Discours du 23 mars 1905. J. O., Chambre, p
font corps avec les églises. Il arrive souvent en effet que l’évêché ou l’archevêché communiquent directement avec les cathédrales: c’est le cas à Reims. Verdun, Nîmes, Albi, Quimper, Chartres, Sens, Besançon. Parfois même, une de leurs chambres ouvre directement sur les nefs de l’église de façon que sans en sortir, on puisse suivre les offices; il en est ainsi à Sens. Deux ans après la promulgation de la loi de séparation, ces édifices seront pris par l’État qui pourra les louer et même les vendre à qui il voudra. Des loges maçonniques pourront s’y installer, en attendant qu’elles s’emparent des églises, et de là, narguer ou même troubler le culte catholique. L’évêché profané pourra encore devenir un lieu de plaisir, un théâtre, un café-concert, ou pire. D’autre part, que de presbytères ont été construits contre l’église paroissiale, souvent sur l’emplacement du vieux cimetière abandonné? Dans cinq ans, ils seront pris, eux aussi, par les communes qui en disposeront à leur gré. Or l’église étant le plus souvent au centre du village, la jouissance des presbvtètères désaffectés sera recherchée et parfois chèrement payée par des spéculateurs de tout genre. C’est à qui les réclamera pour en faire des cabarets, des bals et autres lieux de réjouissance. Les fidèles seront douloureusement émus par une telle promiscuité et ils y verront avec raison le prélude de profanations encore plus scandaleuses.
Même incroyants, les esprits libéraux, les* hommes de goût seront choqués de rapprochements aussi disparates. C’est ce qu’exprimait, avec sa délicatesse habituelle M. l’abbé Lemire : « Il n’est personne, disait-il, qui ne soit d’avis qu’autour des églises il faut laisser une zone de paix et de tranquillité. Dans l’intérêt même de l’exercice du culte et pour sa pleine liberté, il est tout à fait décent qu’il n’y ait pas, aux portes de l’église, en face de la sacristie, sous les fenêtres du chœur, toutes sortes de bruits et de cris, tout ce qu’on peut faire quand on est libre. Actuellement, à cause même de ce voisinage des presbytères qui prolongent, pour ainsi dire, la gravité et le silence des lieux de culte, il y a autour des églises, particulièrement au moment de la célébration des offices, ce que j appellerai une atmosphère harmonieuse et digne, une ambiance convenable1. » Mais à quoi bon parler d’harmonie, de dignité et de convenance aux sectaires du Bloc, surtout quand il s’agit d’églises ! Ils n’ont pas même voulu assurer aux évêques et aux curés la Iccation de leurs demeures, et par 295 voix contre 269, ils ont rejeté l’amendement cependant bien timide de MM. Ribot et Bertrand, qui essayaient, par une location obligatoire aux associations cultuelles, de conserver leur caractère aux évêchés et presbytères attenant aux églises2. »
\. J. O. Ch. des dép. Séance du 13 juin 1905, p. 2175.