‹ La séperation de l'église et de l'État en 1794Chapitre 16 sur 88 · L'IRRÉLIGION AU XVIII SIECLE · texte numérisé non relu

L'IRRÉLIGION AU XVIII SIECLE

Moins innocents que les gallicans, les philosophes ont fait des brèches aux vieux autels. Ce n'est pourtant pas par eux que le catholicisme se vit détrôner. On leur attribue une influence qu'ils n'ont pas eue 1 . L'incrédulité ne fut au xvm e siècle ni si nouvelle, ni si générale, ni si efficace qu'on le dit.

Elle existait au moyen âge. En 1229, le concile de Toulouse défendit de lire la Bible. Un peu embarrassé par cette interdiction, l'abbé Fleury s'efforçait de « l'interpréter favorablement » en

1. « II existait, il y a trente ans, une nation célèbre par son amour pour ses souverains et pour la religion à laquelle elle devait quatorze siècles de gloire et de bonheur... Tout à coup, à la voix de quelques sophistes, le peuple égaré se dégoûte de ses croyances; tenté par l'arbre de la science, il veut sortir de sa condition. » (Lamennais, Essai sur l 'indifférence.)

disant que « les esprits étaient tellement aigris » qu'on ne pouvait arrêter autrement les « contestations ».

Le Père Theiner ayant fait commencer dès la fin du xi° siècle la décadence du catholicisme, Victor Leclerc trouvait que c'était remonter trop haut; mais, arrivé au xiv e , il demandait ce que pouvait être la religion du plus grand nombre, en ces temps qu'on appelle aujourd'hui les siècles de foi, et qui se laissaient aller à d'étranges libertés, alors que les rois se mettaient à insulter la puissance presque divine qui pesait sur eux, que le Clergé se soulevait contre les plus saintes traditions, et que la poésie en langue vulgaire amusait le peuple par des tableaux moqueurs non moins dangereux que bien des hérésies.

Pour peu qu'on sache ce que fut la Ligue, on n'est pas surpris du langage de D'Aubray dans la Ménippée : « Le service divin ne sert plus qu'à tromper le monde par hypocrisie; les prêtres et les médiateurs se sont rendus si méprisés qu'on ne se soucie plus d'eux et de leurs sermons, sinon quand on a à prêcher quelque fausse nouvelle. »

On s'attend moins à entendre La Bruyère remarquer qu'on n'écoute plus sérieusement la parole sainte, que c'est une sorte d'amusement, et que celui qui écoute s'établit juge de celui qui prêche,

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pour condamner ou pour applaudir, et n'est pas plus converti par le discours qu'il favorise que par celui auquel il est contraire.

Rapprochez de cela la correspondance de Gui Patin, et ce que Molière dit de la fausse dévotion, vice à la mode, un des plus en usage; à côté des gens qui, selon l'expression de don Juan, se font un manteau de la religion, voyez le libertin qui « sans âme et sans foi »,

Tient que ces vieux propos de démons et de flammes Sont bons pour étonner les enfants et les femmes, Et qu'enfin tout dévot à le cerveau perclus *.

La Rochefoucauld, dans un livre de morale, n'a pas une fois parlé de Dieu.

Quelques mois après la mort de Louis XI Y, d'Aguesseau rattachait à la « corruption du siècle précédent » le torrent de libertinage qui entraînait les jeunes gens à se faire honneur de douter de tout.

Et ce n'est pas seulement à Versailles, à Paris, [que l'on parlait du déclin de la foi. Lors de la révolte de 1675 en Basse-Bretagne, le 23 juillet, l'évêque de Saint-Malo écrivait à Colbert que les paysans exerçaient des cruautés sur la Noblesse et même sur l'Eglise, en qui ils semblaient ne plus

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