Décret du 30 décembre 1809, art
ronce n’y a-t-il pas entre la messe solennelle d’enterrement que peuvent payer les riches et l’absoute rapidement récitée sur le cercueil du pauvre i Les humbles se voient ainsi supprimer toute la beauté de la liturgie catholique, qui cependant fait partie intégrante du culte, et ne la connaissant plus. ils ont la tendance toujours plus grande de s’en passer. Ainsi, par la force des choses, les pauvres sont loin d’avoir dans l’église cette « éminente dignité » et cette place d’honneur que leur assigne cependant toute la tradition catholique. Nos adversaires l’ont maintes fois constaté et ils ont répété que l’Eglise, infidèle à son passé, n’aime plus que les riches auxquels elle réserve tout l’éclat de ses cérémonies. Ils oublient d’ajouter que les catholiques sincères déplorent
cet état de choses qu’ils n’ont pas créé, mais qu’ils subissent depuis que la suppression des biens ecclésiastiques le leur a imposé.
Gela est si vrai que dans certains pays proiondément chrétiens, les curés ont favorisé « l’abonnement au casuel. » Moyennant une subvention
donnée par la commune à la fabrique, les cérémonies du culte sont gratuites pour tous et l’égalité devant le culte est rétablie pour tous les fidèles d’une même paroisse. On pourrait citer plusieurs cas de ce genre dans les montagnes si religieuses du Doubs; et il est probable que si l’Eglise avait continué à jouir, en France, de la paix et de la li-
berté qui lui sont dues, ce mouvement se serait accentué et on aurait cherché les moyens de réduire, de supprimer meme, le casuel si impopulaire. Nous en avons pour preuve les discussions intéressantes qui se sont engagées sur ce sujet dans certains congrès sacerdotaux.
Sous le régime de la séparation, ce sera impossible. Tout abonnement au casuel est interdit à jamais par l’article 2 qui « supprime des budgets de l’État, des départements et des communes toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes; » et déjà, certains préfets considérant la loi comme acquise, et l’appliquant avant qu’elle ne soit votée, biffent de tous les budgets . municipaux les allocations au culte catholique1.
La situation deviendra bien plus pénible encore, lorsque, avec la séparation, les paroisses devront pourvoir à. tous frais du culte, avec de faibles ressources, puisque la plupart de leurs biens leur auront été enlevés. Les associions cultuelles ne pourront faire face à toutes les nécessités qu’en renforçant les dons toujours précaires des fidèles par une augmentation considérable des oblations et du casuel. Sans doute, les indigents continueront à profiter gratuitement du ministère sacerdotal : penser un instant le contraire, serait faire injure à l’abnégation du clergé. Mais quiconque
1. Parmi ces préfets vraiment trop zélés, signalons M. Godefroy, préfet du Doubs.
no voudra point passer pour nécessiteux, devra contribuer, à chaque acte religieux qu’il accomplira, à l’entretien du culte.
Or quoi que l’on ait dit, cet impôt du culte sera général et frappera incroyants et croyants. On a beau délaisser l’Église, il y a des moments
où l’on va à elle : un baptême, un mariage, une première communion, des funérailles font pénétrer le prêtre chez les françs-maçons les plus endurcis. Dans ces cas-là, eux-mêmes devront subvenir aux frais de l’église et reconstituer de leur argent ce budget dont maladroitement ils auront fait voter la suppression. Supposons que, logique
avec lui-même, tel sectaire réussisse à se tenir, toute sa vie, à l’écart du culte. Mais sa femme, mais ses enfants feront-ils de même? Se croira-t-il le droit, malgré la liberté de conscience dont il se réclame, d’interdire aux siens les pratiques religieuses ? S’il les leur permet, il devra leur permettre aussi d’y contribuer de leur argent, et de s’inscrire à l’association paroissiale qui aura pour mission de recueillir les fonds. Ne serait-il pas souverainement injuste que, pouvant payer, il rejetât sur ses voisins les dépenses cultuelles de sa propre famille? Allons plus loin encore : admettons qu’il refuse \oute contribution, même pour sa femme et ses enfants. Qui ne voit les difficultés que cela pourra causer au sein de sa famille ? Les frais de toilette étaient déjà une occa-
sion fréquente de discorde; que sera-ce lorsqu’ils Se compliqueront des frais du culte?
JNous pouvons donc admettre comme un fait inéluctable que la spoliation clu budget des cultes et des biens des fabriques imposera à presque toutes les familles françaises une charge lourde, la charge des frais du culte, qu’aucun dégrèvement budgétaire 11e viendra compenser. *
Or elle pèsera surtout sur les pauvres.
Voici deux paroisses dans une même ville. L’une est située dans un quartier riche ; elle se compose de familles aisées qui, loin de demander au clergé des secours, contribuent largement aux frais de l’église ; les dons manuels y sont considérables et le curé peut disposer, chaque année, pour ses œuvres, d’une cinquantaine de mille francs. Soigneusement entretenue par une fabrique riche, l’église et ses dépendances sont en parfait état et n’exigeront que dans un avenir fort lointain de grosses réparations. Dans ce quartier, on est largement logé, les hôtels particuliers sont nombreux, les appartements vastes, la population n’est pas dense et le clergé paroissial, composé du curé et de trois vicaires, suffit au ministère.
L’autre de ces paroisses est située dans le faubourg ; elle est surtout peuplée d’ouvriers ou de petits commerçants; les indigents sont nombreux et ils ne voient guère le curé que pour lui demander quelque secours. Il est impossible de pé-
SÉPARÂT ION ANTIDÉMOCRATIQUE
nétrer dans un grand nombre de maisons sans s’y faire précéder de quelques charités. Les familles à la fois riches et réellement chrétiennes sont rares; les dons et le casuel sont faibles. L’églis; est un édifice provisoire qui 11e répond plus aux besoins du faubourg mais dont l’entretien demande de grands sacrifices; car elle a été construite à la hâte; ou bien, elle est en construction et, pour de longues années, grève d’une lourde charge, le budget de la fabrique. La population est dense ; car elle est entassée dans des cités ouvrières et de petits logements. Pour s’occuper d’elle, ne serait-ce que pour les cérémonies indispensables des baptêmes, mariages et enterrements, il faut un nombreux clergé, un curé, six vicaires.
Ce simple exposé suffit à montrer que de ces deux paroisses celle qui est riche supportera aisément la Séparation, puisque, d’ans sa population -elle trouvera largement ce qu’il faudra pour l’entretien de quatre prêtres et les réparations peu importantes de l’église, tandis que l’autre, celle qui est pauvre, 11e pourra pas subsister. Avec des recettes à peu près nulles, comment assurerait-elle le traitement de sept prêtres, les grosses réparations de l’église et l’exercice d’un culte privé de casuel? D’où cette conséquence : la paroisse riche et peu peuplée gardera son culte ; la paroisse pauvre et peuplée en sera privée. Est-il démocratique de faire ainsi du culte le privilège des ri-
ches? Une loi qui aboutit à de pareils résultats est-elle faite dans F intérêt du peuple?
Prenons deux autres exemples. Voici une paroisse urbaine; on pourrait à la rigueur la supprimer ; car sa population est -peu nombreuse et à côté d'elle se trouvent plusieurs autres églises. Sa disparition forcerait tout au plus ses fidèles à aller chercher à cinq minutes plus loin le ministère du prêtre. Cependant ses habitants sont aisés et il leur est facile de constituer une association cultuelle assez riche pour entretenir et conserver leur église. La paroisse continuera donc d'exister pour la commode dévotion de ses habitués. Voici au contraire une paroisse rurale. Elle comprend non seulement l'agglomération attenant à l'église; mais plusieurs hameaux, des fermes et des « écarts » répartis à 10 km. à la ronde. Il faut parcourir plus de six lieues, si on veut en traverser le territoire dans sa plus grande largeur ; le curé ne saurait le faire et les sacrements ne sont assurés que grâce à la bicyclette du vicaire. Si l’église disparaissait, certains habitants seraient obligés d'aller à la messe à une quinzaine de kilomètres. Or, au lendemain de la Séparation, dans cette commune de pauvres cultivateurs, on ne trouvera pas les ressources nécessaires à l'entretien du culte et l'église sera fermée. Une fois de plus, les bourgeois de la paroisse urbaine garderont toutes leurs aises ; tandis que les cultivateurs
s É P A R A T 1 0 N A N T I D É M OCRATIQUE
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de la paroisse rurale serout sacrifiés. Il leur était déjà -difficile de pratiquer leur religion; l’éloignement des églises le leur rendra désormais impossible.
Or ce sont surtout les paroisses de la campagne qui sont menacées par le projet de Séparation. Les pays de moins de 700 habitants, s’ils ne jouissent d’une aisance tout à fait exceptionnelle, seront dans l’impossibilité de subvenir à l’entretien et au logement du curé, aux réparations de l’église et aux frais du culte. C’est M. Briand lui-même qui le dit : « Dans les petites paroisses, on n’usera pas de la faculté de capitaliser parce que là on aura déjà beaucoup de difficultés à vivre, que les ressources courantes suffiront à peine à subvenir à l’entretien du culte1. » Un autre séparatiste, M. Leygues, a été encore plus franc.
« Dans ces petites communes, les habitants , s’ils, sont abandonnés à eux-mêmes, seront dans la nécessité de renoncer au culte ; l'église ou le temple se fermeront. Ils se résoudront difficilement à cette éventualité; et s’ils y sont condamnés, ils feront d’amères réflexions. Ils verront, en allant à la ville voisine, que là l’église n’est pas fermée, que les cérémonies du culte y ont toujours la même pompe, qu’il y a toujours un prêtre ou un pasteur pour ceux qui veulent faire appel à son