapitre 67 sur 146 · Rapport Briand, p · texte numérisé non relu

Rapport Briand, p

SPOLIATION ET PROFANATION

culte? » Sans doute, (lira M. Briand, mais de quelle époque s’agit-il ? S’il est question d’une église postérieure au Concordat, d’accord! elle restera aux fidèles, si elle a été constituée par eux pour le culte. Mais si elle est antérieure au Concordat, l’Etat la gardera. — Mais n’a-t-elle pas été, elle aussi « constituée par les fidèles pour le culte ? » — Peut-être, répond M. Briand, mais en vertu des décrets de la Législative et de la Convention elle a été mise dans le domaine de l’Etat ou des communes. « Or aucune raison ne permet de diminuer le patrimoine de la société tout entière au prolit de certains groupements religieux et surtout n’autorise le Parlement à faire de pareilles largesses aux dépens des communes. » Nous saisissons ici sur le vif le tour de passe-passe que nous dénoncions dans le chapitre précédent. Cette propriété ficti\re de l’État et des communes, on ne l’a imaginée que pour s’en faire une arme contre les revendications des fidèles. On s’appuie sur les spoliations révolutionnaires pour justifier cette nouvelle spoliation et on se donne des airs de défendre, en bon législateur, les biens de l’État et des communes

ral contre l’intérêt particulier. Quelle hypocrisie!

La profanation toutefois ne suivait pas immédiatement la spoliation. MM. llouvier et Briand sont des politiques qui savent ménager les transitions. Ils imaginaient, aussitôt après la séparation, une

période, de deux ans où les églises devraient être laissées gratuitement à la disposition des fidèles, et après celle-là, une seconde période de dix ans où elles devraient leur être louées à un taux modéré. Ces dispositions se présentaient, il faut le reconnaître, avec un faux air de libéralisme et f on s’explique que certains opportunistes peu difficiles aient pu y trouver, avecM. Briand, « un esprit de véritable libéralisme et de prudente politique. » Mais ne soyons pas dupes : rappelons-nous que le même rapporteur trouvait « intéressante » et « éloignée de toute arrière-pensée de vexation » l’idée d’installer dans les églises, avec le culte catholique, des bals, des concerts, des banquets et autres exercices profanes!

En réalité, c’est une finasserie grossière qui a inspiré ces apparentes concessions à l’avocat Briand et au levantin Rouvier. Dans les deux ans qui suivront la séparation, auront lieu les élections sénatoriales de janvier 1906, puis le renouvellement des Conseils généraux, enfin les élections municipales. Pendant cette période où il faudra doubler tant de caps, il s’agira de ne rien brusquer et d’endormir l’opinion par une paix trompeuse. Le Bloc s’enfarinera et ses oracles ne feront entendre que de douces paroles ; le loup contrefera la voix de la grand’mère pour devorer le trop confiant Cbaperon-rouge. Ecoutez M. Briand faisant pour ses amis, dans son rapport, la leçon qu’ils devront répéter : « On a

• SPOLIATION ET PROFANATION

voulu, pendant deux ans, donner aux associations cultuelles toute facilité pour se constituer, se développer et réunir, à l’abri de toute dépense immédiate, une certaine réserve... Le lendemain de la promulgation, rien ne sera changé en fait. La transformation sera juridique et de principe, avant d’ètre réalisée en pratique. Aucune application brutale et inattendue ne sera de nature à susciter une agitation ou une inquiétude chez les croyants. » Si cependant les croyants s’inquiètent et s’agitent, malgré les belles déclarations de M. Briand, leur conseiller et :leur ami — il est protestant, francmaçon et socialiste! — ils montreront vraiment bien mauvais caractère. « Si quelques troubles se produisent, continue le rapporteur, on aura le droit de les considérer comme factices et la responsabilité ne pourra en incomber au législateur. » Et ce qu’il y a déplus curieux, c’est qu’il y aura chez ces bons progressistes, si faciles à fléchir, et chez les catholibues eux- mêmes, si faciles à duper, des naïfs qui le croiront et déclareront qu’en toute cette affaire, ce sont les volés qui se sont montrés intransigeants et difficiles à vivre.

Que les élections tournent en faveur du Bloc et que, trompé une fois de plus, le peuple fasse avec lui un nouveau bail de quatre ans, et le ton changera aussitôt. On déclarera qu’après tout « les concessions faites précédemment étaient transitoires et n’avaient rien d’irréparable. » Les pseudo-

modérés du parti radical passeront la main aux avancés : M. Allard succédera h MM. Briand et Rouvier, comme M. Combes à M. Waldeck-Rousseau ; et malgré la jouissance gratuite promise pendant deux ans et. le bail modéré garanti pendant dix ans, les églises seront confisquées et profanées.

Admettons d’ailleurs un instant que ces articles 10 et 11 eussent été loyalement appliqués. Ils n’auraient fait, en somme, que retarder de douze ans la profanation de nos églises. L’article 12 du projet Rouvier-Briand disait en effet : « A l’expiration de la période de douze ans ci-dessus prévue, l’État et les communes auront la libre disposition, soit pour la location, soit pour la vente, des biens mobiliers et immobiliers leur appartenant. » Alors, les églises auraient été mises à l’encan; alors, le F.'. Blatin et M. Allard auraient retrouvé la proie ardemment désirée et reçu d’une loi, qui se pique de modération, la disposition des églises. Alors, seraient arrivés les temps prophétisés par le F.*. Blatin où les batteries et les maillets maçonniques remplaceront dans nos sanctuaires, les hymnes et les psalmodies. En attendant, on aurait eu le temps d’y préparer 1 opinion, qui s’accoutume si vite aux mesures les plus révoltantes, et ainsi, la modération apparente des uns n’aurait fait que mieux consolider la violence des autres.

En somme, entre MM. Rouvier et Briand d’une part, M. Allard de l’autre, la nuancé est bien sim-

SPOLIATION ET PROFANATION 197

pie ; lui, est un intransigeant qui veut satisfaire d’emblée sa passion anticléricale; eux sont des opportunistes qui savent attendre, pour mieux saisir; mais des deux cotés c’était le même but qui était poursuivi ; et ce but, c’était la spoliation et la profanation des églises. v.

Page 1