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CHAPITRE XIV

Séparation antidémocratique.

Sommaire. — La séparation atteint, avec les curés, chacun de nous. — Institution du casuel par les Articles organiques. — L’abonnement au casuel interdit. — L’impôt du culte. — 11 atteindra même les francs-maçons. — Paroisses riches maintenues, paroisses pauvres supprimées. — Le culte, privilège des riches. — Suppression du culte dans les campagnes. — Témoignages de MM. Briand, Leygues, Laniel. — Protection onéreuse des riches. — Charités ecclésiastiques supprimées. — Enfants du peuple élèves des séminaires. — M. Dumont. — Frapper l’Église, c’est atteindre les humbles. — Toile! Crucifige!

Même lorsqu’il est sincèrement attaché à la religion, le paysan jalouse facilement le curé. Il l’a vu le plus souvent naître et grandir dans une famille semblable à la sienne. Mais bientôt, le séminaire a fait de son ancien compagnon un étudiant qui a laissé la charrue pour les livres et s’est consacré à ce travail intellectuel que nos campagnards ont peine à comprendre. Quelques années encore,

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et le jeune séminariste est ordonné prêtre; il apparaît dès lors comme un « monsieur » logé souvent dans la plus belle maison du pays, recevant de l’Etat un traitement, objet d’envie pour chacun, et admis dans les « bonnes familles. »

Les anticléricaux ont spéculé sur cette jalousie plus ou moins avouée et ils ont essayé de persuader aux populations des campagnes que seul le clergé souffrirait dans son bien-être de la séparation.

C’est un préjugé qu’il faut faire disparaître en montrant que la séparation atteint chacun cV entre nous , et que plus on sera pauvre , plus on sera lésé par cette mesure essentiellement antidémocratique.

Si pendant plus de douze siècles, les générations chrétiennes ont constitué à l’Eglise des biens considérables, ce fut pour lui assurer, par des dons volontaires, faits par les puissants et les riches, la liberté de son ministère, la sécurité matérielle de son avenir. On n’avait pas besoin alors du casuel et du (( tarif des oblations », pour la subsistance du clergé paroissial. En remplaçant par le budget du culte les biens ecclésiastiques nationalisés, les articles organiques établirent, à côté du traitement fixe mais insuffisant qu’ils assuraient au curé, un traitement variable et incertain que durent payer désormais les fidèles, dans certains cas où ils faisaient appel au ministère sacerdotal. Ce fut le casuel. « Les vicaires et desservants, disaient les

articles organiques, seront choisis parmi les ecclésiastiques pensionnés en vertu des lois de l’Assemblée Constituante. Le montant de ces pensions et le produit des oblations formeront leur traitement . Les évêques rédigeront les projets de règlements relatifs aux oblations que les ministres du culte sont autorisés à recevoir pour l’administration des

sacrements b )) htendant ces dispositions a toutes les paroisses, le décret du 30 décembre 1809 s’exprimait ainsi : « Les revenus de chaque fabrique se forment... 9°) des oblations laites a la fabri¬

que; 10°) des droits que, suivant les règlements épiscopaux, approuvés par nous, les fabriques perçoivent, et de celui qui leur revient sur lepioduit des frais d’inhumation 2. »

Ainsi institué par les articles organiques, le ca suel n’a jamais été accepté par les catholiques que comme une désagréable nécessité. Il a le grave inconvénient de mêler des questions d’argent aux actes du ministère ecclésiastique et d’amener par¬

fois, entre curés et fidèles, de pénibles discussions. D’autre part, il établit dans l’église une inégalité choquante entre les paroissiens, selon qu’ils sont riches ou pauvres. Sans doute, les mêmes prières sont dites et les rites essentiels sont célébrés pour les uns comme pour les autres. Mais quelle dilfé-

\. Articles Organiques (18 germinal an X — 8 avril 1802) art. 68 et 69.

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