Cahier du Tiers de Beaujolais
Or, en 1789, la plus forte partie des dîmes était perçue par des personnes qui ne l'employaient f aucunement à procurer au peuple les secours spi- t rituels; il n'en revenait qu'une portion dérisoire * aux prêtres qui exerçaient le ministère et desser- * vaient les paroisses, c< tellement qu'il fallait que « les gens des campagnes, qui déjà payaient la dîme, : subvinssent une seconde fois à l'entretien de leurs i pasteurs et à une grande partie des dépenses qu'exi- . geait l'entretien des églises, par des rétributions < connues sous le nom de casuel 1 ».
« Des étrangers » qui ne rendaient aucun service dans les campagnes s'étaient « emparés de tout » ; les prêtres qui travaillaient n'avaient presque rien, les églises étaient « pour la plupart dans un état déplorable ».
Le Tiers de Nemours représentait que des personnes qui avaient entièrement renoncé aux fonctions curiales gardaient la dîme en payant aux curés des portions congrues qui ne les mettaient à portée ni de soutenir leur état avec décence, ni même de ne pas manquer de nécessaire. Le peuple des paroisses payait ainsi un impôt énorme pour le service divin et c'étaient des gens entièrement étrangers à ce service dans les paroisses qui en jouissaient.
i. Noblesse de Gien; Tiers de Bar-le-Duc.
L'ASSEMBLÉE aborde les matières ECCLÉSIASTIQUES 75
itj Le Clergé, dans beaucoup d'endroits, s'associait ïtjaux plaintes de la Noblesse et du Tiers. Il disait à Calais-Ardres : ce Le député représentera que les dîmes ont été primitivement consacrées à la subsistance des pasteurs, aux besoins des églises et au soulagement des pauvres; que, contre le droit commun et leur destination naturelle, la plus grande partie est possédée par des chapitres, communautés, abbés et autres bénéfîciers qui ne contribuent à l'acquittement du service paroissial que par le paiement d'une trop modique pension... »
Ces dîmes, « sangsues accablantes l », pesaient exclusivement sur une des classes de la société. Était-il juste, disait le Tiers de Carcassonne, que seule elle fît les frais du culte, tandis que les autres profitaient des avantages de ce culte sans contribuer à ses charges?
Les dîmes n'étaient pas seulement mal réparties et mal employées; elles portaient à l'agriculture toutes sortes de préjudices. Le Tiers de Châtellerault expliquait comment ces exactions, « usurpation manifeste sur des cultivateurs faibles, timides et peu instruits », empêchaient de multiplier les prairies artificielles 2 .